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Chapitre 106 – Friderik et la vie de château (2)

 

Lancelot se précipita à l’extérieur du château sans attendre l’aval du roi. Suivi par plusieurs chevaliers de la table ronde : le dénommé Bohort, qui si j’en croyais ce dont j’avais été témoin était l’un des plus preux et talentueux chevaliers de Camelot après Lancelot, Érec et Lamorak. Ils espéraient à eux quatre rassembler assez d’autorité pour calmer la population.

Que ne se fourvoyaient-ils pas ! Moi, je le savais. Je savais la cause de ces émeutes et j’étais d’autant plus conscient de l’impossibilité de faire entendre raison à ces fous en devenir. Ô Wuying, qu’avais-tu fait… La vie de tous ces Albionais était-elle nécessaire à tes plans ? Parce qu’elle était gâchée désormais.

Évidemment, je n’en laissai rien paraître et conservai mon apparence d’épée à la hanche du roi, qui décida finalement d’emboîter le pas à ses chevaliers – après tout, il était lui aussi chevalier de la table en plus d’être le roi – pour aller voir ce qui se passait dehors.

Lorsqu’Arthur et ses quatre fidèles acolytes dépassèrent l’enceinte du château, escortés par plus d’une trentaine de soldats armés, je me rendis déjà compte de l’absurde de la situation : plusieurs colonnes de fumée s’élevaient déjà vers les cieux et la clameur emplie d’un je ne savais quoi de dément atteignait déjà mes oreilles d’épée.

Des soldats de la garde étaient en train de repousser des civils armés de fourches, de bâtons et de piques en bois ; ils ne cherchaient pas à les tuer, au contraire : ils les tenaient à distance sans trop savoir que faire d’eux. Après tout, ils étaient des commerçants chez qui ils allaient acheter leurs vêtements et provisions ainsi que des nobles de Camelot.

— S… Sire ?! s’exclama l’un d’eux, pourquoi cherchent-ils à prendre le château d’assaut ?

Le roi secoua la tête, impuissant à répondre. Lancelot le fit à sa place.

— Nous ne savons pas. En revanche, ne les laissez pas passer. Tuez-les s’il le faut, mais empêchez ceux armés de torches de les jeter dans l’enceinte.

— Les empêcher de… bafouilla le garde, mais comment ? Nous n’allons pas les…

— Ce sont nos amis, des gens que nous connaissons ! s’écria un autre garde.

Occupés à tenir tête à des fous aux yeux injectés de sang, ils n’en menaient pas large. Leur désir inhérent de ne pas leur faire de mal les limitait grandement, je pouvais le voir. En face, les envahisseurs n’étaient pas épris de tels sentiments et tentaient uniquement d’avancer et de pénétrer dans le château.

— Là ! Le château ! C’est l’endroit où nous avons le plus de chances de trouver du vin ! Mon précieux !!

— Précieux ! Vin ! À boire !

— Le roi veut garder tout le vin pour lui ! Sus au château et à ses caves !!

Ils criaient d’un air aussi désespéré que plein d’anticipation. Ils cherchaient évidemment à se saisir du château, non pour des raisons politiques mais uniquement pour avoir accès à ses caves à vin. Outre le fait que je savais qu’ils ne trouveraient pas là ce qu’ils cherchaient, ils n’y arriveraient jamais de toute façon.

On parlait du château d’un roi ! Quels gardes auraient été assez idiots pour s’interdire de tuer des gens qu’ils connaissaient pour les empêcher de prendre le château d’assaut ?

Lancelot sembla se faire la même réflexion car il hocha la tête dans sa direction avant de s’élancer en avant, accompagné de ses trois chevaliers et du roi. Tous les cinq se frayèrent un chemin dans une foule d’une trentaine d’assaillants armés de fortune. Bien sûr, ils n’étaient pas équipés et entraînés pour leur opposer un quelconque défi, mais une troupe de fous capables de tout pour arriver à leurs fins n’était pas à prendre à la légère et Bohort en fit les frais d’un coup de pelle sur la tête. Fort heureusement, il était plus résistant que ça et se contenta de secouer la tête avant d’envoyer bouler son agresseur au sol, quelques mètres plus loin.

— Bohort, tout va bien ? demanda le roi précipitamment.

— Sire, ne vous en faites pas, j’en ai connu d’autres ! répondit Bohort expressément et avec le sourire.

Après quelques échanges de coups, nous finîmes par arriver de l’autre côté de ces fous qui n’étaient finalement que peu préoccupés par notre présence et ne cherchaient qu’à progresser en direction de l’enceinte du château.

— Mais pourquoi les marchands de la ville… ? marmonna Arthur, dubitatif.

— Je ne sais pas, répondit aussitôt Lancelot en secouant la tête, mais il faut que nous trouvions la cause de tout ça !

Il voulait trouver la cause de tout ça. Ha ha… Bonne chance, Lancelot. Comment espérait-il découvrir que le vin de Wuying les avait rendus totalement déments ? Autant chercher à deviner pourquoi les dieux étaient des dieux.

Rapidement et avec une maîtrise somme toute étonnante, Lancelot posa les bonnes questions aux bonnes personne et nous arrivâmes en moins d’une heure face à cette porte de bois qui s’avérait être l’entrée de cette arène clandestine.

Lancelot, Bohort, Érec, Lamorak et le roi Arthur, sa précieuse Excalibur à la hanche. Ce seigneur Ombre avait du souci à se faire. C’était le roi et les trois meilleurs chevaliers de sa table ronde, qui s’apprêtaient à pénétrer dans un antre où se déroulaient des choses illégales.

Quelques fous furieux déboulèrent à nouveau du coin d’une ruelle. Hurlant, ils s’écrasèrent contre la porte de bois et la fracassèrent sans sourciller avant de s’introduire dans le bâtiment en courant et riant, réclamant du vin et du précieux.

— Mais que leur arrive-t-il ?

Lancelot était réellement perplexe. Si nous ne nous étions pas arrêtés pour mettre de l’ordre en ville, nous avions été témoins malgré tout de ces centaines de personnes totalement folles. Une poignée à peine si l’on considérait la population totale de Camelot, mais elles étaient déjà assez nombreuses pour semer un chaos mémorable.

— Sire, entrons ! Il semble que tout ça trouve sa source en ces lieux où se déroulent apparemment des jeux illégaux ! s’écria Érec.

— Oui, Sire, il faut tirer tout ça au clair, appuya Bohort, si l’on en croit ce que l’on a entendu en ville, ces gens auraient été drogués et tout a commencé ici.

— Entrons, fit simplement Arthur en hochant la tête.

Lancelot fit le premier pas et les autres suivirent immédiatement, le roi en tête. Pourquoi le roi prenait-il tant de risques ? N’aurait-il pas mieux fait de rester enfermé au château ? Quoi qu’on en dise, il était imprenable par une foule de paysans armés misérablement face à une garde entraînée et équipée des pieds à la tête.

Mais rien ne répondait à ma question. Peut-être était-là une simple lubie, ou un sentiment de devoir à accomplir, de quoi tromper son ennui ou encore une habitude. Peut-être même Lancelot ne voulait-il pas se séparer de son roi postiche et désirait-il le conserver à tout moment auprès de lui.

Nous descendîmes dans les sous-sol que je connaissais maintenant bien ; des hommes armés d’épées – des mercenaires engagés par le propriétaire sans doute – étaient en train d’achever les intrus.

Alors nous y étions. Tout ça avait provoqué des morts. Des vraies morts, pas des explorateurs qui allaient disparaitre et revenir se battre. Non, des morts, qui allaient rester morts pour de bon.

Je n’en étais pas spécialement choqué ; de mon vivant, j’avais assisté à de nombreux pillages et massacres et j’en avais provoqués tout autant. La mort d’innocent ne me prêtait pas de sentiment de culpabilité, tout le monde doit mourir un jour. Comme me le disait mon père, mettre un terme prématurément à la vie d’une personne lui coupait certes tout avenir heureux potentiel, mais il s’agissait de lieux que nous pillions ; leur avenir était empli de choses atroces et nous les leur évitions en les tuant immédiatement.

Je n’avais pas de problème avec la mort. Mais Wuying ? Lorsqu’elle saurait – parce qu’elle saurait – qu’elle avait provoqué la mort d’innocents, qu’allait-elle penser ? Comment allait-elle réagir ?

Je ne pouvais cependant pas me poser ces questions, il n’était pas temps.

L’un des mercenaires tomba sous les coups de marteau de ce qui semblait être un forgeron. Un autre baignait déjà dans son sang, le cou à moitié arraché par une morsure, son agresseur la poitrine percée d’une épée et gisant à ses côtés, la bouche ensanglantée.

— Sire ! Ils sont fous ! Il faut les achever ! s’exclama Bohort.

— Je suis d’accord. Je pensais les ignorer avant d’avoir découvert ce qui se trame ici, mais regardez, ils tuent les gens en leur mordant le cou ! Ils sont possédés, j’en suis certain maintenant.

Lancelot acquiesça aux dires de Bohort et donna son aval pour tuer à vue tous ceux qui les attaqueraient, contrairement à ce qu’ils avaient fait jusqu’alors.

Arthur me dégaina sans autre forme de procès. Ma lame d’un blanc immaculé sur laquelle étaient gravées ces runes expliquant que son porteur était destiné à être le roi d’Albion brillait sous la lumière des torches accrochées aux murs.

— Alors, pas de pitié, se contenta-t-il de murmurer à l’attention de ses chevaliers.

Atrhur se jeta en avant, et chaque chevalier avança dans une direction différente à l’exception de Lancelot qui collait le roi.

En moins de temps qu’il ne fallut pour s’en rendre compte, nous étions déjà les seuls vivants dans ces lieux dépravés. Debout au milieu d’un champ d’une trentaine de cadavres au moins, nos pieds – façon de parler, je n’étais qu’une épée – clapotant dans une rivière de sang. En quelques dizaines de minutes à peine, nous avions quitté le château où nous discutions au calme pour nous retrouver dans un enfer meurtrier.

Camelot était-elle perdue ?

Non, c’était très peu probable. De la même façon qu’une maladie infectieuse qui aurait terrassé des centaines de personnes, ce n’était pas suffisant pour menacer l’équilibre de la ville, qui possédait sans doute un bon nombre de milliers, de dizaines de milliers peut-être, d’habitants.

Mais ces vies étaient désormais arrivées à leur terme. Et ce n’était pas une maladie, c’était le vin des géants, c’était Wuying, c’était les lames des chevaliers.

Pas une maladie.

Mais une chose me perturbait malgré tout. Wuying avait drogué quelques dizaines de personnes et nous étions revenus pour nous assurer qu’ils puissent avoir leur dose de vin afin de ne pas péter les plombs.

Alors pourquoi ? Plusieurs centaines de personnes étaient déjà folles à lier ; beaucoup plus que ce à quoi s’était adonné Wuying.

Une seule possibilité me venait à l’esprit et me faisait craindre le pire. Et nous étions sur le point de réclamer la vérité. Le seigneur Ombre était juste là, dans la pièce dans laquelle nous venions de nous forcer un passage.

Perplexe, impuissant et ne sachant plus que faire face au roi et quatre de ses meilleurs chevaliers, il se contenta de trembler convulsivement, apeuré et condamné.

— Toi ! Tu es celui qu’on appelle Ombre ? s’exclama Lancelot, l’épée pointée en avant et le regard dur.

— Je… Je…

— Réponds ! cria Bohort en faisant mine d’avancer d’un pas.

— Oui ! C’est… C’est moi ! Je… balbutia le principal intéressé, je ne voulais pas… Je ne savais pas…

Lancelot baissa son épée mais ses yeux étaient toujours aussi meurtriers.

— Que leur as-tu fait ?

— Je ne sais pas ! s’empressa de répondre le pauvre hère dont la capuche tomba en arrière et révéla un crâne ridé. Ce type devait bien avoir cent ans passés. Un exploit dans cette société, si on me demandait mon avis.

— Je… Je pensais amasser quelques richesses… Tout le monde semblait tant aimer ce vin, ils l’achetaient même à un prix exorbitant, je… je ne pensais pas que…

— Cesse de bafouiller et explique-toi clairement ou je te tranche la gorge ! s’écria d’un seul coup Lamorak, qui cherchait sans doute à se rendre utile après n’avoir pas beaucoup parlé.

— Non, messire, non, je vous en prie !

Le seigneur Ombre se laissa tomber sur une chaise en soupirant de résignation. Il avait l’air d’avoir pris cent autres années d’un seul coup. Je n’aurais pas été surpris qu’il tombe en poussière quelques secondes plus tard.

— Je… Il y avait ces gens, drogués par un vin dont je ne connais pas l’origine. Il semble si délicieux, si divin que personne ne peut plus s’en passer et n’importe qui est prêt à perdre la tête pour s’en procurer rien qu’un verre de plus. Alors… je ne pensais pas que ça irait jusque-là, messires, je le jure. Je ne désirais que me faire quelque fortune de plus.

— Du vin ? demanda Lancelot.

Il avait déjà compris de quoi il s’agissait. Après tout, les drogués réclamaient leur précieux assez souvent pour qu’on ne les loupe pas. Maintenant qu’il avait eu confirmation que ce vin venait bien de cet endroit, il poussa l’interrogatoire un peu plus loin.

— Où as-tu obtenu ce vin ? Parle et ne cache rien. Je le saurai.

Effectivement, Lancelot était un explorateur et je ne doutais pas une seconde qu’il possédait une quelconque capacité lui permettant de déceler si son interlocuteur disait la vérité ou cherchait à dissimuler des choses.

— C’est cette fille… Je suis désolé, je ne pensais pas qu’elle… Elle m’avait pourtant prévenu… J’ai été si idiot ! Épargnez-moi, sire ! Je vous en prie !

Il se tourna vers le roi et tomba à genoux avant de se prosterner en avant, face presque contre terre. Pour toute réponse, Arthur, le regard glacial, leva Excalibur – moi – et l’abattit sur la nuque du pauvre condamné sans ciller et avant même que Lancelot n’ait pu réaliser.

Je sentis ma lame traverser chair et os aussi facilement qu’elle tranchait l’air et la tête tomba, roula au sol et s’arrêta contre le pied droit du roi. Ses yeux grands ouverts et ébahis, sa bouche béate et ses sourcils relevés étaient désormais figés dans cet état de stupeur incrédule pour l’éternité.

— S… Sire, pourquoi ? s’exclama Lancelot, il s’apprêtait à parler !

— Sa tête ne revenait pas au King. N’as-tu pas entendu, il tenait ce lieu en marge de la loi. C’était inadmissible et j’ai trouvé que c’en était trop.

— Mais Sire… Non ! Comment allons-nous retrouver la source de tout ce chaos, maintenant ? reprit Lancelot.

Le roi se tourna vers lui et lui lança un regard noir.

— Pourquoi vouloir trouver la source quand il suffit de tous les tuer ? Ils ont levé les armes contre le King et sa loi, ils méritent la mort.

Raka

Mélange satyrique de Daria et Docteur House, élevé à grands coups de Fluide Glacial pendant un peu trop longtemps, le cynisme n'est égalé que par l'excès d'humour noir et de sarcasme quotidien dont je fais preuve.
Mais on s'en fout, pas vrai ?
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10 Commentaires

  1. Newancientgod

    Merci pour le chapitre

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  2. gutsguts

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  3. GoblesGobles

    Merci pour ce chapitre

    Répondre
  4. Gunts92

    P***** le roi devient vraiment un monstre

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  5. Jikan

    Hum… Johra ou te caches tu ?

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    1. RakaRaka (Auteur de l'article)

      Johra ? Pourquoi ?

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  6. Jikan

    Un roi sadique… Qui réfléchit pas tjrs avt d’agir et qui n’écoute pas son conseiller…

    Ça m’a fait penser a LV1 skeleton

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    1. RakaRaka (Auteur de l'article)

      Je vois.

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  7. Aximili

    Merci pour le chapitre !

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  8. HinomuraHinomura

    Merci pour le chapitre

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