Chapitre 947
« Les véhicules sont normalement classés comme des familiers, mais la machine magique semble différente. Serait-elle classée comme un objet ? »
« De quelles ressources a-t’elle besoin pour bouger ? D’après sa taille et ses mouvements, elle devrait pouvoir opérer pendant longtemps si elle utilise des ressources externes. »
« J’ai vu le symbole de l’Empire Saharien sur la machine magique ; est-ce que ça voudrait dire qu’elle appartient à l’empire ? Zibal doit tenir une position élevée dans l’empire pour opérer personnellement une telle machine ! Est-il lié à la famille impériale ? »
« L’empire possède-t’il plusieurs machines magiques ? »
La conférence post-cérémonie de fin du JcJ semblait bien se passer, avec des questions et des réponses auxquelles on pouvait s’attendre. Cependant, les journalistes restaient rarement courtois. La plupart voulaient écrire des articles stimulants, aussi l’ambiance se détériora.
« Joueur Zibal ! Pourquoi avez-vous d’abord invoqué le pégase durant la finale ? Avez-vous jugé que vous pourriez gagner contre Yura sans utiliser la machine magique ? »
Zibal avait instantanément invoqué la machine magique face à Chris durant les demi-finales. Durant la finale, importante s’il en est, il avait invoqué le pégase et la machine à la suite, ce qui mena bien des gens à spéculer. Il se moquerait de Yura, il avait l’intention de la vaincre avec le pégase seul, elle était inférieure à Chris, Yura était incapable de jouer correctement sa classe légendaire, etc…
Ces questions venaient de ceux qui aimaient critiquer et dénigrer les autres. C’est pourquoi les reporters reprenaient ces arguments.
Zibal rit avec un ridicule évident. « Certains d’entre vous l’ont déjà remarqué, mais le pégase a la caractéristique de pouvoir brûler les ressources de l’ennemi comme le mana. Son aide m’était indispensable pour réduire les capacités de Yura. »
En conclusion : « Je n’ai pas invoqué le pégase parce qu’elle était facile à vaincre ; j’ai été forcé de l’invoquer parce qu’elle est une adversaire coriace. »
L’américain n’encensait pas la jeune femme, c’était une évaluation raisonnable. Il ne sous-estimerait ni ne se moquerait d’un puissant adversaire qui avait atteint la finale et s’était battu de toutes ses forces.
***
Tout était fini. Elle n’était plus Yura, la joueuse. Les cinq années et plus qu’elle avait passé dans Satisfy se terminaient aujourd’hui.
« … »
Yura fut submergé par l’émotion et courut jusqu’aux toilettes sans terminer son interview. Elle n’avait même pas l’énergie de blâmer son incompétence.
… Au final, je ne peux pas échapper à mon destin.
Yura se souvenait parfaitement de son père, un homme généreux qui chérissait le temps qu’il passait avec sa famille. Cependant, son grand-père le força à aller à l’encontre de sa nature : il lui ordonna de sacrifier son temps familial pour l’entreprise. Forcé d’accepter cette responsabilité, son père dépérit graduellement.
Yura éprouvait de la pitié pour son père malgré son jeune âge mais évidemment, elle ne le montra pas, sachant très bien que son père ne voudrait pas de la sympathie de sa jeune fille. Ainsi, elle tenta de donner à son père du baume au cœur en jouant la jolie petite enfant innocente.
C’est pourquoi son père put être honnête : « Je travaille dur parce que je veux que tu puisses être libre, non pas parce que je crains ton grand-père. Fais seulement ce qui te rend heureuse, Yura ; je te protègerai. »
C’était un souhait et une promesse à sa fille qui ignorait tout de la vie. Yura fut profondément touchée par sa sincérité et elle la conserva en son cœur les années qui suivirent. Puis ses parents moururent lors d’un accident… Yura désira obtenir sa liberté et son bonheur pour répondre au souhait de son père, et c’est pourquoi elle trouva que l’arrivée de Satisfy était un signe du destin. Elle pressentait que ce serait le seul moyen d’échapper à l’obsession de son grand-père et d’être heureuse.
Et au final, elle avait échoué. Elle était devenue comme son père au lieu d’exaucer son souhait.
Elle reprit ses esprits en sentant son téléphone vibrer. Combien de temps s’était écoulé ? De toute évidence, celui qui l’appelait devait être son grand-père, un homme qui ignorait comment faire preuve d’attention ou comment se montrer conciliant. Tout ce qu’il savait faire, c’était d’imposer des responsabilités. Il voulait probablement qu’elle revienne immédiatement en Corée du Sud.
« … ? »
Ses yeux éteints se perdirent sur l’écran LCD et se figèrent alors : le nom du correspondant affiché par son téléphone était Youngwoo Shin, quelqu’un avec qui elle n’avait aucun rapport personnel bien qu’ils se connaissent depuis plus de quatre ans. Un homme froid qui semblait parfois plein d’affection mais qui était généralement sans cœur.
« … »
La jeune femme hésita à accepter l’appel. Son humeur allait probablement piquer davantage du nez si elle venait à accepter son appel dans une situation si difficile. S’il l’appelait, c’était probablement parce qu’il avait besoin de son aide, comme à chaque fois qu’il la contactait.
Et maintenant, je ne suis plus en position de l’aider.
Grid était quelqu’un sur qui elle pouvait compter, et elle voulait qu’il puisse compter sur elle également. C’est avec cet esprit qu’elle l’avait précédemment aidé, et qu’elle avait l’intention de continuer à l’avenir. Cependant, elle n’était plus sûre de pouvoir lui être de la moindre aide à présent.
Deux jours ; non, un. Elle avait besoin d’une journée pour organiser ses pensées.
« … Allo ? » Cela étant, elle accepta l’appel, juste parce qu’elle voulait entendre sa voix. Une voix languide mais puissante. Rien qu’à entendre ce seul mot, elle sentait l’énergie lui revenir. Et alors…
-Est-ce que ça va ?
Lui demanda-t’elle d’une voix douce, contrairement à sa voix habituelle.
« … »
Son cœur glacé commença à se réchauffer. Elle réalisa que sa main s’était mise à trembler. La seule personne au monde de qui elle pouvait dépendre était Grid.
-Dis-moi ce qui se passe.
« Que veux-tu que je te dise ? »
-Tu traverses visiblement un moment difficile. Ne prétends pas le contraire, ça se voyait.
« … Ça se voyait ? »
Yura avait appris à porter un masque en réconfortant son père, mais Damien et Grid avaient remarqué quelque chose.
Père… Elle sentit l’émotion l’étreindre. Elle était navrée envers ce père qui était mort sans savoir que sa fille jouait la comédie. Il avait dû être si malheureux et triste en réalisant que son enfant s’inquiétait à son sujet.
Le forgeron poursuivit alors que les larmes coulaient sur ses joues.
-Je veux t’aider. Non, je vais t’aider. Dis quelque chose. Que puis-je faire ?
« … Merci. » Yura pouvait le sentir. Ils partageaient un lien. Ils se faisaient confiance et voulaient s’aider l’un l’autre. Mains parfois la vie ne laissait pas le choix. Comme à présent.
« Youngwoo-ssi. »
-Oui ?
« Je vais arrêter de jouer. »
-… Plait-il ?
« Merci pour tout. »
***
– Je vais arrêter de jouer !
C’était la phrase que les parents voulaient le plus entendre de leurs enfants. L’addiction aux jeux-vidéos pouvait ruiner la vie d’une personne. Fut un temps où cette phrase aurait été bien accueillie par des amis ou la famille d’une personne mais depuis les cinq années depuis la sortie de Satisfy, le monde avait bien changé.
Satisfy offrait la richesse, l’honneur et même le pouvoir. À présent, les parents encourageaient leurs enfants à y jouer, et Grid fut celui qui donna naissance à cette ère. C’est bien pourquoi il fut si choqué d’entendre Yura dire qu’elle allait arrêter de jouer. Il ne pouvait pas l’accepter. Leur relation mise à part, Yura était membre de la Guilde Surstuffée et un des plus grands atouts du Royaume Surstuffé. Ce serait un gros problème si elle devait quitter le jeu.
« Ah… » Le forgeron se souvint tout à coup d’un article qui avait causé un tollé en Corée du Sud il y a quelques années. Son grand-père, le président du Groupe Daejin, y déclarait qu’il ferait bientôt rentrer sa petite fille dans l’entreprise.
Lauel en avait fait toute une histoire, à l’époque. Il craignait que si ce devait arriver, Yura aurait moins le temps de jouer.
« … Ses craintes vont devenir réalité. »
Et même pire. Qu’allait-il faire ? Que pouvait-il faire ? Son cerveau surchauffé s’arrêta soudainement. Il se souvint tardivement de la déclaration rassurante qu’elle avait faite à Lauel après cet article.
N’avait-elle pas dit que… Elle ne voulait pas entrer dans l’entreprise familiale ?
Il était d’abord nécessaire de le confirmer. Grid rappela Yura et lui posa deux questions : « Rejoins-tu le Groupe Daejin ? Est-ce ce que tu veux ? »
-……
Elle ne répondit pas, mais il n’eut pas besoin de plus. Il raccrocha, ouvrit sa messagerie et tapa quelque chose dans la barre de recherche. Une fois le dernier mot entré, un message de Daejin Motors apparut.
(Je n’ai pas réussi à vous joindre alors je vous laisse un message. Devenez le nouveau représentant des nouveaux modèles de luxe de Daejin Motors, s’il vous plait. J’aimerai vous rencontrer pour qu’on en discute. Rappelez-moi, s’il vous plait.
-Chef d’équipe des Relations Publiques de Daejin Motors, Jingoo Choi)
« Allo ? Est-ce bien le numéro de Jingoo Choi ? Ici Grid. Oui, oui, je vais accepter votre offre, mais donnez-moi le numéro de votre président. »
En tant que roi d’un royaume et forgeron légendaire, Grid possédait un pouvoir et une fortune astronomique. Il était sur le point d’exercer cette influence énorme dans les cercles politiques et financiers du monde réel.
***
« Quoi ? Grid ? » Jinmyung Lee, le président du Groupe Daejin Group, fut surpris d’apprendre que Grid voulait lui parler. Il n’était plus apparu dans la moindre publicité ou la moindre émission de télé depuis deux ans. L’argent ne le motivait plus ; de par son statut de roi, il était plus obsédé par l’honneur que la fortune. Plutôt que de s’exposer aux médias et d’exploiter son image, il se concentrait sur ses exploits dans Satisfy.
Et maintenant il le contactait pour devenir l’ambassadeur d’un modèle de Daejin Motors. Quelle chance inattendue ! C’était l’occasion rêvée de promouvoir les marques de luxe de l’entreprise au monde entier.
Cela étant…
Quelque chose clochait. Grid ne voulait pas lui parler pour si peu, et il le contactait peu après la défaite de Yura en JcJ.
« … Je pensais que cette rumeur comme quoi ils sortaient ensemble était une ineptie. » Jinmyung Lee avait enquêté sur cette rumeur en profondeur et il fut terriblement déçu d’apprendre qu’elle n’avait pas de fondement. Maintenant, il pensait que ce pouvait être vrai. « Donnez-lui mon numéro. Non, il vaut mieux que je le contacte moi-même. Développer une bonne relation avec le Roi Surstuffé ne peut nous apporter que du bon. »
Écoutons ce qu’il a à dire. Le président appela Grid. « Est-ce bien Youngwoo Shin ? Ici Jinmyung Lee, le président de Daejin. »
-Donnez-moi votre petite-fille.
« … !! »
Jinmyung Lee bondit de son siège à ses mots. Son cerveau travailla à une vitesse phénoménale, digne de sa position de dirigeant d’une grande compagnie. Il calcula la valeur de Yura comme son successeur et celle qu’elle aurait en la donnant à Grid. Il termina vite ses calculs. Le potentiel et la valeur de Grid étaient trop considérables.
« Quand doit-on fixer la date ? »
***
– Quand doit-on fixer la date ?
Grid fit claquer sa langue à cette réponse.
Quel vieil homme impatient.
Ils n’avaient pas encore rédigé de contrat et il voulait déjà réserver une journée pour filmer la publicité ? Bah, ça voulait juste dire qu’il était cupide et que Yura allait probablement avoir le droit de continuer à jouer.
« Hmm… Je vous laisse décider. Vous m’avez appelé en premier aussi me plierai-je à votre décision. »
-Ahah ! Vous allez me laisser décider de la date de votre mariage ? Je n’en attendais pas moins du héros de cette nouvelle ère !
« … Mon mariage ? »
Grid eut la chair de poule à ces mots insensés. Les gens le comprenaient toujours de travers, aussi, fort de ses nombreuses expériences dans le domaine, il réalisa le problème.
« Attendez un instant. Vous semblez m’avoir mal compris. »
-Comment ça ?
« Je ne voulais pas dire que j’allais l’épouser. Je vous demande juste de ne pas la forcer à quitter Satisfy. »
-… Ce que vous dites n’a aucun sens.
« Je vais signer un contrat à long terme avec votre société. »
Il sentit le président tressaillir de l’autre côté du combiné. Il hésita un moment, mais prit malheureusement sa décision rapidement.
-… N’êtes-vous pas un peu arrogant ? Votre valeur cette année n’est pas aussi élevée que l’année précédente. Elle a chuté avec votre absence de la Compétition Internationale de cette année. Je ne suis pas prêt à lâcher ma petite fille pour la personne que vous êtes actuellement.
« Et si- »
-… Et si ?
« Si j’augmente ma valeur davantage encore durant la compétition de cette année, accepteriez-vous ? »
-Je suppose que oui, mais n’êtes-vous pas absent de la Compétition ? Il n’y a rien à faire.
« Le Roi Démon. »
-Le Roi Démon… ?
« Je suis le Roi Démon. »
-… !!
Le président Jinmyung Lee fut si surpris qu’il en eut le souffle coupé. Grid continua sans savoir que le vieil homme suffoquait et était rouge comme une pivoine.
« Je vais remporter l’épreuve de la Subjugation du Roi Démon et je révèlerai alors mon identité. »
-…!!
Le président n’eut pas l’occasion de respirer. Il avait déjà traversé à moitié le Styx.
Un p’tit café pour cette belle lecture ? Je n’ai jamais assez de caféine. JAMAIS.
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