MoL : Chapitre 55
MoL : Chapitre 57

Chapitre 56 – Obscur

 

Bien que les expériences de Xvim eussent ennuyé Zach, ce dernier jugea leur rencontre parfaitement réussie. Bien sûr, Xvim avait ouvertement rabaissé son invité, mais c’était juste Xvim qui faisait son Xvim. L’homme avait été impressionné à sa propre manière, il n’aurait autrement pas poussé Zach vers des exercices de plus en plus poussés au fur et à mesure de l’heure qui passait. Non que cette issue fût surprenante – il y avait de quoi être sacrément impressionné par les compétences de Zach, spécialement si l’on considérait son énorme réserve de mana. Il n’avait bien sûr pas affiné ses capacités de mise en forme au même niveau ridicule que Zorian sous la tutelle de Xvim, mais il était clairement meilleur que ce qu’il y paraissait au premier abord. Zorian était certain que ce que Zach avait montré dans ce bureau était un sacré point en leur faveur.

Le lendemain, Zorian décida de présenter Zach à Alanic afin de voir si le prêtre était ouvert à l’idée d’enseigner certaines de ses techniques de défense de l’âme à celui-là. Aussi se rendirent-ils au temple de bon matin, faisant sauter toute une journée de cours. Non que ce fût un problème pour aucun d’entre eux.

Au début, leur rencontre se passa comme Zorian s’y attendait. Zach parla, Alanic écouta, et Zorian resta principalement silencieux. Le prêtre connaissait déjà la nature de leur requête, que Zorian avait expliquée lorsqu’il avait arrangé le rendez-vous, mais il désirait que Zach racontât sa version de l’histoire avant d’accepter quoi que ce fût. Heureusement, Zach s’en tint parfaitement au plan et ne cracha rien qu’il n’était supposé cracher.

Leur histoire était, par essence, très simple : tous deux avait été la cible d’un sort unique qui avait imprimé une espèce de marqueur sur leur âme. Zach, troublé par l’expérience, désirait maintenant apprendre à se défendre contre des attaques similaires.

— Il y a une chose qui me dérange à propos de tout ça, lâcha Alanic après que Zach eût fini son histoire, observant tour à tour chacun des deux garçons. Si vous avez tous deux souffert de la même attaque, comment cela se fait-il que seul Zach désire apprendre comment défendre son âme ? L’expérience ne vous a-t-elle pas traumatisé, vous aussi ?

— Ah, eh bien, je sais déjà comment percevoir et défendre mon âme, admit Zorian.

— Vraiment ? s’enquit Alanic avec curiosité, levant les sourcils en une question silencieuse.

— Pourquoi mentirais-je ? fit Zorian en haussant les épaules.

Alanic le fixa, l’espace d’une seconde, avant de se dresser par-dessus la table autour de laquelle ils étaient installés pour l’attraper par les épaules. Zoiran fût sur le point de lui demander ce qu’il voulait, lorsque soudain, tous ses sens partirent en vrille.

Il balança sur sa chaise pendant un moment, le monde autour de lui tournoyant et fondant comme une mauvaise illusion, son corps lui faisant croire qu’il avait été tordu de façon surnaturelle. Puis, il réalisa ce qui se passait et utilisa sa propre magie afin de balayer l’attaque d’Alanic hors de son âme. Avec efficacité, car le monde retrouva sa forme presque immédiatement, mais Zorian conserva ce sentiment inconfortable qu’il s’était plus agi d’Alanic se retirant à la première tentative de défense que parce qu’il avait effectivement repoussé son agression.

Il rendit un regard froid au prêtre lorsque celui-ci retira ses mains de ses épaules.

— Défenses moelleuse, commenta Alanic. Utiles, mais lacunaires. Vous devriez reconsidérer votre décision, monsieur Kazinski. Vous pourriez avoir besoin de mon instruction tout autant que monsieur Noveda.

— Je le sais bien ! s’écria Zorian. Je pensais juste…

…qu’Alanic refuserait de lui enseigner quoi que ce fût, comme il l’avait fait dans les boucles précédentes. En tout cas, tant qu’il ne lui aurait pas expliqué ce qu’il ne voulait alors pas expliquer.

Hmm.

— Vous savez quoi ? Laissez tomber, soupira Zorian. Est-ce que ça signifie que vous acceptez de nous enseigner ça, à tous les deux ?

— Je suppose que oui, affirma le prêtre en tapotant ses doigts en rythme contre la table pendant une dizaine de secondes. Vous me cachez des choses, mais je ne crois pas qu’il s’agisse de quoi que ce soit de sinistre. Qui vous a appris à ressentir votre âme, si je peux me permettre ?

— Une amie métamorphe, répondit Zorian.

Ce qui était partiellement vrai, même si Alanic avait fait le plus gros du travail lui-même.

— Un métamorphe, hein ? nota Alanic en lui offrant une fois de plus un long regard empreint d’étrangeté. Très bien. Venez avec moi, que je puisse vérifier ce marqueur que vous avez reçu de votre agresseur.

— Euh… Nous ne voulons pas qu’il nous soit retiré, se hâta de préciser Zach.

— Oui, vous me l’avez déjà dit, rappela le prêtre. Je veux juste y jeter un œil. Ne vous en faites pas, je ne vous ferai rien sans votre consentement.

— Vous voulez dire, comme lancer une attaque surprise sur nos âmes afin de vérifier si nous savons les défendre ? ironisa Zorian.

— Arrêtez de chouiner, lui claque Alanic avec peu de sympathie. C’était juste une tape sur l’épaule, spirituellement parlant.

— Cette tape m’a presque fait vomir sur la table, renchérit Zorian.

— Hmpf, pouffa le prêtre. Vos défenses sont encore plus basiques que je ne le pensais, dans ce cas.

Soupirant, Zorian décida de laisser tomber cette joute.

— Il se passe quoi, avec vous autres professeurs bizarres ? chuchota Zach tout en suivant Alanic vers les profondeurs du temple, qui lui servait de domicile. Est-ce que ça va être quelque chose de récurent avec vous ? Je ne pense pas que je vais pouvoir revivre un épisode de niveau Xvim.

Zorian fût tenté de l’emmener voir Lac d’Argent après ça, juste pour lui montrer le vrai sens de bizarre. Au moins, Alanic et Xvim étaient tous deux utiles à leur manière, en plus d’être compliqués à gérer. Il se demanda si Zach était assez bon pour affronter le Chasseur Gris… Il pouvait probablement tuer cette bête, mais pouvait-il le faire d’une manière qui préserverait les œufs ?

Bien que maintenant qu’il y pensait, Lac d’Argent ne comptait probablement pas comme un professeur. Elle ne lui avait absolument rien appris jusqu’à présent.

— Monsieur Zosk est bien moins ennuyeux que Xvim, répondit-il tout bas à Zach, mettant ses propres interrogations de côté pour l’instant. Il peut être plutôt sévère parfois, mais il est juste. Il n’insulte pas les gens sans une bonne raison. En vérité, mes défenses mentales sont vraiment lacunaires en ce moment. Donne-lui une chance.

— Je suis heureux que vous ayez une si grande foi en moi, monsieur Kazinski, nota Alanic en s’incrustant dans la conversation – oops, ils n’étaient pas assez silencieux, ou peut-être possédait-il une ouïe exceptionnelle. Ce Xvim dont vous parlez semble fascinant. J’espère que vous pourrez me le présenter à l’avenir.

Zorian lui offrit un visage amer. Amener ces deux-là à se rencontrer, dans la même pièce ? Ouais, aucun putain de moyen qu’il ne laissât ça arrive.

Alanic semblait avoir remarqué le dégoût de Zorian à cette idée, car il se contenta de lui rire au nez.

— Je plaisantais, monsieur Kazinski, dit le prêtre, la voix vibrante d’amusement. Si je voulais vraiment le rencontrer, j’irais le chercher moi-même. Avec un nom pareil, je doute qu’il soit difficile à trouver.

— Je suppose que non, admit Zorian. Xvim était un nom plutôt exotique, et il avait le sentiment que son mentor était plutôt célèbre dans pas mal de cercles. Tous ceux qui avaient travaillé dans un établissement aussi célèbre que l’Académie de Cyoria laissaient des traces. L’un dans l’autre, Xvim ne devait probablement pas être très compliqué à trouver pour quelqu’un comme Alanic, qui possédait clairement des liens avec une ou plusieurs organisations d’espions.

Non pour la première fois, Zorian se surprit à se demander ce qui arriverait vraiment s’il parlait de la boucle temporelle à Alanic. Pas ce mois-là, bien entendu, mais dans le futur… Il pourrait fortement trouver une utilité à l’aide et aux conseil du prêtre de guerre.

Mais encore une fois, il ne travaillait plus seul, n’est-ce pas ? Il devrait en discuter avec Zach.

Enfin… Avec un peu de chance, le prêtre allait laisser chez Zach une meilleure impression que l’avait fait Xvim.

 

___

 

— Ugh, lâcha Zach une fois qu’ils furent partis du temple. Cette potion psychédélique est un pur enfer. Et je vais apparemment devoir passer par plusieurs mois de ce traitement ?

— Tu n’avais pas besoin de la prendre, rappela Zorian. Elle ne sert qu’à accélérer les choses. Tu aurais pu choisir de ne pas prendre ce raccourci douloureux et médité autant de temps que nécessaire.

— Non, je connais mes limites, lui rendit Zach en secouant la tête. Même toi, tu as opté pour le moyen rapide, et j’ai bien moins de patience que toi. Comment as-tu fait pour prétendre ne rien savoir de la boucle temporelle pendant tout ce temps, je suis sidéré… D’ailleurs, qu’est-ce qu’il t’a fait faire pendant que j’hallucinais ?

— Cette tape de l’épaule qu’il m’avait infligée un peu plus tôt, grimaça Zorian. Il a continué à me lancer ce genre d’attaques faibles en me forçant à me défendre. C’est utile, je suppose. Au moins, ça me procure une certaine expérience dans la défense de l’âme. Je me sers usuellement de barrière défensives pour contrer toute magie hostile, mais ce genre de truc est pratique, surtout si je devais me retrouver à devoir me protéger d’un sort de l’âme impromptu. C’est étrange, cela dit. Pourquoi Alanic accepte-t-il de m’aider à raffiner mes défenses maintenant que je t’ai amené avec moi ? Pourquoi ta présence atténue-t-elle ses suspicions envers moi ?

— Je suppose que j’ai l’air plus honnête que toi, répondit Zach avec un large sourire, ce à quoi Zorian réagit en levant les yeux au ciel. De toute façon, on fait quoi, maintenant ?

— Maintenant ? Eh bien, soit tu rentres chez toi et tu fais ce que tu veux, ou tu m’accompagnes à Knyazov Dveri pendant que je descends dans le donjon local, lui dit Zorian. Je m’apprêtais à y aller pendant tes leçons avec le prêtre, mais j’ai dû mettre ce plan en suspens, et je suppose que je vais le faire maintenant.

— Tu t’apprêtais à t’amuser dans le donjon pendant que je souffrais chez Alanic ?

— Tout dépend de ce que tu appelles amuser, lui répondit Zorian. Je m’en vais juste récupérer une montagne de cristaux de mana avant de remonter.

— Je ne suis pas sûr de comprendre, grimaça Zach. Pourquoi as-tu besoin de ce mana cristallisé ?

— L’argent, bien sûr, fit Zorian en haussant les épaules. J’en utilise certains pour fabriquer des objets magiques ou des golems, mais j’en vends la plupart pour me faire de l’argent rapidement. J’ai retenu la localisation de toutes les veines de cristaux au fur et à mesure des boucles, alors il ne me faut pas beaucoup de temps pour les récolter. C’est presque comme se baisser pour ramasser de l’argent.

Zach resta silencieux pendant un moment.

— Eh ben merde, finit-il par jurer. C’est malin. Pourquoi n’y ai-je pas pensé ? J’aurais pu faire ça depuis au moins dix ans…

— Pourquoi, tu as des soucis d’argent ? s’étonna Zorian. N’es-tu pas riche de façon obscène ?

— Je n’ai pas autant d’argent que le pensent les gens, rétorqua Zach en secouant la tête – oh, c’est vrai, son tuteur l’avait volé. Merde, je n’ai même pas autant d’argent que je pensais en avoir, merci à ce gros con. Mais le vrai problème, c’est que la plupart de ce que je possède, je ne peux même pas y toucher. Soit mon argent est bloqué en banque pour de nombreuses années, ou stocké en des lieux et selon des méthodes qui me poseraient problème, même à moi. D’ailleurs, même si je pouvais le récupérer facilement, je devrais toujours justifier mes dépenses à mon tuteur et recevoir sa permission afin d’en utiliser une certaine somme. Ce qui veut dire que lorsque j’ai vraiment eu besoin d’argent, j’ai dû le trouver par mes propres moyens…

— Hmm… Et comment as-tu fait ?

— Eh bien, maintenant, je me contente de tuer des créatures magiques pour revendre leur corps, expliqua-t-il en haussant les épaules. Tu peux gagner un sacré paquer d’argent si tu sais quoi vendre à qui. Par contre, j’aime vraiment ta solution. C’est bien plus sûr, et même pas tant chronophage. Mais balancer un énorme lot de cristaux sur le marché ne casse pas ce dernier ?

Zorian secoua la tête.

— Dans l’absolu, ce que je récolte en quelques jours est une goutte d’eau dans l’océan. Même si je me concentrais dessus pendant un mois entier, je ne produirais qu’une toute petite fraction de ce que les mines dédiées peuvent sortir de façon quotidienne. Bien que tenter d’en vendre un peu trop d’un coup attire un peu trop l’attention…

— Très bien, acquiesça Zach. Comment fait-on ça ?

___

 

Plus tard dans la journée, lorsqu’ils retournèrent finalement à Cyoria, Zorian transportait non moins de cinq sacs, tous pleins de cristaux de mana – bien plus que lors de ses excursions passées. Ils y étaient peut-être allés légèrement fort dans leur collecte, mais tout allait bien. On ne pouvait jamais avoir trop d’argent.

Zorian se contentait habituellement de la partie la plus sûre du donjon, mais Zach avait insisté pour explorer des endroits encore inconnus, cette fois-là. Comme l’autre voyageur était si puissant, Zorian avait accepté. Il était curieux, en réalité, de savoir s’ils allaient trouver quoi que ce fût d’intéressant. Au bout du compte, cela dit, ils ne découvrirent rien de particulièrement unique – juste quelques veines de mana cristallisé et deux ou trois pantes cavernicoles étranges que Zorian ne put identifier et qu’il décida de remonter à la surface. Il pourrait les montrer à Kael lorsque celui-ci se déciderait à se montrer. Ils ne croisèrent pas la route d’un quelconque monstre dangereux, ce qui plut à Zorian qui ne voulais pas terminer ce mois d’une façon stupide, en rencontrant un monstre qui vous tuait juste en vous regardant par exemple, et qui déçut Zach, qui espérait pouvoir se battre pour évacuer un peu le stress.

Et comme ils étaient sur le point de se séparer pour retourner dans leurs maisons respectives, Zach prit la parole, tout à coup.

— C’était plutôt marrant, dit-il. Nous devrions aller plus profondément, la prochaine fois.

— C’est une mauvaise idée, rétorqua Zorian. Nous avons déjà dépassé la profondeur à laquelle j’ai rencontré cette masse flottante qui m’a tuée en me regardant. On a eu de la chance de ne pas croiser ce genre d’abomination, cette fois. Tu veux vraiment mettre un terme à l’une des boucles juste comme ça ?

— Pfff. T’es vraiment pas marrant, se plaignit Zach.

— On peut toujours aller chasser tous les monstres qui terrorisent la ville maintenant que les Aranea sont mortes, remarqua Zorian. J’ai déjà fait ça avec Taiven, mais… bon, je ne peux jamais vraiment me lâcher quand je suis avec elle. Elle me connait trop bien pour accepter que je puisse avoir pris tant d’expérience en quelques mois.

— Taiven. Je me souviens d’elle, répondit Zorian. Tu avais rendez-vous avec elle le soir où j’ai invité tous les étudiants chez moi, pour le festival d’été. Vous êtes proches ?

— Sans doute pas comme tu te l’imagines. Nous sommes simplement amis, expliqua Zorian.

— Des amis qui sortent ensemble en soirée ? nota Zach avec un rictus.

Ugh. Ce type.

— Je suis presque certain que je t’ai dit quelque chose de ce calibre, à ce moment, mais Taiven n’est pas intéressé par des types comme moi. Je ne suis pas son genre, répondit Zorian en espérant que ce fût la fin de la conversation.

Ouais, il y croyait vraiment ?

— Ah, alors elle t’a laissé tomber, acquiesça sagement Zach, l’air sérieux. Eh bien, ne te laisse pas abattre. Tu ne peux pas toutes les avoir, même avec la boucle et toutes les itérations. Je n’ai jamais réussi à parler à Raynie ou Akoja pour sortir avec elles, par exemple, peu importe ce que j’ai tenté…

Zorian fut d’un seul coup tenté de parler de ses tentatives avec Akoja, ce qui aurait pu s’avérer amusant. Au bout du compte, il décida cependant qu’il ne voulait pas tenter le diable.

— J’espère que tu réalises que je ne suis dans cette boucle que depuis quelques années et que la plupart de ce temps a été passée sous une ou l’autre menace et tout autant d’urgences, lui fit remarquer Zorian.

— Oui, et ? renchérit Zach, ne voyant pas où il voulait en venir.

— Mis à part emmener une fille à la soirée à la fin du mois, je n’ai jamais cherché à rencontrer personne, lui expliqua Zorian, qui se demandait si ses rencontres avec Raynie comptaient comme des rendez-vous, finalement, et ce n’était probablement pas le cas, elle l’avait dit elle-même. Je n’ai certainement pas été courir après une fille de la classe comme tu l’as fait.

Zach le fixa en silence pendant quelques secondes, apparemment sidéré par l’était de fait.

— Sérieusement ?! finit-il par répondre au bout d’un moment, un bon ton d’incrédulité dans la voix.

— Sérieusement, confirma Zorian.

— T’es fou, conclut Zach. Retiens bien ça, tu vas le regretter une fois en-dehors de la boucle. Tu n’auras jamais une chance pareille dans ta vie !

— Tu parles comme un vieux con, lui fit remarquer Zorian.

— Eh bien, je suis con de plusieurs dizaines d’années de plus que toi, rétorqua Zach. Alors écoute tes aînés, je sais de quoi je parle…

Dix minutes s’écoulèrent en une myriade de jacasseries inutiles avant qu’il ne finissent par se séparer. Étrangement, bien qu’il se fût retrouvé à passer la journée entière à se faire frapper, attaquer l’âme, à ramper dans des tunnels sombres infestés de monstres et à se faire critiquer par son compagnon, Zorian se sentait plutôt enchanté par la manière dont les choses avaient progressé.

Bien qu’elles auraient pu éviter de se terminer sur cette conversation à propos des filles – maintenant, il ne pouvait s’empêcher de calculer le nombre de filles qui avaient fait partie de sa vie.

Et il était certain que si Zach l’apprenait, il se foutrait bien de sa gueule.

L’enfoiré.

 

___

 

Deux jours après leur rencontre avec Xvim, ce dernier vit venir Zorian dans son bureau pour lui annoncer qu’il avait accepté son histoire comme plausible et qu’ils allaient devoir discuter sur ce qu’ils pourraient faire ensuite. C’était… étonnamment rapide. Il était intéressant de noter à quel point la présence de Zach avait accéléré la manœuvre, et pas uniquement en ce qui concernait Xvim. Alanic également se trouvait être bien plus enclin à les prendre au sérieux, simplement parce qu’une deuxième personne confirmait son histoire. Était-ce simplement l’effet produit par plusieurs personnes, ou y avait-il autre chose ?

Il était tenté de demander à Xvim directement, mais il était peu certain que celui-ci répondît de façon plus claire que ses prédécesseurs, et Zorian devrait se forcer à avouer à son mentor qu’il lui cachait volontairement des informations cruciales sur la boucle temporelle.

Quoi qu’il en fût, il se trouvait actuellement face à Xvim, sur l’un des terrain d’entraînement de l’Académie, patientant le temps que la leçon ne démarrât.

— Alors, commença Xvim. Je vois que tu es seul. Je suppose que ton compagnon temporel a décliné mon offre ?

— J’ai peur que vous ne lui ayez pas laissé la meilleure des impressions la dernière fois, monsieur, lui répondit respectueusement Zorian.

— Dommage. Il aurait pu apprendre des choses. Mais bon, assez parlé de type trop facilement décourage – nous sommes là pour t’aider, toi. Tu as dit que tu avais déjà travaillé avec moi le sujet de la magie dimensionnelle ? Alors, montre-moi.

Zorian n’eut pas besoin de demander à Xvim de quoi il parlait. Il sortit un gros caillou ovale de sa poche et tendit la main devant lui afin que son mentor pût voir la pierre.

Il généra alors une frontière dimensionnelle parfaite autour de l’objet. Visuellement, rien ne se produisit… mais Zorian savait que Xvim sentait la différence. Il supposa que sa capacité à ressentir le mana était juste exceptionnelle.

— Passable, commenta Xvim pour tout jugement. Continue à travailler ça pendant ton temps libre, mais je suppose que je peux travailler avec ce niveau de maîtrise.

Zorian acquiesça et rangea silencieusement la pierre, sa longue expérience en compagnie de son mentor lui permettant à la fois de prendre son commentaire comme un compliment et de hausser les épaules mentalement face à ce ton las et désolé. Après tout, sa frontière dimensionnelle était bel et bien meilleure que passable et Zorian le savait autant que Xvim. Zorian avait déjà commencé à travailler la création de frontières sur différents objets complexes comme des petites statues et prévoyait de le faire sur des insectes vivants très bientôt.

— Tu sembles avoir une assez bonne maîtrise sur le sort de téléportation de base, et quelques variantes, remarqua Xvim. Alors, aujourd’hui, je vais t’apprendre comment te défendre contre la téléportation.

— Je sais déjà comment invoquer des barrières anti-téléportation, nota Zorian.

— Vraiment ? s’étonna faussement Xvim. Alors testons ça.

Il agita les mains et invoqua quatre orbes lumineux qui prirent rapidement une forme carrée.

— Protège cette section contre la téléportation, et je ferai de mon mieux pour m’y téléporter, intima Xvim.

Haussant les épaules, Zorian s’exécuta. Il était plutôt bon en protection, à son humble opinion, mais ne se nourrissait pas d’illusions : Xvim allait passer. Qui pouvait savoir quels genres de sorts de téléportation ce type possédait ?

Là. Pas son meilleur ouvrage, peut-être, comme il était légèrement pressé par le temps et ne possédait pas de matériaux sophistiqués, mais ça allait pouvoir au moins forcer le mentor à passer un peu de temps à –

Sans dire un mot, Xvim désenchanta la barrière sans cérémonie grâce à un sort de large zone et se téléporta sans difficulté sur les lieux qui n’étaient plus protégés.

Bien qu’il sût que ça ne servait à rien, Zorian ne put se retenir, il devait le dire.

— C’est de la triche. Vous m’avez dit que vous alliez tenter de vous téléporter, pas que vous alliez briser ma barrière avant.

— Et un vrai ennemi va peut-être se soucier des règles, hmmm ? lui demanda Xvim. Tu ne penses pas qu’ils vont plutôt simplement se téléporter au niveau de la barrière pour l’éliminer ?

— Si j’avais eu le temps de me préparer, j’aurais pu ancrer la barrière à quelque chose, et la rendre presque impossible à désenchanter ainsi, soupira Zorian.

— Si j’avais tu le temps de me préparer, j’aurais amené quelques siphons de mana pour vider ta barrière, rétorqua Xvim sans pitié.

— Ugh. Bien. Puis-je réessayer ? demanda Zorian.

— Bien entendu, acquiesça Xvim. Tu peux tenter autant de fois que tu le souhaites.

Deux heures et cinq raffinements de barrière plus tard, Zorian se trouvait face à un schéma de protection impossible à simplement éliminer sur un simple geste. Il avait dû étendre les bords de la barrière bien au-delà des orbes lumineux, et ce n’était apparemment pas de la triche non plus. Son mentor le félicita même pour avoir enfin pensé de façon originale.

Puis, lorsqu’il constata qu’il ne pouvait détruire la barrière, Xvim se téléporta dans la zone comme si celle-ci n’avait pas été protégée du tout. Zorian n’aurait pas été si furieux à ce propos si l’homme avait eu besoin de quoi que ce fût de plus complexe qu’un simple sort de téléportation de base.

— Que s’est-il passé ? demanda-t-il. Comment vous êtes-vous téléporté là à l’aide d’un simple sort de base ? Il y a trois étapes dans le lancement de ce sort, et je me suis assuré de les restreindre toutes les trois.

— J’ai créé un portail dimensionnel miniature, et l’ai utilisé pour étendre une bulle anti-barrière au milieu de ta barrière, expliqua Xvim. Puis, je me suis simplement téléporté via un endroit non-protégé. C’est un moyen standard de se rendre à l’intérieur de lieux lourdement protégés, bien que la plupart des gens usent des objets magiques balancés à l’intérieur, et non un portail microscopique.

— Je suppose que c’est parce qu’ils ne savent pas le lancer, même avec taille ridicule…

— Oui, confirma Xvim. Mais je ne suis pas le seul à savoir lancer ça, alors il serait mieux que tu saches gérer cette tactique.

— Bien, admit Zorian avec une petite moue. Je reconnais ma défaite, maître. Je ne sais pas comment me protéger efficacement contre la téléportation, alors veuillez s’il vous plaît m’enseigner. Et si possible, j’aimerais apprendre à créer les micro-portails, aussi.

— Je suspecte que ce niveau de compétence est encore au-delà de ce que tu peux apprendre, mon élève, lui répondit Xvim avec un petit rictus. Mais nous verrons. Maintenant écoute attentivement…

 

___

 

Les jours s’écoulèrent. Mis à part ses leçons avec Alanic et Xvim, Zorian passa son temps à jouer avec Kirielle et à créer des formules expérimentales sous forme de schémas. Il alla chercher de l’aide sous la forme du professeur Nora Boole, discutant avec elle de la structure des schémas de manière enthousiaste. Elle se montra étonnement utile, même face au talent de Zorian… même si ça lui attira un peu plus d’attention qu’il ne l’aurait souhaité, puisqu’elle ne pouvait pas s’empêcher de se vanter de ce génie en formulation qu’elle avait déniché au sein de ses élèves. Avec Robe Rouge hors de la partie, cependant, Zorian s’en fichait un peu.

Zach et lui allèrent également chasser des monstres, ceux-là même qui cherchaient à remonter à la surface de Cyoria. Zorian savait déjà où un grand nombre d’entre eux avaient fait leurs nids et quels chemins ils empruntaient pour se rendre à la surface, et comme il n’avait pas besoin de feindre l’ignorance en compagnie de Zach, ils étiolèrent la population de monstres de manière exemplaire. À la demande de Zorian, Zach le laissa s’occuper des ennemis la plupart du temps, ne s’impliquant dans les combats que lorsqu’il en avait l’absolue nécessité – ce qui était un peu trop régulier, au grand embarras de Zorian : il s’améliorait en magie de combat, mais était encore loin d’être une armée à lui tout seul comme l’était Zach.

Kael finit par arriver chez Imaya, et Zorian invita Taiven et lui dans la boucle. Kael fut toujours très facile à convaincre, mais Taiven se montra très réticente à l’idée de se trouver dans une boucle temporelle. Mais encore une fois, elle était toujours très compliquée à convaincre à ce sujet…

Actuellement, Zach et lui étaient en train de paresser dans un champ vide, loin de toute habitation. Bon, ok, toute habitation habitée. Il y avait un petit village à proximité, mais il avait été totalement déserté pendant la Purge, et maintenant, les locaux considéraient les lieux come maudits et refusaient de revenir. Zorian ne s’attendait pas à ce que ça restât ainsi pour très longtemps, mais il était toujours bel et bien vide, les champs emplis d’herbes sauvages.

Bien que la scène fût relativement morbide, c’était une assez belle vue. Zach avait vraiment trouvé de sacrément beaux endroits pendant ses décennies d’errance au travers du continent.

— Alors, pourquoi Kael était-il si excité, l’autre jour ? demanda Zach. Je ne me souviens pas qu’il l’était à ce point à propos de la boucle, la première fois.

— Eh bien, puisque je n’ai plus besoin de m’inquiéter au sujet de ma tête sur le radar de Robe Rouge, Kael a décidé qu’il pouvait enrôler certains des alchimistes locaux pour l’aider dans les recherches qu’il transfère d’une boucle à l’autre, expliqua Zorian.

— Ce doit être très coûteux, nota Zach en fronçant les sourcils.

— Oh, sûrement, acquiesça Zorian. Qu’il gaspille mon argent comme ça, ça m’ennuierait, si je n’en avais pas, en réalité, vraiment besoin. D’ailleurs, je peux toujours aller en récupérer encore, si j’arrive vraiment à court. J’ai d’autres sources.

— D’autres sources ? s’étonna Zach.

— Je connais les emplacements de plusieurs cachettes secrètes appartenant aux Ibasiens et aux Cultiste au travers de la ville, répondit Zorian. Et je peux toujours aller cambrioler leurs maisons, aussi, puisque je sais où habitent la plupart d’entre eux.

— Mais c’est du vol, protesta Zach.

— Oui ? confirma Zorian, étonné. Bien sûr que c’en est. Pourquoi devrais-je me gêne ? C’est une bande d’envahisseurs et meurtriers.

— Eh bien… Oui, c’est raisonnable, je suppose, admit Zach. Mais ça n’a juste pas l’air correct, tu sais ?

— Tu ne t’es pas senti mal à l’aise en m’aidant à massacrer des Aranea innocentes afin de pouvoir violer leurs esprits, tout ça juste pour que je m’entraîne.

Zach grimaça.

— J’ai, euh… Je n’ai pas vraiment pensé à ça sous cet angle. D’ailleurs, ce sont des araignées géantes. Il est plus facile de justifier le sort de créatures dont je ne peux pas me sentir proche et qui ne prennent même pas la peine de me parler.

— C’est parce que tu avais une protection de l’esprit vide, fit remarquer Zorian. Elles ne pouvaient littéralement pas te parler. Elles m’ont parlé, par contre. Elles m’ont demandé, et même supplié, d’arrêter, un bon nombre de fois.

— Uh… Wow, souffla Zach, perturbé. C’est… Bizarre, maintenant. Je me suis toujours demandé pourquoi tu étais si réticent à l’idée d’attaquer ces colonies, jour après jour…

Zorian acquiesça silencieusement. Il n’agonisait pas vraiment sous le poids de la culpabilité pour ce qu’il avait fait, mais c’était une boucle qui ne comptais pas réitérer à l’avenir. Impossible qu’il pût refaire ça sans se transformer en monstre.

Après un court et douloureux silence, Zach reprit la parole.

— Tu sais, Zorian, dit-il. Après t’avoir regardé combattre les Aranea et les monstres, je n’ai pu m’empêcher de remarquer que tes compétences de combat sont un peu… basiques.

— Je suppose que oui, tenta lentement Zorian, se demandant où Zach voulait en venir.

— Ce n’est pas grave ! se hâta ce dernier. Elles sont plutôt bonnes, toutes choses considérées. Mais, bon… Je ne pense pas que ce le soit assez pour ce que nous devons faire.

— C’est juste, concéda Zorian. J’y travaille, cela dit. Je suppose que tu penses que je n’en fais pas suffisamment ?

— En fait, j’allais te proposer de t’enseigner quelques nouveaux sorts, se mit à sourire Zach à pleines dents. Je ne suis pas vraiment un professeur, mais je n’ai pas besoin d’en être un pour te permettre d’augmenter ton arsenal magique.

Il n’y avait pas de raison de refuser. Zorian était toujours heureux d’apprendre plus de sorts, spécialement ceux, plus rares et restreints, que Zach pouvait posséder. Bien sûr, apprendre un sort ne voulait pas dire savoir l’utiliser efficacement en combat, et c’était pourquoi Zorian se contenait de se reposer sur des bases maîtrisées, comme les missiles magiques, le bouclier, la boule de feu et ce genre de joyeusetés.

Il devint rapidement évident que la plupart des trucs favoris de Zach ne fonctionneraient pas bien avec Zorian. Par exemple, Zach adorait les variations du bouclier, surtout celle qui invoquait plusieurs épaisseurs de force au lieu d’un plan simple – ce qui était extrêmement efficace, mais qui possédait un coût de mana exorbitant également. Il se pavanait également dans l’utilisation de sorts en de larges essaims afin de bombarder les défenses ennemies, tactique toute aussi impraticable…

Pourtant…

— Alors ok, c’est l’un de ces boucliers hexagonaux qu’on voit parfois sur les illustrations, reprit Zach en lançant délibérément le sort afin que Zorian pût mémoriser les mouvements et l’incantation.

Une sphère fantomatique concaténée d’hexagones imbriqués apparut tout autour de lui.

— Je trouve personnellement que c’est un truc trop chiant à lancer, mais on dirait un sort que toi, tu pourrais utiliser. L’avantage principal de ce bouclier se situe dans ses couches successives : si une attaque perce la première, elle sera toujours arrêtée par la deuxième, et ainsi de suite ; le bouclier entier ne s’effondrera pas. Bien sûr, ça fait de ce bouclier une structure plus faible que l’aegis multicouches que je t’ai montré tout à l’heure. C’est pour ça aussi que je l’utilise beaucoup moins.

— On dirait effectivement que c’est plus adapté à mon style, admit Zorian.

— On devrait peut-être arrêter pour aujourd’hui, dit Zach en révoquant son bouclier, qui se contenta de se dissoudre en une nuée de papillons lumineux disparaissant comme autant d’étincelles. Adorable.

— Oui, confirma Zorian. Il est mieux de passer du temps à expérimenter des choses que tu m’as déjà montrées avant d’en apprendre de nouvelles.

— N’aies pas peur de demander de l’aide, lui conseilla Zach. Merde, peut-être qu’un jour tu m’apprendras quelque chose.

Zorian leva un sourcil dans sa direction.

— Qui a dit que je ne pouvais pas t’enseigner quelque chose maintenant ?

— Eh, je voulais dire, concernant la magie de combat, clarifia Zach en secouant la main.

— Moi aussi, contra immédiatement Zorian.

— Zorian, s’il te plaît, renifla Zach. La magie de combat, c’est mon truc. Je la travaille depuis des décennies, maintenant. Même si tu possédais un sort secret dans ton arsenal, je suis sûr que je possède la même chose en mieux. Tout ce que tu pourrais faire, je pourrais sans doute le faire, en mieux.

— Hmm, marmonna Zorian, perdu dans ses pensées. On dirait que ça demande un petit test. Tu penses être capable de relever le défi ?

— Bien sûr, fit Zach en haussant les épaules. Tu penses à quoi ?

— Tu vois ce rocher, là-bas ? demanda Zorian en désignant un énorme roc, à une dizaine de mètres. Garde un œil dessus pendant que je lance mon sort.

— Très bien, accepta Zach en reculant à une distance respectable afin de pouvoir se positionner de façon à voir Zorian et le rocher dans le même champ de vision.

Lentement et prudemment, Zorian pratiqua la gestuelle. Zach avait l’air à la fois confus et amusé, le sort étant clairement un missile magique tout bête. Il ne dit cependant rien et choisit de rester bon observateur.

Zorian termina l’incantation. Pendant une seconde, rien ne sembla se produire.

Puis, le rocher que Zorian avait désigné comme sa cible explosa en une pluie de fragments, faisant sursauter Zach face à la soudaine détonation.

— Quoi ? balbutia-t-il sans trop comprendre, avant de lancer à Zorian un coup d’œil suspicieux. Tu as placé un glyphe explosif sur la pierre en avance, ou quoi ?

— Nope, répondit Zorian en souriant de toutes ses dents. J’ai lancé un missile magique invisible.

— Un miss… hein ? bafouilla lentement Zach.

— Tu ne savais pas ? lui demanda innocemment Zorian. Un sort de force parfaitement lancé est tout à fait transparent, le rendant effectivement invisible. Il m’a fallu un bout de temps pour atteindre ça, mais je suis sûr qu’un maître en magie de combat comme toi l’a déjà maîtrisé il y a des années.

Zach le fixa pendant une seconde avant de poser son regard sur le rocher brisé.

— Alors, continua Zorian, en souriant toujours autant. Combien de temps penses-tu nécessiter pour dupliquer ça ?

 

___

 

Trois jours plus tard, Zorian regrettait un peu d’avoir malmené Zach comme il l’avait fait. Depuis lors, son camarade semblait obsédé par le sort de Zorian, refusant de comprendre que ce n’était pas une chose qu’on pouvait atteindre en l’espace de quelques jours.

— Je ne suis même pas certain de comprendre pourquoi tu es si énervé pour ça, lui dit finalement Zorian. C’est juste un truc dont les gens comme toi n’ont pas besoin, de toute façon.

— C’est pour le principe, expliqua Zach, en lançant un missile magique de plus vers l’arbre devant lui.

Zorian constata que la pauvre plante n’allait pas tenir encore bien longtemps.

— Je suis le mec qui combat. C’est mon truc, et c’est ce que je suis depuis toujours, depuis plus longtemps que toi ! Je ne peux pas te laisser me surpasser dans ce domaine.

Zorian soupira face à cette explication. Il revoyait des images inconfortables de Taiven lorsqu’elle avait réalisé à quel point il était meilleur qu’elle… Était-ce un comportement normal, chez les mages de combat ?

Eh bien, au moins, Zach ne chialait pas comme elle l’avait fait… Là, ça aurait été vraiment bizarre.

— Au moins, laisse-moi te montrer comment le faire correctement, proposa Zorian. Tu n’y arriveras jamais en t’y prenant ainsi.

Zach s’arrêta, l’espace d’une seconde, y réfléchit, et secoua la tête.

— Peut-être si je n’y arrive toujours pas dans quelques jours. J’aime comprendre ce genre de subtilités par moi-même.

Oh, eh ben… Il avait essayé. D’un haussement d’épaules désespéré, Zorian laissa Zach à ses essais infructueux, à ses tentatives de forcer de façon brute la finesse nécessaire pour atteindre son but.

Au bout d’un moment, même Zach arriva à court de mana à force de lancer des missiles magiques – probablement juste exaspéré, vu ses monstrueuses réserves de mana – et décida de venir s’asseoir près de Zorian.

— Je peux te demander ce dont tu te souviens du début de la boucle ? finir par tenter Zorian au bout d’un moment.

— Fais-toi plaisir, répondit Zach. Mais garde à l’esprit que le début de la boucle est très brouillon dans mon esprit et j’ai toujours du mal à me souvenir de choses en particulier.

— Ouais, tu l’as déjà dit, acquiesça Zorian. Mais j’ai pensé à ce que tu as dit, à la fois récemment et lorsque tu pensais que j’étais inconscient de la boucle…

— C’était un truc dégueulasse à faire, lui rappela Zach en l’interrompant. Je sais que je l’ai déjà dit, mais ça ne coûte rien de le redire.

— Tu ne vas jamais arrêter avec ça, hein ? se plaignit Zorian.

— Nope, confirma Zach.

— Peu importe, lâcha Zorian, décidant qu’il n’y avait pas d’intérêt à insister. Je me souviens que tu as parlé des fois où tu as tenté de convaincre tout le monde à propos de l’existence de la boucle. Pourquoi as-tu fait ça ?

— Je me suis retrouvé dans une espèce de boucle temporelle folle dans laquelle la ville se faisait envahir à la fin de chaque mois, rappela Zach. Bien sûr que je voulais de l’aide.

— Alors, juste pour confirmer… tenta Zorian. Tes souvenirs les plus anciens à propos d’une situation confuse remontent à cette époque ? La boucle était nouvelle et étrange pour toi, pas une chose naturelle ?

Zach fronça les sourcils, perdu dans ses pensées.

— Ouais, acquiesça-t-il enfin. C’est à peu près ça. La boucle n’était pas un truc dont j’ai été informé à l’avance ou pour quoi j’ai été formé, si c’est ce que tu demandes. Je suppose que c’est un point en faveur de Robe Rouge étant le vrai Contrôleur, hein ?

— Lui ? Le Contrôleur original ? Pour moi, ça n’a aucun sens, dit Zorian. Pourquoi t’aurait-t-il toléré dans sa boucle temporelle si tu n’étais pas d’une importance critique pour cette dernière ? Te rappelles-tu avoir jamais vécu une boucle écourtée pour une raison inconnue ?

— Non, avoua Zach. Je n’aurais pas oublié quelque chose de si anormal. J’ai bien entendu expérimenté quelques recommencements étranges pendant mon sommeil, mais je suis presque sûr que je me suis fait assassiner.

— Hmm… Je doute que Robe Rouge n’ait jamais perdu la vie prématurément, donc ça veut dire que la boucle ne redémarre uniquement qu’avec ta mort. C’est une preuve plutôt évidente qu’elle te considère plus important que Robe Rouge ou moi.

Ils continuèrent à discuter du problème pendant une dizaine de minutes de plus, ne parvenant à aucune conclusion solide au bout du compte. Ils finirent par changer de sujet et se demandèrent comment convaincre les gens qu’ils se trouvaient réellement piégés dans le temps et Zach se mit à partager quelques-unes de ses tentatives les plus infructueuses…

— Tu as dit à Benisek que tu étais un voyageur temporel ? lui demanda Zorian sans y croire. Je ne peux pas croire que tu aies imaginé que ça eût pu être une bonne idée.

— La ferme, coupa Zach. C’est ton ami ?

— Eh, en quelques sortes, admit Zorian. Mais j’ai peur que notre amitié ne survive pas à l’influence que la boucle temporelle a sur moi. Je me sens un peu mal, parce que ce n’est pas sa faute s’il ne peut apprendre et évoluer comme je le fais, mais…

— Pas besoin de m’expliquer ça à moi, intervint Zach. J’étais pote avec pas mal de nos camarades de classe, mais je sens que je deviendrais fou en les approchant, maintenant.

— C’est vrai, reconnut Zorian. Il vaut mieux ne pas creuser un sujet si déprimant. Alors, que s’est-il passé exactement lorsque tu as dit ça à Benisek ?

— Je pensais qu’il l’avait bien pris, au départ, mentionna Zach. Et puis je suis venu le lendemain pour découvrir qu’il avait dit à la moitié de l’école que j’étais devenu taré. Bien qu’étonnamment, chacun avait son idée sur ce qui le poussait à dire ça.

— Ouais, ça lui ressemble bien. Donc, quand tu dis que tu as tenté de convaincre tout le monde, tu veux vraiment dire tout le monde, hein ?

— Eh bien, évidemment, je n’ai pas pu tenter chaque personne de Cyoria, admit Zach. Mais c’était un sacré paquet de monde, ousi. Des étudiants, des professeurs, les autorités de la ville, demande-moi qui je n’ai pas été voir.

Zorian laissa ses doigts pianoter sur le sol, tentant de penser à quelques personnes de leur classe dont la réaction avait dû être bien amusante suite à la révélation de Zach. Oh…

— Et Veyers ? demanda-t-il à Zach. Tu lui as parlé de la boucle ?

— Qui ? demanda Zach, apparemment confus.

— Veyers Boranova, insista Zorian. Tu sais, le type qui t’en a collé une en deuxième année. Il s’était fait virer de l’académie avant le début de la boucle, mais il a techniquement été un camarade de classe, alors je me disais…

Il s’arrêta lorsqu’il remarqua que Zach le regardait d’un air étrange.

— Qu’y a-t-il ? s’inquiéta-t-il.

— Zorian… Putain, mais de quoi est-ce que tu parles ? chuchota lentement Zach.

Zorian le fixa pendant quelques secondes avant de se mettre à expliquer des choses pourtant évidentes dans le détail.

— Je parle de Veyers Boranova… Il est membre de la Maison Boranova et il est notre camarade de classe depuis la première année. Grand, blond, des yeux oranges vivides fendus d’une pupille verticale comme un serpent. Vous vous détestez… Bon, tout le monde haïssait ce mec, et il semblait leur rendre la pareille, alors je suppose que ça ne veut rien dire, mais… Quoi qu’il en soit, tu n’as pas pu oublier ce type !

Zach se mit à gigoter, inconfortablement.

— Je n’ai aucune idée de ce dont tu parles, finit-il par avouer.

Wow.

Alors ça.

Ça, c’était intéressant. Très, très intéressant.

Raka
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9 thoughts on “MoL : Chapitre 56

  1. Hello, merci beaucoup pour ce chapitre 🙂

    Par contre fait attention tu a un beau copier collé au milieu ^^.

  2. Super chapitre et merci du coup
    J’ai l’impression qu’il y a une répétition dans le chapitre, non ?

    /////(hypothèse)/////

    je pense qu’ils vont retrouver les reliques pour sortir de la boucle temporelle grâce à la machine de Ilsa Zileti pour téléporter de l’or depuis un endroit inconnu grâce aux énormes réserves de mana de Zach 

    Dites-moi vos idées de suiteS

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