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Chapitre 47 – Prête pour le départ (2)

 

Après avoir donné congé à FeiLong, que j’avais renoncé à convaincre de m’accompagner, je me tournai vers mon slime adoré, le meilleur de tous les slimes les plus gentils et serviables de l’univers.

— Frideriii———k ?

Il leva une tête paresseuse dans ma direction et m’annonça sans me laisser le temps de formuler ma demande, moi qui avais les yeux en cœur et les mains jointes dans une adorable supplication :

— Aah, non. Non, non, non. Nooooon. Non. Je ne viens pas.

Pour être catégorique, il était catégorique. Mais j’avais plus d’un tour dans ma manche.

— Allez, tu feras ça pour moi, non ? Regarde-moi ! lui lançai-je.

— Non ! J’ai dit que je n’irai pas, ma décision est prise ! répondit-il fermement.

Et à défaut d’atouts dans ma manche, j’en avais également dans mon décolleté. Je n’avais pas dit mon dernier mot, j’allais le convaincre.

— Et comme ça ? lui demandai-je encore, tout en me pressant légèrement contre lui.

— …

Aha ! Bingo. Je t’ai eu. Je te connais bien, tu ne peux pas résister à ça, hein ?

— Non !! Arrête ! Tu n’as donc pas entendu ce qu’a dit FeiLong des géants alcoolos ? Ils torturent leurs victimes au lieu de les tuer, tu sais combien de temps ça peut prendre ? Et s’ils nous gardaient prisonniers pendant des mois, des années ?! D’ailleurs, toi non plus, tu ne devrais pas y aller !!

— Oh ? m’étonnai-je. Et pourquoi ça ? Si vraiment il le faut, je me suiciderai pour rentrer.

— …Tu crois vraiment ? Tu crois vraiment que c’est si simple ? Même ton super ami possédant une puissance quasi divine a peur d’eux. J’ai comme l’impression qu’ils t’empêcheront même de te suicider. Et…

Il stoppa net, alors qu’il s’apprêtait à dire autre chose.

— Et ? insistai-je un peu.

— Et… Non, rien.

Je lui offris une moue digne de celle que m’avait obligée à supporter Teacup plus tôt dans la journée. Croisant les bras, je reculai d’un pas.

— Ah, on ne veut plus me parler, hein ? Alors c’est bon, ok. Salut. On se reverra quand je serai revenue de chez les géants.

Je tournai immédiatement les talons et fis mine de quitter les lieux aussitôt. Il ne lui fallut pas trois secondes pour réagir :

— A… Attends ! N’y va pas ! Je…

Je l’ai eu, cette fois ?

Me retournant, je lui posai une fois de plus la question fatidique.

— Tu vas venir avec moi ?

— Non ! Je ne changerai pas d’avis ! Arrête d’insister. Mais je ne veux pas que tu y ailles non plus ! Tu risques probablement très gros, là-bas… Et moi, je… hésita-t-il à nouveau.

Il y avait décidément quelque chose qu’il ne voulait pas que je sache. Qu’espérait-il me cacher ?

— Bon, tranchai-je. Je te donne encore une chance de me dire ce qui ne va pas. Trois secondes, suite à quoi je m’en vais pour de bon.

— …

— Un. Deux. Tr…

Je ne veux pas passer tout ce temps sans toi.

— …

Ce fut mon tour de rester silencieuse. Évidemment, je savais qu’il avait ce côté pervers – adorable mais pervers quoi qu’on en dise – et qu’il cherchait toujours à rester près de moi pour se coller là où il le fallait quand il le fallait. Mais…

— Comment ça ?

La façon qu’il avait de vouloir me le cacher et de rougir ainsi, ce n’était pas naturel. Ce n’était pas lui. Il s’inquiétait réellement pour moi ainsi que de la possibilité de me voir coincée là-bas pendant un temps indéfini. C’était… plus que ce à quoi il m’avait habituée.

Relevant la tête, il reprit la parole :

— Tu vois ? Il y a des gens qui tiennent à toi et qui ne veulent pas que tu restes prisonnière, à te faire torturer. C’est comme ça. On se connait depuis combien de temps, maintenant ? Combien de jours, de semaines ? Le temps file et il y a quelques mois encore, je t’aurais tuée à vue. Aujourd’hui…

Il baissa la tête, incapable de me regarder en face plus longtemps.

— …tu es devenue le centre de mon monde. Comment pourrais-tu disparaître ainsi ?

Je ne sus quoi répondre à ça. Bien entendu, je comprenais ce qu’il voulait dire ; j’avais eu peur, l’espace d’un instant, qu’il ne me fasse une grande déclaration d’amour à laquelle je me serais trouvée incapable de réagir. Finalement, je saisissais le sens derrière les mots qu’il avait tant de mal à me faire entendre. C’était forcément ça.

Il était maintenant un slime, un monstre, mélange impossible de deux êtres qui n’auraient jamais dû pouvoir fusionner. Et je l’avais attiré à moi, sur ce plan inconnu, en le forçant à adopter une nouvelle vie – j’en étais consciente. C’était d’ailleurs pour ça que j’avais tendance à lui pardonner facilement tant de dérapages au quotidien. Naturellement que j’étais devenue le centre de son monde. Il ne pouvait pas en être autrement. Il n’avait plus que moi dans la vie. Ce qu’il me présentait, ce n’était pas de l’amour comme j’en avais peur ; c’était de la dépendance sociale et émotionnelle. Sans moi, il était seul au monde, dans un corps étrange et parcourant un monde inconnu.

— Je comprends, le rassurai-je en le prenant dans mes bras. Je comprends.

Il releva les yeux vers moi ; je pouvais y lire un melting-pot d’émotions allant de l’incompréhension au soulagement, de la surprise au déni. Mais tout ce dont il avait besoin, ce qu’il réclamait, c’était que je ne le laisse pas seul. Et je ne demandais qu’à lui offrir ce qu’il voulait.

Cependant… ma décision était prise. J’avais fait des promesses. Pythagore m’attendait, il était un membre de ma secte et quelqu’un d’extrêmement gentil à qui j’avais dit que je ferais de mon mieux ; Je voulais également en profiter pour acquérir une compétence d’un des monstres les plus puissants connus à ce jour. J’avais décidé d’y aller et il fallait que j’y aille. Je ne pouvais pas simplement laisser tomber tout ça.

— Friderik… murmurai-je. Je… Je vais y aller.

Il comprit qu’il ne me ferait pas plus changer d’avis que je n’avais de chance de le convaincre de m’accompagner. Notre chemin allait se séparer ici pour le moment, et si j’avais de la chance, pour peu de temps…

— Si j’ai de la chance…

De la chance, hein…

 

***

 

De retour dans le donjon et accompagnée de mon slime de garde, je voulais faire un tour du quartier pour vérifier que tout se passait bien avant de me rendre loin, très loin d’Imperos, à plus d’une semaine de marche, Loin au-delà du volcan de Salamé. Je me demandais si j’allais pouvoir atteindre les lieux en repensant à tout ce qui rôdait en chemin, mais j’avais décidé d’insister jusqu’à y parvenir ; après tout, Teacup m’avait fourni une carte définissant un chemin que je pouvais emprunter en relative sécurité.

Dans le donjon qui n’avait pas vu entrer d’explorateurs depuis le duo qui s’était fait tuer plus tôt dans la journée, je me rendis immédiatement chez Izdasa. Elle me regarda passer en tirant la langue, roulée en boule devant son nid, comme si je n’étais rien de plus qu’une feuille morte croisant son chemin.

Je me penchai dans le nid afin de voir où en était l’éclosion de l’œuf.

— Voyons voir ça, qu’est-ce que tu dis, petit bonhomme ? demandai-je sur un ton joyeux.

Je regardai à droite et à gauche dans l’ombre.

— Hm ?

Je ne le voyais nulle part. Était-il possible qu’il ait éclos ?

Je ressortis la tête du nid et me tournai vers le boss du donjon :

— Izdasa, ton œuf a éclos ?

Elle se leva paresseusement et me répondit par ce qui ressemblait à un hochement de tête, comme pour m’affirmer qu’un bébé était bel et bien sorti de l’œuf.

— Ah ? me surpris-je à m’exclamer. C’était du rapide. Où est passé le bébé ?

Elle se tourna et émit un sifflement strident qui me fit siffler les oreilles.

— Aaaahhh…. Mes oreilles… Izdasa… la réprimandai-je un peu.

Elle ne comprenait pas ce que je lui disais, en fin de compte. Elle avait l’air typique d’une chatte qui n’avait jamais eu de portée de chatons, et à ma question, je ne reçus que ce sifflement incertain et irrité.

Friderik d’un côté, moi de l’autre, nous entreprîmes de fouiller le donjon de fond en comble. Au bout de presque une heure de recherche intensive, je le retrouvai près du nid.

— Rien de mon côté, déclara-t-il.

— Pareil pour moi. Mais alors, je ne comprends pas. Cet œuf, l’ont-ils détruit ? Volé ?

À moins de les croiser en personne et de leur poser la question, je n’allais évidemment pas obtenir de réponse à cette question. Aussi repris-je les choses à zéro et ordonnai-je à Izdasa de pondre à nouveau, un œuf qui comme le précédent faisait du bruit et allait bientôt éclore.

— Friderik, pendant que… Pendant que je ne serai pas là… commençai-je prudemment.

— Tu veux que je reste dans le donjon pour surveiller ce qu’il advient de l’œuf, c’est ça ? me coupa-t-il.

— Oui, hochai-je la tête avec conviction. S’il te plait.

Il ne répondit rien, mais je savais qu’il avait eu la même idée que moi et qu’il allait le faire. N’était-ce que dans le simple but de me rendre service, il allait rester là pendant des semaines s’il le fallait. J’avais compris la profondeur de son attachement à moi, et même s’il était absolument certain que ce n’était pas une attirance comme j’en avais toujours rêvée dans la vie passée, j’étais devenue la personne la plus importante à ses yeux.

Là, il pouvait me rendre service et je ne parvenais qu’à imaginer à quel point il devait être heureux.

— Merci, dis-je simplement, assez bas pour qu’il comprenne à quel point j’étais sérieuse.

— Hah ! Pas de problème ! cria-t-il avec un peu trop de conviction. Je vais bouffer de l’équipement, tu vas voir !!

Et il faisait même semblant de ne pas le faire pour moi.

C’était décidément adorable.

 

***

 

Friderik n’avait pas quitté le donjon, et s’était fabriqué un petit lit en mousse humide. Je lui avais dit qu’une fois le donjon réinitialisé, celui-ci disparaitrait – et je soupçonnais l’œuf d’avoir disparu de la même façon – mais il n’avait rien voulu entendre.

Le laissant à ses choix, j’avais quitté les lieux et passé une excellente nuit, au chaud dans mon lit.

Le lendemain matin était le grand jour, celui du départ prévu. J’allais quitter la ville et ne plus y remettre les pieds pendant au moins une longue semaine. Je ne comptais pas le chemin du retour, persuadée d’y revenir les pieds devant ; mais en retour, j’aurais avec moi l’alcool promis et une compétence dont je ne connaissais pas encore l’existence à ce moment.

Jetant un dernier regard dans le donjon, j’allais quitter ma maison lorsque j’aperçus par la fenêtre deux types observer mon domicile, cachés derrière un mur proche.

— Sans doute pour le compte de la Secte de l’Eau Trouble… Ils ont toujours peur que je dénonce le vieux ?

Cela dit, lorsque je mis un pied dehors, ils disparurent et je les entendis courir dans une allée à proximité.

— Ils déguerpissent ? m’étonnai-je. Hmm… Surprenant.

La couleur de ma toge me revint à l’esprit. Je faisais partie de l’une des grandes sectes de magie du sud, grande rivale de la leur. En voyant ça, ils avaient sans doute réalisé qu’ils devaient immédiatement relayer l’information à leur Maître de Secte. Au moins, ils risquaient de me foutre la paix un peu plus facilement, maintenant que j’étais soutenue par une puissance du sud.

Soudain, je sentis deux présences pénétrer dans le donjon.

— Oh… Bon. Je peux bien reporter mon départ de quelques minutes, il est vrai que je ne me suis pas fait de petit plaisir depuis un moment maintenant, réalisai-je. Regardons ça.

Je retournai m’allonger confortablement sur mon lit et tout en soulevant ma toge presque par réflexe, je fermai les yeux pour les rouvrir sur le duo paladin – moine.

— Hmmm… Encore eux… Ils viennent une fois par jour ? Hmmm…

Entre gémissements doux et mouvements subtils, je les vis se frayer un chemin au travers des varans et des salamandres, les exterminant au passage comme s’ils les connaissaient désormais par cœur. Après tout, ils étaient compétents alors que les monstres n’étaient que des lézards au comportement sans doute trop prévisible.

— Ooaahh… Allez… Vers le boss, maintenant… Faites vite, il faut que je parte, continuai-je à gémir tout bas.

Ils arrivèrent effectivement chez Isdaza et se jetèrent sur son nid avant qu’elle ne les remarque. Le paladin frappa l’œuf de son épée, œuf qui se fendilla légèrement. Ils voulaient le détruire avant qu’il n’éclose ? Ce comportement ne pouvait que confirmer mes soupçons : ils avaient dû se faire tuer par ce qui en était sorti, lors de leur tentative précédente.

Izdasa ne le voyait cependant pas de cette oreille – ni de cet œil, d’ailleurs.

Elle se jeta sur le duo de tout son poids et avant que l’un ou l’autre n’ait eu le temps de réagir, les avait mordus. Le Paladin fut envoyé rouler quelques mètres plus loin et se colla à un slime gris sorti inopinément de derrière une pierre tandis que le moine, qui avait déjà utilisé son sort de soin personnel contre les varans plus tôt dans la salle, ne put finalement que se regarder mourir ; il n’essaya même pas de lutter ou d’achever le boss.

Le combat s’acheva bien plus rapidement que je ne l’imaginais. Le paladin avait été surpris par Friderik et finit étouffé la tête à l’intérieur d’un slime tandis que le moine se laissa sombrer dans la pourriture de son propre corps, incapable de se soigner parce que sa compétence n’était très probablement pas active à ce moment.

– Et voilà mes cocos, commenta Friderik une fois le donjon à nouveau calme. Quant à toi, merci pour ton casque, hé hé.

Derrière lui, le donjon commençait déjà à reprendre forme, à partir de l’entrée de la salle.

— Il se réinitialise, hein ? commentai-je.

Et alors que le donjon allait se renouveler et que l’œuf craquelé était déjà en train de disparaître – alors c’était ça, la réinitialisation du donjon faisait bien disparaître l’œuf – Friderik se jeta dessus pour l’engloutir d’un seul coup.

Raka
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17 Commentaires

  1. TesaYuuTesaYuu

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  2. sieter

    Frederick va muter en reine alien et wujin va ce retrouver à la tête d’une armée de slimes …je suis prêt à le parier !

    Merci pour le chapitre

    Répondre
    1. RakaRaka (Auteur de l'article)

      Wuying.
      Woojin c’est dans un autre roman 😀

      Répondre
  3. Gunts92Gunts92

    Et beh c’est quoi un super bébé varan ?

    Répondre
  4. JikanJikan

    Merci Raka:-):-)!!! Super chapitre !!!!

    Dis donc, je suis le seul a me rappeler que notre petit slime trop cute et bien pervers 😉 n’était pas censé être a l’origine un fier viking des contrée nordique ?

    Enfin niveau perversité, Wujing dépasse largement Friderik pour notre plus grand plaisir ;-);-)

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    1. RakaRaka (Auteur de l'article)

      Ah si, si. C’était un Viking.
      Pourquoi ?

      Répondre
      1. JikanJikan

        Un viking c’est censé être une brute!!! Un pilleur de village, buveur d’alcool, qui ne pense qu’au combat et à rejoindre la table d’Odin au VALHALLLLLLLLLLA!!!!

        Après notre slime est tellement bien, je trouve ça vraiment sympa qu’il soit si mignon… mais faire ressortir son coté grosse brute pourrait nuancé le personnage… enfin c’est que mon avis !

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        1. RakaRaka (Auteur de l'article)

          Alors ça c’est juste la légende.
          Un “viking” c’est juste un type comme toi et moi, dont seulement 5% de la population parcourait les mers pour piller et voler… Sinon, ils étaient composés de marchands et de fermiers, eux aussi 😉

          https://dailygeekshow.com/viking-realite-legende/

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          1. JikanJikan

            Cool, alors ça je savais pas du tout… j’imaginais plus le ratio 95/5 !! ok bah merci Raka!!! 🙂

  5. Shirosuu

    Merci pour le chapitre

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  6. noname.exenoname.exe

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  7. Higanbana

    Merci pour ce chapitre

    Répondre
  8. HinomuraHinomura

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  9. GoblesGobles

    Merci pour ce chapitre

    Répondre
  10. gutsguts

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  11. Aximili

    Merci pour le chapitre !

    Répondre
  12. Laghtt

    Merci pour le chapitre !!

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