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Chapitre 103 – L’offre et la demande (3)

 

Grâce à ce vieux fou, j’obtins rapidement une audience avec le Roi Arthur et son premier chevalier Lancelot. J’avais insisté pour qu’ils se présentent tous deux, seuls, près du lac, l’endroit où l’épée devait normalement être en sécurité tant que le roi n’y touchait pas. De mon côté, je pourrais assurer mes arrières et rester à deux pas de l’entrée de mon donjon, Friderik à mes côtés, au cas où les choses devaient mal tourner.

Ils étaient certes puissants, mais je ne pouvais pas imaginer que Friderik ne puisse pas me permettre de faire deux pas en arrière avant de me suivre si le besoin s’en présentait. De plus, comme ils devaient venir seuls, ils n’avaient pas grande chance de m’empêcher de fuir si je le devais. Ils savaient tous deux que s’ils devaient venir accompagnés de toute autre personne, alors je ne lui révèlerais jamais où était son épée, et je disparaitrais à tout jamais.

Pouvait-il vraiment courir ce risque ? J’étais confiante, il ne le pouvait pas. Surtout, il ne le voulait pas.

Et puis il fallait dire que j’avais déjà prévu tout ce que j’allais leur dire. Ils n’auraient alors aucune raison de vouloir m’attaquer. En échange de réponses à mes questions, je leur ferais retourner leur précieuse Excalibur.

J’attendis patiemment. Ils devaient venir le lendemain à l’aube. Le Seigneur trou-du-cul s’en assurerait en transmettant mes ordres. En échange, je lui laissais cinq amphores de mon vin, qu’il allait pouvoir distribuer à ses clients tout en se faisant passer pour leur sauveur.

Après tout, moins j’étais ouvertement impliquée, mieux je me porterais.

— Et voilà, dis-je à Friderik, il ne nous reste plus qu’à attendre. La nuit est déjà bien avancée, retournons dans le donjon pour la terminer. Demain à l’aube, nous verrons bien ce que ça donne.

Il hocha la tête silencieusement et furtivement, totalement d’accord avec le plan que je lui avais proposé. Pour satisfaire cette curiosité, j’étais prête à tout.

Non. Ce n’était plus simplement de la curiosité. Plus du tout. C’était pour assurer mes arrières. J’étais poursuivie par le système, et je ne pouvais plus laisser la moindre chance au hasard de me jouer de mauvais tour. Quelque chose clochait sur Albion, à Camelot, à la cour du roi Arthur. Je le savais, le manque de logique des évènements ne pouvait pas être plus obscur. Et je ne voulais en aucun cas laisser de zone d’ombre derrière moi. Pour ma sécurité, il fallait que je sache de quoi il retournait tout autour de moi.

La nuit se passa sans heurt et rapidement. J’étais dans mon donjon et mis à part cette frayeur constante du système, je ne risquais rien.

Après avoir relancé mon sort de polymorphe humain, je sortis, peut-être une demi-heure avant l’aube. Le roi et Lancelot n’étaient toujours pas là. Moi qui pensais qu’ils viendraient en avance, et qu’ils n’auraient peut-être même pas pu fermer l’œil de la nuit… Il semblait qu’ils prenaient la chose à la légère finalement… Ou réellement trop au sérieux au point de respecter mes instructions à la lettre.

Finalement, alors que les premiers rayons du soleil faisaient rougir l’horizon, j’entendis des bruits de pas arriver du sentier. Je me tournai dans leur direction et aperçus deux hommes, le roi évidemment que j’avais déjà rencontré ainsi que celui qui ne pouvait être que Lancelot, l’homme autour duquel le mystère s’était épaissi.

Le roi n’était pas vêtu de manière royale. Il était uniquement affublé d’une vieille robe à capuche et si je ne l’attendais pas, je ne l’aurais probablement pas reconnu dans cette pénombre. Lancelot quant à lui était uniquement habillé d’une armure rouillée comme auraient pu en porter certains mercenaires de bas étage alors que je m’attendais à le voir arriver avec sur les épaules une armure rutilante, blanche et astiquée.

— Ils sont vraiment venus incognito ? Lancelot a vraiment confiance en ses capacités… Ça aurait parfaitement pu être un piège tendu par un ennemi de la royauté.

Immédiatement après m’avoir vue, ils pressèrent le pas dans ma direction. Lancelot me regardait d’un air suspicieux tandis qu’Arthur arborait un large sourire, montrant toutes ses dents blanches et trop bien brossées pour cette époque.

Il fut le premier à m’adresser la parole.

— Dame exploratrice ! Je suis ravi de te rencontrer ! Je suis le King Arthur !

Je faillis avaler de travers. Oui, même juste ma salive. C’était quoi, cette façon de parler ?! Lancelot le reprit immédiatement.

— Mon roi, il serait peut-être plus prudent de rester méfiant face à cette inconnue. Qui nous dit qu’elle n’est point armée de mauvaises intentions ?

Le roi se mit à rire en répondant à son chevalier.

— Ha ha ha, mais c’est pour ça que tu es là, mon bon Lancelot ! Tu es mon premier chevalier ou uniquement l’amant de ma femme ?

— …

Je faillis avaler de travers une fois de plus. Ils se foutaient de ma gueule ? C’était ça, ils se foutaient de ma gueule ? Je leur avais demandé de venir pour parler d’Excalibur et eux, eux… ils me jouaient un sketch ?

Je ne pus m’empêcher de les interrompre sous peine de m’exaspérer rapidement.

— Dites, les coupai-je ainsi, je vous ai demandé de venir tous les deux pour vous parler d’Excalibur, pas pour me jouer Laurel et Hardy.

Ils tournèrent les yeux vers moi à nouveau, Lancelot toujours suspicieux, Arthur toujours aux anges.

— Oui, oui !! Dame exploratrice, tu sais où est l’épée qui m’a été confiée par la Dame du Lac ! Parle donc. Dis au King tout ce que tu sais.

Il parlait sincèrement de cette façon ? Il fallait que j’en finisse rapidement.

— Il se trouve que j’ai pu retirer Excalibur de la pierre, repris-je d’un ton sérieux, et je possède donc les qualifications pour régner sur Albion. N’est-ce pas ? C’est ce que la Dame du Lac a décidé jadis.

Même si Arthur avait l’air un peu décalé et que je ne pouvais pas prédire ses réactions, Lancelot avait quant à lui les pieds sur terre, semblait-il. Lui au moins serait d’accord avec ce que je disais. Mais il n’eut pas le temps de me répondre. Arthur le prit de court.

— Tu as réussi à retirer l’épée… ? Voilà qui n’arrange pas le King. Mais je suppose que tu dis vrai, car elle n’est plus dans la pierre !

En plus, il accompagnait ses paroles de grands gestes. Un vrai showman, cet Arthur… Lancelot ne le reprit pas et le laissa continuer.

— Mais qu’as-tu fait de la précieuse Excalibur, dans ce cas ? Je ne la vois point sur toi.

— Ah, répondis-je, elle est cachée dans un endroit que je serai seule à retrouver.

Lancelot leva la main.

— Capturons-la et interrogeons-la, mon roi.

D’un ton sec, il me fit froid dans le dos. Je savais ce qu’il voulait dire par là. M’enfermer dans un lugubre cachot et ne plus jamais me permettre de voir la lumière du soleil. Mais était-il vraiment explorateur, ce Lancelot ?

— Je mourrai sans dire un mot, répondis-je aussitôt, puis je reviendrai à la vie et vous ne me retrouverez plus. L’épée ? Disparue avec moi. Je m’assurerai alors de faire circuler l’information cruciale parlant d’un roi d’Albion sans épée. Que pensez-vous qu’il se passera alors, tous les deux ?

En matière de menace, les plus grands pouvaient maintenant me tirer leur chapeau. J’avais appris rapidement, efficacement et avec plaisir. Qu’allait-il trouver à répondre à ça ?

Et il ne répondit rien. Il se contenta de froncer les sourcils et de faire mine de faire un pas en avant. Je pouvais deviner qu’il possédait un quelconque moyen de m’empêcher de bouger, de mourir et de ressusciter et qu’il n’attendait qu’un mot de son roi pour me sauter dessus. Aussi fis-je immédiatement un pas en arrière, pénétrant presque au-delà de la barrière d’entrée du donjon.

Il me vit faire et recula d’un pas, conscient que si je disparaissais dans le donjon, je pourrais y mourir à ma guise et revenir à la vie dans un endroit inconnu. Ils ne me retrouveraient jamais.

Arthur calma le jeu.

— Eeeh, doucement, vous deux, aboya-t-il, on ne menace personne en présence du King ! Il n’y a que le King qui menace les gens, et je ne suis pas d’humeur. Je suis sur le point de retrouver mon épée, pourquoi vouloir tout faire avec violence ?

Je choisis de prendre son parti et de poser immédiatement mes conditions.

— Je veux simplement vous poser quelques questions. Et j’attends des réponses honnêtes. Si je sens le moindre mensonge, la moindre omission, je disparais. Quand je serai satisfaite de ce que j’aurais appris, je vous rendrai l’épée.

Lancelot fronça les sourcils une fois de plus.

— Qui nous dit que tu possèdes réellement Excalibur ? demanda-t-il soudain.

Je m’attendais bien sûr à cette question à un moment où un autre et Friderik avait prévu le coup. Installé sur mon épaule depuis le début de la rencontre, il avait étendu un tentacule le long de mon dos – et rien ne l’obligeait à passer entre mes fesses, le saligaud – avant de remonter jusqu’à l’arrière de mon bras.

Je fis mine d’exécuter un quelconque sort magique à l’aide de ma main afin d’y invoquer sa précieuse Excalibur, et Friderik fit exactement ce qu’il fallait pour la faire apparaître là où il fallait : entre mes doigts qui se resserraient sur sa poignée.

Les yeux de Lancelot et d’Arthur s’ouvrirent en grand – et ce n’était pas le soleil levant qui les éblouissait. Arthur s’écria le premier.

— Excalibur, mon épée ! C’est bien elle, je la reconnais ! Et je sens son énergie magique chargée comme elle doit l’être ! Lancelot… Lancelot, répondons à ses questions ! Je t’en prie, mon chevalier ! Pour l’épée ! C’est le King qui te le demande !

Le premier chevalier d’Arthur sembla hésiter. Pourquoi avais-je l’impression qu’il était celui qui prenait les décisions dans le couple ? Il n’était pourtant pas le roi ! Finalement, il soupira et se détendit.

— Bien, souffla-t-il tandis qu’Excalibur disparaissait comme elle était apparue, pose donc tes questions. Puisque le roi Arthur insiste, nous y répondrons donc de notre mieux. Mais attention à ce que tu demandes. Il est hors de question que je mette en péril la sécurité du royaume en te fournissant des informa…

— Oh, ça va, le coupai-je, je ne veux pas connaître vos stratégies politiques ou vos plans de guerre.

— De guerre ?

Lancelot sembla surpris.

— C’est une expression, une idée en l’air, soupirai-je.

— Nous sommes le seul et unique royaume de ce plan. Nous ne faisons pas la guerre. Pourquoi aborder le sujet ?

— Oh, la vache, mais décoince-toi un peu…

— …

Je ne comprenais pas où la conversation était en train de nous mener, mais c’était une pente glissante assurément. Il fallait que je retrouve pied ; j’avais l’impression que Lancelot cherchait à m’embrouiller.

— Bref, tranchai-je, je tiens à savoir quelque chose, et c’est à toi que je vais le demander, Lancelot.

— À moi ? Naturellement. Je ne te permets pas de t’adresser librement à mon roi, me fit-il froidement.

— Oh ? m’étonnai-je, et pourquoi ça ? Je lui ai déjà parlé pourtant. Je l’ai même aperçu lorsqu’il est venu chercher Excalibur, et tu n’étais pas à ses côtés.

— Que…

Lancelot grinça des dents en entendant ce que je venais de lui dire. Bien sûr, il ne faisait pas partie de la clique du roi Arthur lorsque celui-ci avait voulu récupérer Excalibur ; et il sembla alors que le fait de le lui avoir rappelé l’avait piqué au vif.

— Oh ? Serais-tu gêné de ne pas avoir été là ? Pourquoi ? Parce que tu n’as pas pu vérifier ce qu’il s’était passé avec l’épée par toi-même ?

Lancelot garda le silence et me fusilla du regard. En cherchant un peu au hasard de la logique, avais-je vu juste ? Je me tenais prête à bondir dans le donjon à la vue de tout mouvement suspect de l’un des deux lascars en face de moi.

Comme il ne répondait pas, je haussai les épaules et continuai le train de ma réflexion. Finalement, avais-je réellement besoin de leur poser des questions ? Sa réaction en disait long, alors que celle d’Arthur me choquait : il avait l’air de s’en foutre royalement.

— Lancelot, lui adressai-je tout bas, quelque chose cloche au royaume d’Albion, je le sens. Quelque chose qui n’est pas logique, qui ne devrait pas être. Et pour une raison que je ne te dévoilerai pas, il faut que je sache. Je ne peux pas rester dans l’ignorance.

Il haussa les sourcils sous son vieux casque rouillé.

— Pardon ? Quelque chose cloche ? De quoi parles-tu ? Des attaques de bandits ? Une corruption quelconque ? Je m’en chargerai. Si c’est là ce que tu voulais nous dire, pourquoi avoir été jusqu’à nous faire ce chantage avec l’ép…

— Non, le coupai-je une fois de plus, ce n’est pas ça.

J’observai le roi pendant quelques secondes. Il ne donnait sincèrement pas l’impression d’avoir un quelconque intérêt dans cette histoire entre Lancelot et moi – entre deux explorateurs. Comme s’il n’était qu’un… un personnage secondaire mis sur pause. Il restait là à observer les environs en attendant que le temps passe et que nous en ayons fini avec notre affaire.

Soudain, quelque chose me frappa, comme une illumination.

— Lancelot… Arthur… En réalité, il n’est que ta marionnette, n’est-ce pas ?

Raka
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13 thoughts on “DMS : Chapitre 103

  1. Faire du grand roi Arthur un PNJ mais lol

    tu mériterais bien des petites claques sur les fesses pour cet affreux changement historique lol

      1. Personnage non jouable.

        Je pense que Gunts92 a déduit du mot « marionnette » qu’Arthur était un simple avatar tandis que Lancelot était un explorateur autonome. Mais j’en déduis plutôt moi qu’Arthur n’est juste pas le vrai décisionnaire du destin de Camelot. Le « roi effetif » serait soit Lancelot soit encore un autre…

        1. Je sais ce qu’est un PNJ…
          Je me demandais surtout pourquoi il le prenait pour un PNJ.
          La réponse arrivera bientôt de toute façon. Avant la fin de l’arc en tout cas.

  2. merci pour ton travail. Je me demande si Lancelot n’est pas l’aventurier qui devait conquérir seul un donjon 3 étoile et il aurait construit Camelot de toute pièce

  3. Merci pour ce chapitre. Ce petit cliff bien bâtard que tu nous mets à la fin. Vivement la suite ^^.

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