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Chapitre 61

 

« Si ce cultivateur, qui a l’air d’être le serviteur de ce jeune garçon, est au stade de l’Établissement des Fondations, quelle est la profondeur de la base de cultivation du gosse ? » L’ancien n’osa cependant pas exprimer son interrogation à voix haute de peur d’offenser celui qu’il ne devait pas offenser.

Finalement, il se tourna vers le groupe qui l’accompagnait et se mit à discuter avec eux par télépathie.

« Ne touchez pas à ce jeune cultivateur. J’ai bien peur que nous ayons affaire à une puissance qui nous dépasse. »

« Une telle puissance ? Qui pourrait-il bien être ? »

« Ils ont traversé le voile blanc : je sens encore l’aura typique de la mer de lumière sur eux. Elle n’a toujours pas disparu. Peu importe qui il est, c’est un fait. »

« Il a raison. Rappelons-nous de ce qu’il a dit. Il est le fils prodige d’un cultivateur mystérieux. »

« Oui, je suis d’accord. Nous n’avons toujours eu affaire qu’à un seul cultivateur venant d’au-delà du voile blanc ! Mais il nous a déjà avoué qu’il n’était pas seul, de l’autre côté. Après, tout, ne vient-il pas nous voir lorsqu’il a besoin de nous pour se battre ? S’il doit se battre, c’est qu’il possède des ennemis. »

« Tout ça prend du sens, en effet. Mais il nous a toujours dit qu’il serait le seul à venir en personne et pourtant, en voilà deux autres. L’un d’eux est un serviteur peu puissant mais l’autre… L’Ancien a raison, n’y touchons pas. »

« Je pense qu’il est le fils d’un ennemi de celui qui nous rend visite habituellement. Sinon, pourquoi auraient-ils fait tout ça ainsi ? Il nous aurait prévenu de leur arrivée. Et tu as raison, il nous avait dit qu’il serait toujours le seul. »

« Une chose est sûre : s’il est le fils d’un cultivateur d’au-delà du voile, alors il faut le traiter avec le plus grand respect. Dans le cas contraire, nous pourrions courir au-devant d’une extermination. Nous n’aurions aucune chance face à un seul cultivateur d’au-delà du voile, s’ils sont tous aussi puissants et insondables que celui qui vient nous voir habituellement. »

« Oui, donnons-lui ce qu’il désire. Après tout, il n’a aucun intérêt à rester dans ce monde et lorsqu’il aura obtenu satisfaction, il s’en ira. »

« C’est décidé, alors. Traitons-le avec respect et prions pour qu’il s’en aille rapidement. »

« Si l’Empereur n’était pas en méditation recluse pour les trois prochaines lunes, nous pourrions lui demander… Il est le seul capable de gérer les relations avec un tel personnage… »

« Peu importe. Nous ne pouvons pas le déranger. Faisons comme nous avons convenu. »

Après cet échange qui ne dura finalement que le temps d’une pensée fugace, l’ancien cultivateur se tourna vers le duo de nouveaux arrivants et s’inclina encore, en direction de Shi Kun cette fois.

« Veuillez pardonner nos manière brusques, votre splendeur. Il nous fallait simplement décider de la façon la plus juste de réagir à votre arrivée. J’espère que vous comprendrez et que vous ne vous montrerez pas malpoli envers nous. »

« Eh ? » Shi Kun ne comprit pas ces marques de respect soudaines mais décida que pour partir de là au plus vite, il ne fallait pas y prêter attention. Plus tôt il en aurait fini avec cette réunion, plus vite il pourrait se remettre en route pour enfin retourner dans sa secte de la Porte Azure.

Le doyen, de son côté, entendit ce qu’il venait de dire d’une toute autre façon.

« Il l’a reconnu ! Il l’a reconnu en tant que le fils du patriarche qu’il est. Sa façon de lui montrer un tel respect, on ne peut pas se méprendre ! Peut-être vais-je avoir droit à une faveur exceptionnelle pour l’avoir ramené ! Oh, ma bonne fortune, souris-moi ! Je vais demander dix mille cultivateurs à sacrifier au Grand Ancien pour préparer son retour ! Avec dix mille fidèles de plus, nous possèderont sans doute assez de puissance pour le permettre ! Non, devrais-je demander cent mille cultivateurs à la place ? Ne serait-ce pas un peu trop ? »

Perdu dans ses pensées et tentant de calculer le montant optimal de cultivateurs qu’il pourrait demander en récompense pour le retour de Shi Kun, le doyen esquissa un sourire. Le vieux cultivateur qui leur servait d’hôte de fortune ne lui prêta pas la moindre attention et se tourna à nouveau vers Shi Kun.

« Votre splendeur, que désirez-vous faire en ce monde ? Parlez et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous exaucer. »

Shi Kun entendit et comprit clairement ce que ces mots signifiaient. Fainéant mais pas complètement idiot, il commença à se demander si ce vieux cultivateur ne le confondait pas avec quelqu’un d’autre qui lui ressemblerait beaucoup.

Et les vieilles habitudes reprirent le dessus. Dans la rue, lorsqu’on pouvait profiter de quelqu’un, il fallait toujours sauter sur l’occasion. Mais avant tout, la précaution imposait de s’assurer qu’il n’était pas celui qui se méprenait sur les paroles de son interlocuteur.

De peur que le doyen ne dise une chose qu’il ne fallait pas, il lui fit un signe discret de la main pour lui intimer de garder le silence. Ce dernier baissa la tête et accepta aussitôt d’attendre sans souffler mot. Il fallait bien laisser ce jeune prodige négocier en personne avec ce groupe de cultivateurs insondables de la Montagne Impériale ! Même sans ce geste, il n’aurait osé prendre la parole.

De son côté, l’ancien cultivateur vit simplement ceci comme l’ordre d’un maître à son serviteur et ne s’en préoccupa pas le moins du monde.

« Hmm… » Shi Kun chercha ses mots pendant quelques souffles. « Me reconnais-tu ? »

La question la plus simple et la plus banale pouvait souvent faire des miracles. S’il pouvait simplement apprendre pour qui ce vieux cultivateur le prenait, alors Shi Kun pourrait adapter son comportement.

Celui-ci s’inclina une fois de plus en répondant le plus franchement possible, à la mesure de ce qu’il savait.

« Votre splendeur, je ne vous ai jamais vu, mais vous êtes bien entendu le fils d’un cultivateur si puissant qu’il en dépasse l’entendement. Nous sommes tous, nous, le Cercle des Anciens Érudits Impériaux, à votre entier service. »

Il s’inclina deux fois de plus avant de se redresser et ouvrir à nouveau la bouche.

« Et nous aimerions vraiment savoir ce qui vous amène ici. Que désirez-vous ? »

Le doyen entendit une nouvelle fois cet échange et se conforta encore dans son choix. La décision de suivre et de sauver ce jeune génie était la meilleure de sa vie. Ce jeune fils qui était parti de la Montagne Impériale pour découvrir le monde et qui venait d’y revenir par hasard… par erreur, même, alors qu’il devait se trouver si loin. Il était parfaitement normal que cet ancien cultivateur lui demande ce qu’il faisait là.

De son côté, Shi Kun se rendit compte qu’il avait vu juste : même s’il ignorait qui, ce vieux bonhomme le prenait clairement pour quelqu’un qu’il n’était pas. Alors il décida qu’il fallait en profiter. S’il ne le faisait pas, il n’en aurait plus jamais l’occasion.

« Tout d’abord, je veux manger. Oui, un festin. Il faut que je me remplisse la panse ! »

L’ancien hocha la tête.

« Oui, oui, naturellement. Le voyage est éprouvant, et même moi, je ne peux imaginer ce que représente un passage au travers du voile blanc. Bien sûr, nous allons immédiatement préparer un festin ! » Il claqua des mains à l’attention de ses compagnons et deux d’entre eux s’envolèrent en direction d’un palais lointain, situé quelque part sur la Montagne Impériale.

« Et de l’alcool ! Oh… J’ai entendu que vous aviez de l’alcool spirituel ? » Shi Kun réalisa que s’il devait profiter de la générosité de ses hôtes, il pouvait très bien demander l’impossible. La pire réponse qu’il pourrait recevoir était un non aussi poussa-t-il le vice à faire semblant de connaître l’existence d’alcool spirituel sur la Montagne Impériale.

Et à son grand étonnement, le vieillard en face de lui s’inclina une nouvelle fois en hochant la tête.

« Bien sûr, bien sûr, de l’alcool spirituel ! C’est un breuvage rare dans notre monde car personne n’en trouve l’utilité ! Mais nous possédons en effet quelques réserves suite à des tests réalisés par le passé. Vous êtes réellement un génie hors-pair pour l’avoir deviné ! L’avez-vous senti de si loin ? »

Shi Kun leva le menton, fier de sa découverte et de son idée de génie. Il allait se faire servir de l’alcool spirituel provenant directement des réserves de la Montagne Impériale !

Soudain, il réalisa qu’il en faisait peut-être un peu trop. La personne pour qui il était confondu était-elle également friande d’alcool spirituel ? Et surtout, était-elle également du deuxième niveau de la maîtrise du Qi ? S’il buvait et qu’il effectuait une percée, cela ne mettrait-il pas le feu à sa couverture ? Pour une raison qu’il ignorait, Shi Kun avait bien senti que les vieillards n’avaient pas cherché à sonder sa base de cultivation. Mais s’il devait percer, il ne pourrait pas le camoufler.

Et si ces anciens réalisaient d’un seul coup qu’il n’était pas celui qu’il prétendait être, que feraient-ils ?

Shi Kun n’osa pas y penser et se rendit compte qu’il allait trop loin pour sa propre sécurité. Cependant, il n’allait pas revenir en arrière maintenant qu’il avait fait ces demandes : il aurait paru encore plus louche.

« Je vais accepter votre invitation généreuse, dans ce cas. Mais j’emmènerai tout ça dans ma sacoche spirituelle, mon brave co-cultivateur. Je vous en remercie d’avance. Voyez-vous, je n’apprécie guère m’étaler en groupe et j’aime manger et boire seul. Je vais donc emmener tout ceci et en profiterai lors de la suite de mon voyage. »

L’ancien hocha immédiatement la tête, compréhensif.

« Bien sûr, tout ce que vous souhaitez, votre splendeur. » Après tout, ce n’était qu’une bonne nouvelle : moins ils auraient affaire à ce fils prodige d’un ennemi de l’homme avec qui ils faisaient souvent affaire, moins ils prendraient de risques. Qu’il s’en aille et voyage comme il le désire ! Il finirait par quitter ce monde lorsqu’il en aurait assez. En attendant, toute offense pourrait être payée un prix impayable.

Les deux cultivateurs partis un peu plus tôt revinrent et tapotèrent leurs sacoches spirituelles. Plusieurs tables en sortirent, sur lesquelles les mets les plus raffinés apparurent en masse. Shi Kun les observa du coin de l’œil et retint le filet de salive qui menaçait de s’échapper du coin de sa bouche. Les mains toujours dans le dos, menton relevé, il hocha la tête en direction des nouveaux-venus et fit un geste de la main. Les tables et leur contenu se changèrent en un rayon de lumière qui pénétra dans sa propre sacoche spirituelle.

De son côté, les cultivateurs du groupe de vieillards se regardèrent, conscient qu’il s’agissait d’une sacoche spirituelle au contenu si grand qu’il pouvait contenir plusieurs montagnes sans menacer d’être plein.

« Incroyable. Un si jeune garçon et il possède un trésor pareil ! Même nous, à la Montagne Impériale, n’en possédons que très peu ! Au-delà du voile, peut-être est-ce quelque chose de commun ! »

« Oui ! Il est digne d’être le fils d’un cultivateur puissant et mystérieux ! »

Ils s’échangèrent quelques paroles par la pensée avant de tapoter à nouveau sur leurs sacoches spirituelles. Une douzaine d’amphores grandes comme un bras en sortirent et immédiatement, Shi Kun reconnut l’odeur typique de l’alcool qui s’en dégageait.

« Hmm… Oui, c’est bien de l’alcool. Spirituel, j’espère ? »

« Oui, oui ! Naturellement ! L’intégralité de ce qu’il nous restait dans nos réserves ! » L’ancien se hâta d’acquiescer en expliquant qu’il avait fait venir tout ce qu’ils avaient en leur possession.

« Bien. Bien, parfait, dans ce cas. » Shi Kun tapota à nouveau sa sacoche et les amphores y disparurent aussitôt. « Comme convenu, je garde ça pour plus tard, je festoierai seul. »

« Naturellement, naturellement, votre Splendeur. »

« Pour l’heure, je souhaiterais que l’on m’accompagne hors de cette formation. Je souhaite vivement me rendre dans la petite province de Jiaoju. »

« Jiaoju ? » L’ancien fronça légèrement les sourcils, incapable de comprendre ce qu’un cultivateur pareil pourrait trouver dans un endroit aussi pauvre en Qi, un endroit si reculé.

Mais il secoua la tête et se reprit. Il avait promis d’accorder à ce jeune garçon tout ce qu’il demanderait sans poser de questions.

« Bien entendu, bien entendu. Vous pouvez partir dès à présent, nous allons désactiver la formation de protection pour une journée complète. Ainsi, vous n’aurez pas à vous en soucier. »

« Merci, mon brave. » Shi Kun termina son jeu par une révérence, s’inclinant et rassemblant ses mains face à lui en guise de respect envers son hôte. Ce dernier, accompagné par son groupe, se hâta de l’imiter.

« Bien. Nous pouvons partir, maintenant. » Se tournant vers le doyen toujours silencieux et agenouillé, Shi Kun fit un simple geste de la main pour lui intimer de tenir sa promesse, maintenant qu’il le pouvait enfin.

Quelques instants plus tard, tous deux s’étaient dématérialisés et survolaient les vastes terres de la Montagne Impériale en direction de l’ouest.

De son côté, le doyen regretta amèrement de ne pas avoir trouvé le bon moment pour demander la récompense qu’il avait mis tant de temps à calculer.

Raka
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