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Chapitre 224 — Trois maîtres et une cithare disparue

À ce moment, Chu Yang et Gu Duxing entendirent derrière eux des gens respirer difficilement, comme sous l’effet d’une énorme anxiété. Ils se retournèrent pour voir de qui ça venait et ne surent pas s’ils devaient rire ou pleurer.

S’ils n’avaient pas eu une telle force de caractère, ils auraient fini par rouler par terre de rire.

Les deux Casanovas autoproclamés, les jeunes maîtres Ji Mo et Luo Kedi, marchaient avec raideur en compagnie de deux jeunes femmes qui leur tenaient le bras. Ils avaient l’air assez gauches à bomber le torse et à se tenir bien droits, d’autant qu’ils avaient manifestement l’air anxieux malgré leurs efforts.

Ji Mo l’était toute particulièrement : quelques gouttes de sueur froide avaient même commencé à naître au‐dessus de son nez…

Tu parles de bourreaux des coeurs…

« Ji Mo…» l’appela doucement Gu Duxing.

Ji Mo n’entendit absolument rien. Il était dans les nuages depuis que la jeune femme en blanc lui avait pris le bras.

L’épéiste recommença un peu plus fort : « Ji Mo !»

Ce dernier sortit enfin de ses rêveries : « Hein ? Euh, oui ?»

« Comment trouves‐tu cet établissement, par rapport à ceux que tu as déjà visités ?» demanda Gu Duxing en se retenant de rire.

« Ah… C’est pas mal, mais ça reste en deçà de ce que j’ai déjà pu voir… Mais ça reste acceptable. » Ji Mo se donna des airs d’experts malgré ses joues rouges, et dit : « Je me souviens, quand j’étais à la maison… Ha ha, j’allais dans des endroits pareils tous les jours… Ça n’a pas de quoi casser trois pattes à un canard. »

Chu Yang dit calmement : « Hmm, Ji Mo, tu t’y connais vraiment ! Contrairement à nous, tu sais où aller, toi !»

La jeune femme qui tenait le bras de Ji Mo ne put s’empêcher de pousser un petit rire, mais elle réalisa aussitôt son erreur et se couvrit la bouche de la main en roulant des yeux.

Les autres demoiselles qui accompagnaient le groupe avaient toutes des expressions moqueuses également. Elles vivaient dans cet établissement, alors il était évident à leurs yeux que non seulement ces deux jeunes maîtres n’étaient pas de grands séducteurs, mais en plus qu’ils n’avaient probablement jamais mis les pieds dans un tel endroit !

Seuls des jeunes hommes n’ayant jamais visité une maison close se montraient aussi nerveux… Eut‐ce été ne serait‐ce que leur deuxième visite, qu’ils n’auraient pas été aussi tendus !

Et ce vaurien osait se vanter de se rendre dans des endroits pareils quotidiennement chez lui. Quelle plaisanterie…

Gu Duxing se retint de rire et dit : « Alors jeune maître Ji Mo est un habitué de ce genre d’établissements… Pourrais‐tu nous en parler un peu ?»

« Que veux‐tu que je te dise ?» Avec l’air de s’y connaître, Ji Mo dit à voix basse : « Une fois qu’elles t’emmènent dans une chambre, baisse ton pantalon et monte dessus…»

« Hahaha…» L’épéiste leva son pouce à son attention. « Tu es énorme !» Puis il se retourna et continua à marcher en riant à gorge déployée.

Le désir charnel était le plus grand tabou au sein de tous les grands clans des Trois Cieux Intermédiaires ! Et c’était tout particulièrement vrai pour tous les seconds jeunes maîtres talentueux. Les gens normaux l’ignoraient, mais Gu Duxing le savait parfaitement.

Quel que soit l’art martial que l’on pratiquait, un rapport sexuel trop tôt dans sa culture entraînait une perte irrattrapable, qui aurait un effet sur ses prouesses futures. Et quelqu’un qui ne pouvait accomplir d’exploit ne pouvait pas non plus représenter son clan.

Dans une telle situation, comment Ji Mo et les autres oseraient se rendre dans un bordel ? Ils ne pouvaient qu’en rêver car si leurs clans venaient à apprendre qu’ils s’y étaient rendus, ils les écorcheraient vif avant de les battre à mort !

Les ’jeunes maîtres’ qui allaient s’amuser dans les maisons closes n’étaient que les rebuts de leurs clans. Les disciples importants des grands clans suivaient un entraînement strict et cultivaient, il leur était absolument interdit d’être volage !

Ainsi, ces jeunes gens avaient embrassé la discipline stricte qu’ils subissaient depuis leur enfance et les attentes de leurs clans comme un mode de vie !

C’est pourquoi Gu Duxing et Chu Yang ne croyaient pas une seconde que de grands clans puissent héberger de nombreux Casanovas dans leurs rangs ; on en trouvait seulement dans les clans de force intermédiaire et de bas rangs. Aucun clan d’importance ne pourrait résister à l’épreuve du temps avec un homme à femmes comme successeur.

Les histoires d’enfants prodigues étaient bonnes pour les gens ordinaires. Un descendant de grand clan ne pouvait se le permettre, car le moindre faux pas pourrait entraîner des conséquences irréversibles et lui faire perdre son statut à jamais.

Voilà pourquoi Chu Yang et compagnie n’avaient pas cru une seconde que Ji Mo et Luo Kedi puissent être des habitués des bordels.

Une fois qu’ils furent entrés, ils se retrouvèrent dans une énorme pièce chauffée par une grande chaudière à charbon. La température qui y régnait donnait l’impression d’être un beau jour de printemps !

Le grand hall était empli de bruits de discussions, et une scène en occupait le bout. Elle était surélevée d’un mètre par rapport au sol, et était couverte par des rideaux. On pouvait d’ailleurs vaguement voir au travers une cithare ancienne.

De nombreuses personnes étaient déjà assises alentour, comme s’ils attendaient quelque chose. Devant la scène, cinq‐six jeunes maîtres tenaient même les discussions les plus bruyantes de la pièce.

« Cet établissement est un bordel ?» demanda finalement Luo Kedi, surpris. « Alors les bordels… sont comme ça. »

Il avait parlé un peu fort, aussi l’assemblée entière ne put s’empêcher de lui jeter un regard noir.

À ce moment, une matrone d’une trentaine d’années monta élégamment sur la scène. Elle avait beau être un peu plus vieille que les autres filles présentes, ses mouvements étaient empreints de grâce, de maturité et de noblesse.

Les conversations se turent aussitôt qu’elle apparut.

« Messieurs, nous allons à présent commencer notre spectacle quotidien. » Elle sourit avec désinvolture et parcourut tous les visages de l’assemblée en y laissant traîner son regard, puis elle poursuivit : « Vous savez tous que Mademoiselle Xiao Lu est une maîtresse cithariste qui a obtenu le titre de ’cithariste aux notes divines’. Voulez‐vous l’écouter jouer ?»

Toute la foule répondit vivement : « Oui !»

« De plus, Mademoiselle Xiao Lu est de bonne humeur aujourd’hui ; elle a dit que toute personne arrivant à l’intéresser pouvait lui poser trois questions sur la musique, et si ces questions parviennent à piquer sa curiosité, alors elle pourrait entrer dans sa chambre. Mademoiselle Xiao Lu lui jouera alors une mélodie à son attention et dînera avec elle. De plus, cette personne deviendrait dorénavant un invité d’honneur de notre Maison des Beautés Extraordinaires !»

« Whoa…»

L’assemblée poussa une clameur d’excitation tant l’opportunité était tentante !

« Qui est cette Mademoiselle Xiao Lu ?» dit Gu Duxing d’un air glacial. « Je n’arrive pas à croire qu’on lui accorde une telle valeur…»

Ji Mo et Luo Kedi le fusillèrent du regard.

Une personne à côté d’eux rit : « Vous ignorez qui est Mademoiselle Xiao Lu ? Pourquoi êtes‐vous venu ici alors ?»

C’était comme si, à ses yeux, ne pas savoir qui elle était revenait à être ignorant en général. Tout le monde dans le grand hall était surexcité par l’apparition de cette demoiselle.

Chu Yang rit sèchement : « Tu ne sais pas que les trois maîtres des Neuf Cieux ont un match tous les vingt ans ?»

« Un match de trois maîtres ? Comment ça ?»

« En juin, lorsque les lotus éclosent, les trois maîtres se rencontreront au milieu du continent. Qui est le plus remarquable ? Qui occupera la première place ?» récita doucement l’adolescent : « La flûte traversière angélique est comme une vaste étendue d’eau, la flûte à bec divine est comme un bateau et le son de la cithare est comme le bruissement du vent dans les cieux. Les changements du monde peignent le cours des saisons… Qui reste encore debout après vingt années battues par la pluie et le vent ? Qui est parvenu à tenir à vingt années d’épreuves ?» (NdT Désolé, la poésie est toujours dure à rendre ^^»)

« Il y avait à l’origine dans les Neuf Cieux, neuf maîtres maîtrisant chacun un instrument différent, et se tenant au sommet de leur art. Pour une raison inconnue, ces neuf maîtres voulurent un jour tenir une compétition pour déterminer qui, parmi eux, était le meilleur. Et c’est ainsi que cette compétition naquit. »

« À l’époque, la première compétition eut lieu en juin sur le lac Lotus dans la capitale du Grand Zhao. Ils rivalisèrent devant le public ; huit maîtres restèrent sur un pied d’égalité, mais le maître du sheng perdit et quitta leurs rangs. Ils ne furent alors plus que huit !»

« La maîtrise de leurs instruments était transmise de maître à disciple depuis des générations, et les huit maîtres restants avaient tous un niveau égal. Ils étaient au sommet de leur art et progresser davantage leur aurait été très difficile. Par conséquent, ils se sont promis de revenir au même endroit vingt ans plus tard pour se départager. Mais cette fois, ce serait leurs disciples qui s’affronteraient. »

« Vingt années plus tard, certains disciples ne maîtrisèrent pas autant leurs arts que leurs maîtres et abandonnèrent. Il ne resta alors plus que six maîtres !»

« Et à présent, il n’y en a plus que trois ! Ils jouent de la flûte traversière, de la flûte à bec et de la cithare. La prochaine session de ce tournoi aura lieu en juin de l’année prochaine, et ce sera la dernière fois qu’elle aura lieu ! Ils se départageront une bonne fois pour toutes ! Et cette Mademoiselle Xiao Lu est la seule disciple du maître de la cithare !» dit lentement le Fourbe.

« Bien que ces maîtres musiciens ne soient pas des maîtres en arts martiaux, leur renommée et leur influence sont énormes dans le monde ! Le Grand Zhao va probablement avoir une sacrée migraine à organiser tout ça en juin prochain !» En disant cela, son regard brilla et un sourire mystérieux apparut sur ses lèvres.

« Ah… Mais qu’est ce que ça veut dire ’les changements du monde peignent les saisons’ ?»

 « Ça désigne bien sûr tous les témoins de la compétition entre les neuf maîtres, qui ont raconté le déroulement du tournoi…» répondit lentement le jeune homme.

Gu Duxing sourit : « Alors tu ne nous as pas vraiment emmenés ici pour jouer ?» Il avait deviné le but de son frère.

La rencontre de ces trois maîtres au centre du continent était un évènement mondial ! S’ils jouaient bien leurs coups, ils pourraient coller à Diwu Qingrou une sacrée migraine ; comment Chu Yang pourrait laisser passer une telle occasion ?

Sa venue dans cet établissement était de la plus grande importance !

L’adolescent sourit et dit : « Cette maîtresse de la cithare, Mademoiselle Xiao Lu… Ha ha ha. » Il rit sans s’expliquer.

Comment aurait‐il pu ignorer dans sa vie passée un évènement aussi important ? Il s’en souvenait comme si c’était hier… Dans sa vie passée, le maître de la flûte à bec avait pris la première position, suivi par le maître de la flûte traversière… Et la maîtresse de la cithare avait fini troisième. En d’autres termes, cette Xiao Lu avait été vaincue !

Cependant, son échec n’était pas dû à un manque de maîtrise de son art, mais au vol soudain de sa cithare juste avant que le tournoi n’ait lieu… L’instrument d’un musicien était un trésor inestimable, et son bien le plus précieux !

Comment aurait‐elle pu jouer sereinement après le vol de sa cithare ? Et où pourrait‐elle trouver un instrument acceptable aussi rapidement ? Il n’y avait bien sûr pas deux cithares identiques de par le monde, après tout !

Du coup, sa défaite était parfaitement logique.

Cela étant, elle ne sembla pas admettre sa défaite… Les deux autres maîtres musiciens furent ensuite assassinés en même temps ! Leurs deux grands clans s’effondrèrent également, ce qui provoqua un grand tumulte de par le monde. Cependant, rien ne sortit de ce massacre parce que personne ne savait qui l’avait commis.

Ce ne fut que des années plus tard que le Fourbe comprit que la faction derrière la maîtresse cithariste devait être la responsable ! Elle s’était montrée extrêmement cruelle en détruisant ces deux clans parce que personne ne savait exactement qui avait volé la cithare, mais comme le coupable devait bien être l’un des deux, ils méritaient leur punition.

Même sans la moindre preuve, cette faction mystérieuse avait contre toute attente détruit deux clans entiers ! Ce fut une purge totale !

Un véritable génocide ! Cela dit, ils n’avaient d’autres choix ; l’excès était la réponse la plus efficace… Cependant, même après ce massacre, la cithare ne fut jamais retrouvée, et les neuf maîtres disparurent dans les méandres du temps…

Chu Yang sourit et adressa un clin d’œil à Gu Duxing : « C’est notre chance. »

Wazouille

Fondateur du site et traducteur de BTTH, DNC, TDG et SW, Wazouille est un grand audiophile, un gamer, un lecteur avide et bien d’autres choses encore, comme stakhanoviste, à son insu...

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12 Commentaires

  1. HinomuraHinomura

    Merci pour le chapitre

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  2. Lectifer

    Merci pour ce chapitre

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  3. grenvious

    merci pour le chapitre

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  4. Dévoreur InsomniaqueDévoreur Insomniaque

    Merck pour ce chapitre

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  5. Ling_Tian

    Merci pour le chapitre!!

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  6. KryllaKrylla

    Merci pour le chapitre

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  7. Khultima

    Merci pour le chapitre.

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  8. TesaYuuTesaYuu

    Merci pour le chapitre !

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  9. Zhexiel Kurokage

    Merci pour le chapitre.

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  10. reds

    marci

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  11. essitamessitam

    merci pour le chapitre

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  12. gutsguts

    Merci pour le chapitre

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