LDO : Chapitre 36

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Chapitre 36     Une arrivée improbable

 

 

Il fallait que je chasse des zombies. J’avais passé tout mon temps à faire ce que je pouvais pour les éviter afin de parvenir là où nous étions sans trop de souci, et Xinlong me disait qu’il fallait que je fasse machine arrière et que je les tue.

Ne t’en fais pas, ils émergent de cet endroit au bout d’un certain temps.

– Tu es sûr de ça ?

Absolument. Le qi de mort qui filtre du sceau pervertit le qi terrestre environnant et le force à créer ces abominations.

– Je vois. Alors je peux attendre ici et les laisser venir à moi, c’est ça ?

C’est ça. Je ne pense pas que ce soit problématique.

Je m’installai donc jambes croisées et me mis à méditer, rapidement imité par Dai Lin. Elle avait compris mon intention peut-être, en tous les cas elle ne me posa pas de questions. Après tout, nous étions arrivés jusque-là, sans doute s’attendait-elle à ce qu’on affronte quelques morts-vivants. Elle n’était pas à son coup d’essai ; quant à moi, j’espérais simplement qu’ils soient plus proche du premier qui s’était écrasé stupidement sur la formation protégeant la grotte où je m’étais installé en arrivant. S’ils devaient être plus proches de celui qui avait couru après Zombicorne de son vivant, je ne pourrais peut-être pas l’affronter.

Je me méfiais vraiment de la combinaison immortalité – intelligence. Ils seraient capables de prendre des risques calculés que je ne pourrais pas me permettre de mon côté.

Tandis que j’étais perdu dans mes pensées, j’entendis un grognement sourd et guttural, presque baveux.

J’ouvris les yeux au moment où je sentis ce qi étranger arriver vers moi alors qu’il franchissait la barrière de qi créée par la formation protectrice.

Nous nous levâmes tous les deux et après que les vieux m’eussent confirmé qu’il ne s’agissait que d’un zombie entre le quatrième et le cinquième niveau terrestre, je m’avançai vers lui d’un pas décidé tandis que Dai Lin sortait le nouvel arc qu’elle s’était confectionné.

Le zombie stupide fut évidemment attiré par mon corps si apetissant. Lorsqu’il ne fut plus qu’à dix mètres, ma tunique se mit à luire légèrement. Au moment où il arriva à cinq mètres de moi, Dai Lin encocha une flèche et l’infusa avec du qi tandis que j’invoquai mes deux lances – glace et foudre – et donnai à Waad le contrôle total sur ces dernières.

Il ouvrit deux paires d’yeux, une sur chaque lance et elles partirent comme des balles de fusil en direction du zombie. Celui-ci, malgré son niveau presque aussi élevé que le mien, n’étais pas très agile. Il ne parvint pas à éviter les deux lances qui lui transpercèrent le cou en deux endroits distincts et la flèche qui ouvrit un énorme trou dans son ventre.

Il fit mine de ralentir l’espace d’une demi-seconde mais comme les trois projectiles l’avaient traversé de part en part, son élan resta grand. Bien entendu, on ne pouvait pas parler d’un vrai élan puisqu’il traînait une jambe derrière lui comme s’il ne parvenait plus du tout à la bouger, mais il ne se préoccupa pas du tout de ses blessures. Ses intestins sortaient de son ventre grand ouvert tandis que de son cou s’écoulait un sang rouge très sombre et encore plus épais.

Un deuxième zombie arrivait déjà derrière lui, et un troisième.

Fort heureusement, je n’avais pas besoin de les affronter moi-même ; après tout, j’étais plus habile dans l’art de la fuite que dans celui de l’attaque – sauf lorsqu’il s’agissait de chasser pour me nourrir.

Waad tournoya dans les deux lances qu’il avait sous son contrôle et après avoir traversé ses trois cibles à plusieurs dizaines de reprises, celles-ci finirent par s’effondrer, inertes. Elles ne disparurent pas ceci dit. Je m’attendais à ce qu’ayant été créées à partir de rien – ou de qi – elles s’évaporent une fois mortes, mais les zombies se contentèrent de rester des cadavres froids sur un sol dur.

– Pff…

Je me permis de souffler un peu. Dai Lin m’avait aidé en tirant quelques flèches lors de la chorégraphie aérienne de Waad et elle aussi se détendit un peu.

– Osumba, tu maîtrises vraiment bien tes lances. À ton niveau, parvenir à en contrôler deux avec une telle aisance, c’est extraordinaire. Moi-même, je ne me permettrai pas de dire que je peux le faire avec rien qu’une seule.

Contrôler des lances ? Elle pensait que je les maniais moi-même à l’aide de mon qi. Bien sûr, elle m’avait déjà parlé de ça, de nombreux cultivateurs se servaient d’armes allant de l’épée en bois jusqu’à des armements magiques puissants et les faisaient voler grâce à leur seul contrôle sur le qi.

Ce n’était pas mon cas. Non seulement il ne s’agissait pas d’armes magiques, mais d’armes de qi que j’invoquais et que je ne sortais pas d’une pochette-surprise, mais en plus, je n’avais pas besoin de les contrôler d’aucune manière. Waad était le seul pilote aux commandes.

Je ne pouvais par contre pas le lui dire. J’avais fait un serment : je ne parlerais jamais de ceux qui habitaient en moi et ce quel que pouvait en être le prix ou le résultat.

– Ha ha… Merci.

Je me grattai la tête, incapable de lui répondre autre chose.

Je récupérai rapidement les pierres spirituelles contenues dans deux des trois zombies que nous venions de tuer, et bien que je savais qu’il s’agissait de pierre spirituelle de mort, je ne pouvais pas les distinguer de celles des ténèbres. Si l’on m’avait posé la question, je les aurais utilisées telles quelles pour ma cultivation sans rien en savoir. De plus, en tant que qi dérivé des ténèbres, le résultat aurait été le même et je n’aurais jamais vu la différence.

– Tu crois qu’il va rapidement en arriver d’autres ?

Je me posais clairement la question. Combien de temps allions-nous devoir patienter ici, comme ça ? Après tout, nos réserves de nourriture n’étaient pas infinies et nous n’avions rien à chasser sur ces terres mortes.

– Ah, si seulement nous pouvions avoir accès à cette nourriture automatique sans avoir besoin de cultiver.

Je parlais tout seul, pour tuer le temps. Je ne laissais même pas à Dai Lin le temps de répondre. Elle leva la main ceci dit, et me précisa d’un air hésitant :

– Ah mais… Tu sais, une fois ouvert la porte du qi céleste… Tu n’auras plus besoin de manger ou de boire… Le qi céleste est tout ce dont tu auras besoin…

J’ouvris de grands yeux.

– Quoi ?! C’est vrai ?

– Oui, oui, c’est vrai.

Fière de m’avoir enfin appris quelque chose de nouveau, elle afficha un large sourire, toujours teint de ce quelque chose de las, de désolé. Je ne comprenais vraiment pas quel était son problème depuis quelques temps.

Alors que je m’apprêtais à lui poser la question, un groupe de cinq zombies sortit de la formation de mort et se jeta dans notre direction.

– Ce sont toujours des faiblards…

J’étais content de ne pas voir arriver de boss, que nous aurions eu bien du mal à gérer. Au lieu de ça n’apparaissaient que des sous-fifres, des laquais, de la chair à canon qui devint bien vite de la chair à pâté sous les attaques incessantes de mes deux lances et de Dai Lin armée de son arc.

Je n’avais même pas besoin d’utiliser le Bagua du Taiji. Je pouvais rester assis et méditer afin de renforcer mon corps tout en faisant semblant de contrôler les deux lances.

– Ha ha ha… Je suis trop malin.

Je faisais d’une pierre deux coups. Je montrai à Dai Lin comme je possédais un contrôle exceptionnel et dans le même temps, je renforçais mon corps !

Les monstres nous donnèrent quelques pierres de plus, que je rangeai dans ma poche temporelle apparemment illimitée en taille. Je ne savais pas si elle allait être pleine un jour et pour l’heure, je m’en fichais un peu.

La troisième et quatrième vague arrivèrent en moins de trente minutes. De la même façon, aucune surprise ne nous prit au dépourvu et tout ce qui venait dans notre direction finissait bon à enterrer. Je ne savais pas combien de temps j’allais devoir continuer ce petit jeu et je ne pouvais pas poser la question à Xinlong, il semblait perdu dans une transe méditative, je pouvais le sentir ; il serait incapable de m’entendre.

Je n’avais plus qu’à persévérer jusqu’à ce qu’il soit satisfait et se manifeste pour me dicter la suite des évènements.

Au bout de la trentième vague, rien ne clochait. Je m’attendais à un moment ou à un autre à voir sortir un zombie plus fort, plus rapide, plus intelligent, avec une base de cultivation plus élevée que ses pairs mais rien de tel ne sortit en trente assauts.

– Peut-être sont-ils tous égaux lorsqu’ils sortent de là ? Ils cultivent ensuite ? Ou alors sont-ils vraiment si rares ?

– Je ne sais pas. Peu importe. Tu veux les tuer, on les tue.

Dai Lin n’était vraiment pas difficile à vivre et ça me plaisait. Elle ne posait pas de question, donc je n’avais pas besoin de lui mentir et ça simplifiait énormément les choses !

Je m’apprêtai à voir arriver une vague de plus, ayant plus ou moins saisi le timing de création des morts-vivants par l’origine scellée lorsque tout à coup, j’entendis des voix dans mon dos, venant d’assez loin mais tout de même audibles.

– Eh ! On y est ! Ils vont voir de quel bois on se chauffe !

– Allez, du nerf ! Je sais que ce n’est pas drôle par ici, mais il faut le faire !

– Ho ! Ho ! Ha ! Ho ! Ho ! Haaaa ! Donnons-nous du courage pour affronter les morts-vivants !

Un groupe d’une dizaine de personnes approchait rapidement, riant et se donnant du courage les uns aux autres. Je ne possédais pas d’œil céleste et ne pouvais pas savoir s’il s’agissait là de puissants cultivateurs ou de tocards assermentés mais Zhou Xuefang le pouvait, lui.

– Vieux ? C’est qui, ces types ?

Je posais la même question à Dai Lin à voix haute, au cas où elle les reconnaitrait par le plus grand des hasards – ce qui ne fut évidemment pas le cas.

Il s’agit d’un groupe de cultivateurs se situant entre le sixième et le huitième niveau de qi terrestre. Que font-ils là ?

Ils arrivaient là, heureux et motivés, pour chasser du zombie, comme moi. Mais pourquoi ? Ils ne pouvaient pas connaître l’existence du qi de mort et la façon de se débarrasser de la formation défensive. Et ils n’étaient clairement pas assez puissants pour la détruire rien que grâce à leur puissance brute.

Je les regardais arriver, oubliant même où j’étais. Au bout d’un moment, ils m’aperçurent et s’arrêtèrent net. L’un d’eux s’écria :

– Eh ! Regardez ! C’est quoi, ça ?

– Quoi ? Où ?

– Là ! Il y a deux… je ne sais pas ce que c’est ! Est-ce deux zombies brûlés ?

– Oh, je les vois aussi ! Viens, occupons-nous de ces deux-là en priorité. Regarde leurs yeux : ils sont intelligents. Il ne faut pas les laisser s’échapper.

Ils se ruèrent dans ma direction, leurs poings émettant déjà de féroces lumières indiquant qu’ils s’apprêtaient à me balancer des techniques magiques. Je n’eus même pas le temps de réfléchir à ce que j’aurais bien pu leur dire, leur réaction m’avait laissé perplexe. Était-ce une coutume que d’attaquer les gens avant même de leur demander qui ils étaient ?

Le type le plus rapide des trois arriva sur moi le poing en feu et bondit à plus de deux mètres dans les airs pour me retomber dessus. Celui juste derrière lui collait au train et de l’électricité crépitait autour de son corps.

– Bon sang ! Ils veulent vraiment me tuer ?!

Je ne pus m’empêcher de m’écrier face à la détermination dont ils faisaient preuve. Sans doute ne s’attendaient-ils pas à ce que je parle, car tous deux s’arrêtèrent l’espace d’un instant, mais comme pris par une folie finalement irrésistible, celui qui était toujours en l’air hurla :

– Il sait parler !! C’est le mort-vivant le plus intelligent que nous avons vu ! Tuons-le immédiatement !

Ils me prenaient pour un mort-vivant ? Mais…

N’ayant pas le temps de me préoccuper de les convaincre que j’étais bien humain et tout aussi vivant qu’eux, je n’eus d’autre choix que de reculer de plusieurs mètres pour éviter leur assaut conjoint.

Mais les autres arrivaient déjà à leur suite et tout un tas de techniques furent utilisées contre moi. Je ne pouvais pas m’échapper, la seule solution qu’il me restait, c’était…

– Bagua du Taiji, rune Mim.

Je fis de mon mieux pour insuffler tout le qi que j’arrivai à réunir en catastrophe dans le pilier du vent sur lequel était gravée la rune Mim. Je me sentis quelque peu drainé mais en même temps, un vortex beaucoup plus gros que les autres s’ouvrit devant moi, et même si, choqués par ce qui venait d’apparaître, les cultivateurs parvinrent à s’arrêter avant que leurs poings et pieds n’y entrent, tout l’énergie issue de leurs attaque ne s’en priva pas et ragea en direction du vortex qui engloutit le tout tel un enfant affamé.

À l’intérieur de mon dantian, toutes ces techniques furent rapidement dématérialisées et désassemblées jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que divers blocs de qi, que mes ténèbres engloutirent aussitôt. Il ne s’agissait pas là d’une quantité gigantesque de qi et je pouvais bien entendu remarquer que ça ne m’avait pas permis de progresser réellement ; ceci dit, une fois les tremblements et la sensation de nausée passés – ce qui prit étonnamment moins d’une seconde – je pus voir tous ces types en face de moi, bouche bée et incrédules.

– Que…

– C’était quoi, ça ?

– Mon attaque a disparu ?

– La mienne aussi… C’est quoi, ce monstre ?

Ils me traitaient encore de monstre. C’en était trop.

– Je ne suis pas un mort-vivant !

J’espérais qu’en m’écriant ça d’un seul coup face à eux tous, alors qu’ils n’étaient pas en train d’essayer de me tuer l’espace de quelques secondes, je pourrais leur faire ouvrir les yeux. Et tandis que Dai Lin, qui n’avait pas vraiment eu le temps de réagir plus tôt, raffermissait sa prise sur son arc, les cultivateurs que je ne connaissais toujours pas froncèrent tous les sourcils, visiblement irrités.

– Il essaye de nous mener en bateau ! Il sait parler !

– Nous ne nous laisserons pas avoir, ne t’en fais pas !

– Même s’il est intelligent et possède une technique étrange, il n’y a pas moyen qu’il puisse nous résister à tous si on l’attaque en même temps !

Et sur ces mots, ils s’apprêtaient à se jeter sur moi à nouveau lorsqu’un tremblement survint tout autour de nous. Je savais ce que ça signifiait. L’arrivée de nouveaux zombies. La vague était toute proche, ce n’était qu’une question de secondes, et la voilà qui arrivait. Ceci dit, ce tremblement était plus violent que les autres et ne me disait rien qui vaille.

Les types qui s’apprêtaient à se jeter sur moi s’immobilisèrent et ouvrirent de grands yeux en regardant par-dessus mon épaule. Suivant leurs regards, je me retournai et vis apparaître un groupe de cinq zombies classiques et un zombie plus grand, avec des membres plus longs et courbé sur lui-même, comme un prédateur prêt à bondir sur sa proie.

– C’est quoi, ce mort-vivant filiforme ?!

– Je ne sais pas ! Mais il dégage une aura bien plus dangereuse que celui qui annule nos attaques !

– Occupons-nous de celui-là en premier ! Sinon, nous serons en grand danger !

Le zombie qui venait de sortir de la formation était presque identique à celui qui avait tué Zombicorne. Il émanait de lui une aura oppressante et en le regardant, on pouvait comprendre ce que ressentait un lapin face à un prédateur, lorsqu’il ne pouvait plus bouger.

Le monstre tourna la tête vers nous, nous dévisagea tous l’espace de quelques secondes avant de lever les yeux au ciel pour hurler en crachant un phlegme vert et purulent.

Les cultivateurs qui m’avaient attaqué me dépassèrent, totalement concentrés sur ce nouvel ennemi qui m’apparaissait bien plus dangereux que tout ce que j’avais pu affronter jusqu’alors. Ils ne se préoccupèrent plus de moi, sans doute persuadés de pouvoir m’achever un peu plus tard.

Ils utilisèrent un nombre de techniques diverses suffisant pour que je ne puisse même pas les compter. Sautant dans tous les sens, ils firent pleuvoir du feu, de la glace, même du poison et de la foudre ! Tout était destiné à achever ce zombie particulièrement oppressant.

Mais ce dernier se contenta de lever la tête d’un air calme. Il hurla et tandis que les attaques des cultivateurs pulvérisèrent les autres zombies normaux qui l’accompagnait, son cri provoqua une onde de choc suffisante pour dévier tout ce qui aurait dû le toucher.

Il regarda les cultivateurs qui s’étaient approchés dangereusement de lui et leur adressa ce qui me sembla être un sourire. Un ricanement sadique et pervers, comme s’il réfléchissait à la façon dont il allait les faire souffrir avant de les tuer.

– Qu’est-ce que…

– Il a dévié toutes nos attaques !

– C’est… Il doit être au moins du septième niveau terrestre ! Peut-être plus !

Ils réalisaient que ce monstre était bien plus puissant qu’eux, et tandis que j’observais la scène de côté, totalement oublié, Zhou Xuefang m’expliqua ce qu’il en était.

Il est du huitième niveau terrestre. Il n’est pas loin du pic de la cultivation terrestre. S’il sort et parvient à dévorer des créatures puissantes, alors il pourrait même atteindre le stade des fondations et ce serait alors une menace extraordinaire pour ce monde souterrain.

– Alors, on fait quoi ? Ils n’arriveront pas à l’arrêter.

Ils sont tous au sixième niveau terrestre, à l’exception d’un septième niveau et de leur chef, au huitième niveau, lui aussi. Autant dire qu’ils se battent à une personne et demi face à un monstre, et ils ne feront pas le poids.

– On les aide ? Le peut-on seulement ?

Je suis d’avis de les laisser faire. Après tout, tu dois économiser ta force. Peut-être seront-ils capables de s’en sortir. Dans le pire des cas, ils affaibliront ce mort-vivant et tu auras plus de facilités pour l’achever.

– Je… Je ne veux pas les regarder mourir. J’aurais honte de faire face à mes ancêtres si je les regardais sans rien faire et qu’ils se faisaient tous tuer.

Sans attendre d’autre réponse du vieux, je bondis en avant aussi vite que je le pouvais. Bien entendu, j’étais déjà quelqu’un de rapide à l’époque où je vivais sur Terre, et mon niveau de cultivation me permettait désormais de le devenir encore plus. Je fonçai immédiatement en direction du groupe et au moment où le zombie leva la main, soulevant un vent ténébreux et de mauvais augure en direction du groupe de nouveaux arrivants, j’eux à peine le temps de déployer le Bagua et d’absorber l’énergie explosive qu’il venait de relâcher.

Ayant été en contact avec le qi de mort depuis un moment déjà et sachant désormais le reconnaître grâce aux explications et conseils des vieux, je pus facilement constater que l’attaque qu’il venait de lancer était composée de qi de mort, totalement et de manière écrasante. Les cultivateurs pensèrent sans doute qu’il s’agissait de qi des ténèbres, mais moi, je savais. Je le sentais. Ce qi était plus pervers, plus puissant parce qu’il avait un but précis et limité.

Il servait à faire pourrir la chair et les os, à apporter la mort tel un vent obscur porteur de la fin de toute chose.

Fort heureusement, ils n’entrèrent pas en contact avec celui-ci. Il fut totalement absorbé dans un vortex temporel, et même si je supposais qu’il se trouvait désormais quelque part dans le temps, au même endroit que toutes les pierres de Golem que j’avais rangées pour plus tard.

Le zombie tourna la tête vers moi d’un air surpris, sans doute étonnamment choqué que quelqu’un ait pu annihiler son attaque de mort de la sorte. Il s’attendait sans doute à ne trouver à ses pieds que quelques squelettes fraichement nettoyés de toute chair, tel était l’effet du vent de mort qu’il avait libéré.

– Bon sang, le qi de mort est vraiment… Il est vraiment horrible. Un tel niveau de puissance !

Le zombie hurla tandis que les cultivateurs étrangers se jetèrent sur lui à nouveau en me lançant tout de même des regards emplis d’émotions complexes. Ils se rendaient bien compte que je venais d’arrêter une attaque qui leur était destinée et même s’ils ne se doutaient pas que je venais de leur sauver la vie, ils ne pouvaient pas continuer à me traiter en ennemi.

Balançant technique sur technique, le combat entre le groupe et leur ennemi pourri fit rage à grands coups d’éclairs, de couleurs et d’explosions. Même s’ils l’empêchaient de lancer d’autres attaques qui auraient pu s’avérer mortelles, il était vrai qu’eux-mêmes ne parvenaient pas à gagner de terrain. La situation était telle que chaque attaque se faisait contrer, chaque technique se faisait dévier ou esquiver.

Je n’osais pas m’en mêler et j’avais déjà reculé de quelques dizaines de mètres ; j’avais peur que dans le feu de l’action, l’un ou l’autre cultivateur laisse libre cours à ses préjugés et en profite pour m’asséner un coup que j’aurais peut-être du mal à encaisser. Alors je préférai les regarder faire afin de jauger la situation. S’ils devaient se trouver dans une situation critique à nouveau, j’avais décidé d’intervenir quoi qu’il arrive.

Dai Lin était près de moi et tout comme moi, elle regardait le combat se dérouler. Elle aussi commençait à percevoir la différence entre le qi des ténèbres et celui de la mort après nos expériences passées et elle comprenait qu’il ne valait mieux pas se frotter à ce zombie de trop près.

– Mais je ne comprends pas. Pourtant, nous en avons déjà rencontré un comme ça… Il ne dégageait pas une telle puissance.

– C’est parce qu’il est tout proche de l’origine du qi de mort. Il est dénué d’une vraie intelligence et lorsqu’il s’en éloigne, il ne peut maintenir ce qi mutant sous sa forme actuelle, et il redevient petit à petit un qi de ténèbres, duquel il est issu. Ça ne rend pas le monstre moins puissant, mais ses techniques ne sont plus les mêmes.

Elle me regarda d’un air perplexe.

– Tu sembles en savoir énormément sur le sujet de ce qi… alors que moi-même, j’en ignorais tout hier encore.

– Ah, euh, je…

Je savais tout ce que Xinlong m’avait appris. Mais je ne pouvais pas le lui avouer ; je ne savais pas comment elle réagirait si je lui parlais de l’esprit d’un vieillard dans mon dantian. J’avais confiance en elle mais c’était le seul risque que je ne voulais pas prendre.

– Ce ne sont que des suppositions… Peut-être ai-je tort !

– Non. Je pense que tu as raison. C’est logique et j’aurais pu le deviner moi-même, à vrai dire. Mais… J’ai d’autres choses en tête et…

Avant qu’elle ne puisse terminer sa phrase, une attaque particulièrement vicieuse toucha l’un des cultivateurs qui hurla en voyant son bras pourrir jusqu’à l’os, qui lui-même finit par tomber au sol, blanchi et propre de toute chair et de tout muscle.

Alors qu’il tombait à genoux sous le choc, le zombie cessa simplement d’agiter les bras pour balancer des rafales de vent et de cracher des techniques noires comme la nuit pour se jeter simplement sur le pauvre homme et le mordre directement dans la nuque.

Crunch

Il arracha un énorme morceau de son cou et le pauvre n’eut même pas le temps de hurler, ses yeux s’ouvrirent aussi grands que sa bouche de laquelle il cracha un plein seau de sang. L’éclat de vie au fond de ses yeux s’éteignit immédiatement et il tomba au sol, mort et la tête ne tenant plus que par un lambeau de chair. Le zombie avait même arraché net tous les os de son cou d’un simple claquement de dents.

Les autres cultivateurs, incapables de réagir lorsqu’ils avaient vu le bras de leur ami se désintégrer, fulminaient désormais. Les veines ressortaient de leur front et si un regard pouvait tuer, leur ennemi serait déjà enterré à des dizaines de kilomètres sous leurs pieds.

Ils se ruèrent à nouveau sur lui, plus décidés que jamais à l’anéantir. De mon côté, je n’avais absolument pas réagi et malgré la promesse que je m’étais faite, j’avais laissé l’un d’eux mourir. J’envisageai rapidement la possibilité de m’approcher et de lui rendre la vie mais au moment où je fis trois pas en avant dans ce but, le monstre se tourna dans ma direction et me lança un regard tel qu’il me glaça le sang et me figea sur place.

C’était un regard qui n’était pas dénué d’intelligence, mais qui n’étais pas totalement conscient de la profondeur de la situation non plus.

Un regard qui disait « Ne touche pas à ma proie. »

D’ailleurs, je n’aurais pas pu faire quoi que ce fut. Au moment où je reculai instinctivement d’un pas, je vis le cadavre pris d’une convulsion, et soudain, avant que j’ai pu cligner des yeux deux fois, il se releva, le corps tordu et la tête qui pendait de côté, attachée à un morceau de chair comme le plus inutile des membres.

Pourtant, cette tête de laquelle tous les nerfs avaient sans doute été sectionnés me regardait, à l’envers, et souriait du même air carnassier que son meurtrier avait avant le début du combat.

Tandis que le groupe continuait de lutter contre le monstre après avoir perdu l’un des leurs, le cadavre dudit ancien cultivateur se jeta dans ma direction, prêt à en découdre. Ou à me chasser.

Il se jeta en avant dans ma direction, comme un robot guidé par un programme qui lui disait « tue le noir, tue le noir, ne regarde pas ailleurs » et je fus bien obligé de me préparer à me défendre. En réalité, il ne me fallut pas grand-chose, je m’apprêtais à l’envoyer faire une petite balade dans le temps.

Il courait de façon déroutante, à la fois droit mais en crabe et en effectuant des petits bonds étranges, comme s’il cherchait à esquiver des ronces tout en titubant jusqu’à moi.

Une fois à quelques mètres à peine, il fit un bond en avant, décidé à me lacérer de ces griffes qui lui avaient déjà poussé au bout des doigts. Évidemment, il aurait eu bien du mal à me mordre vu l’état de sa tête…

Sans prendre aucune autre précaution, j’activai le Bagua en insufflant du Qi temporel dans la rune Qos. Une brume bleutée enveloppa mon agresseur, qui disparut comme par magie, sans avoir le temps de se plaindre outre mesure.

– Un de plus qui va aller se promener quelque part dans le temps. J’espère qu’il ne va déranger personne.

Soudain, une fâcheuse idée me traversa l’esprit. Il y avait un problème avec ces voyages temporels. Si je l’avais envoyé dans le futur, alors j’étais condamné à le rencontrer à nouveau un jour. Cela ne me posait pas de vrai problème parce que je ne serais plus à cet endroit exact le jour où il réapparaitrait. Mais si je l’avais fait remonter le temps, qui sait ce qu’il pouvait provoquer comme dégâts là où il arriverait ? Il pourrait alors parfaitement modifier le cours des choses et ma réalité actuelle s’en trouverait complètement bouleversée. D’ailleurs, tout l’aurait été depuis mon arrivée dans ce monde de malades mentaux. Et puis qui pouvait me garantir que ça n’avait pas été le cas ? Même mes souvenirs pouvaient me tromper.

Secouant la tête, je chassai ces idées noires et trop compliquées pour moi et me tournai vers le groupe de cultivateurs en train de combattre le zombie qui devenait de plus en plus apte. Il s’habituait à leurs attaques, et contrait de façon toujours plus précise avec un timing exceptionnel, comme s’il avait ça dans le sang. De temps en temps, il balançait une vague de qi sous la forme d’un vent qui se levait lorsqu’il balayait devant lui avec son bras, mais ses adversaires aussi avaient saisi le timing pour esquiver cette attaque létale. Après tout, ils avaient vu ce qu’elle avait fait à leur ami.

Si n’importe lequel de ces hommes avait affronté ce mort-vivant seul à seul, il aurait rendu l’âme depuis longtemps, même celui au huitième niveau terrestre. Le huitième niveau du monstre était bien plus puissant que celui de l’humain, et il était en prime soutenu par l’origine du qi, à peine plus loin.

– Ils perdent du terrain.

Dai Lin me fit remarquer que les humains avaient légèrement plus de mal à tenir bon qu’auparavant. Le monstre était de plus à plus à même de leur porter des attaques surprise et en acheva même deux en même temps d’un coup qui transperça la gorge de l’un et fit voler le deuxième vers une pourriture corporelle certaine.

– Bon sang… Ils vont tous mourir.

Et après eux, ce serait peut-être moi. Ce monstre n’avait pas peur de moi et de mon qi temporel. Après tout, les morts-vivants n’avaient pas ce souci de peur et de morale. Ils n’étaient qu’un instinct animé par une soif de mort.

– Allons les aider.

Dai Lin était prête à décocher une flèche dès que je lui donnerais mon approbation. Elle était déjà infusée d’un qi de feu qui la faisait flamber telle une torche fouettée par le vent alors qu’il ne soufflait pas même une légère brise à ce moment.

– Ok.

Je me jetai en avant, mettant de côté toute précaution et pendant que je courais en direction du monstre afin de lui proposer un petit voyage dans le temps, je sentis une flèche brûlante me siffler à côté de l’oreille. Je me retournai vivement, les yeux grands ouverts, pour balbutier :

– M… Mais fait attention ! Awa, j’ai failli gagner un piercing à l’oreille !

Elle se contenta de secouer la tête d’un air consterné, comme si j’avais émis l’hypothèse qu’elle aurait pu me toucher avec son tir. Elle me lança tout de même un petit rire amusé.

– Tu peux rire ! Tu ne perds rien pour attendre ! Si je meurs, je reviendrai te hanter et je reviendrai le faire avec tous mes ancêtres !

La flèche toucha le mort-vivant de plein fouet, pile dans la colonne vertébrale. Il se tordit de douleur et de surprise – ou peut-être simplement de surprise – et se retourna en brûlant. C’était un feu magique, une technique de qi et il n’était pas facile à éteindre. Il n’essaya d’ailleurs pas, comme s’il n’était même pas conscient de son abdomen en train de se faire incinérer ; le cadavre sec qu’il était n’aidait pas à combattre les flammes.

Je concentrais déjà du qi temporel alors qu’il me voyait arriver à toute vitesse et qu’il avait visiblement décidé que j’étais désormais son adversaire, et je me mis à lui crier, pour une raison obscure :

– Ce n’est pas moi qui ai tiré !

Il s’en fichait, évidemment, si tant était qu’il pouvait comprendre. Et puis de toute façon, je l’attaquais, alors où était l’intérêt ?

Au moment où j’allais activer la rune Qos une fois de plus, une voix résonna dans mon dantian.

Celui-là doit posséder une sacré pierre… Je pense qu’avec elle, tu pourras faire une brèche dans la formation…

 


 

Et nous voilà, à la fin d’un gros chapitre et toujours pas beaucoup plus avancés. Qui a dit que ça allait trop vite ?

Mais que va-t-il donc se passer ensuite ?

Osumba va-t-il le faire disparaitre pour être sûr ? L’affronter ?! Fuir, peut-être ? Mais le peut-il ?

Et les autres cultivateurs, comment vont-ils réagir ?

 

À vos plumes !

Raka

Mélange satyrique de Daria et Docteur House, élevé à grands coups de Fluide Glacial pendant un peu trop longtemps, le cynisme n'est égalé que par l'excès d'humour noir et de sarcasme quotidien dont je fais preuve.
Mais on s'en fout, pas vrai ?
Raka

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7 Commentaires

  1. DarkramDarkram

    Merci pour ce chapitre !
    Plus de 5000 mots 0-O ??? Whaou ! Tu étais plus inspiré que d’habitude ^^. Cap de faire un chapitre avec plus de 10000 mots ? Ce serait complètement fou mais ça peut être marrant à faire :D.
    Pour le choix à faire, je pense à 2 choses :
    -soit il tente de le faire disparaitre pour effectivement être sûr et pouvoir le tuer lorsqu’il sera devenu plus fort. Le seul risque que je vois et que ça risque de prendre beaucoup plus de temps que prévu pour qu’il devienne fort ;
    -soit il essaye de faire la tactique du Hit & Run : en gros, pendant qu’Osumba court autour du Boss, Dai Lin l’attaquera à distance avec ses flêches vu qu’elles ont l’air de lui faire un peu mal. Après, j’en conviens que le risque de cette tactique ait que soit Osumba se fasse, au bout d’un moment, attrapé par le Boss (et dans ce, aouch x( !!!) soit que le Boss change de cible et vienne attaqué Dai Lin.
    Bref, voilà ce que je propose pour la suite. J’ai hâte de savoir ce qu’il en sera au prochain chapitre ^^.

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  2. IsybileXiaoNovels

    Merci pour le chapitre !

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  3. noname.exenoname.exe

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  4. Sidsquall

    Salut,super chapitre. Je pense qu’il devrait l’affronter. Pendant que les autres cultivateurs, Dia et Waad harcèle le zombie, il devrait se servir de son si temporel pour envoyer la tête du zombie dans le temps. Bien sûr, vu la chance d’Ozumbabil n’arrivera pas à cibler la tête et il finit par le couper en deux.

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  5. Aximili

    Merci pour le chapitre !

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  6. gutsguts

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  7. ZRM

    Merciiiii
    Ben il peut le déglinguer comme les Golems avec les missiles là, en séparant ses jambes ses bras puis il achève la tête.
    En même temps demande de l’aide à Waad pour protéger et attaquer.
    Les prochains autres aventuriers qui meurent ils les rèz

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