DMS : Chapitre 100 Bonus

DMS : Chapitre 99
DMS : Chapitre 101

Et voilà le troisième du Week-end !
Juste parce que j’avais envie !
…Non, je plaisante, un immense merci à Adrien qui me fait trimer un dimanche ! :,D

Pour votre plus grand plaisir, qui devient du coup le mien, naturellement~

 


 

Chapitre 100 – Le pire donjon du monde ? (10)

 

Je m’éclipsai de la maison du forgeron en prenant garde à ce qu’il ne me voit pas partir. Je ne voulais pas qu’il me pose de question sur mon air atterré ou mes yeux gonflés. Fuyant rapidement Roram, je continuai de pleurer pour cette chaleureuse famille, cette famille qui m’avait acceptée, qui m’avait logée, qui m’avait aimée sans condition. Cette famille que je venais de perdre.

C’était pour le mieux.

Je tentais de m’en convaincre à mesure que j’avançais et que je tentais en vain de retenir ces larmes amères. Oui, c’était mieux.

En me faisant détester, en n’y retournant pas, en coupant tout contact avec eux, je pourrais les laisser vivre leur vie comme ils le méritaient. Ce forgeron, dont je ne connaissais même pas le nom – je m’en rendis compte – avait travaillé si dur et avec tant de conviction que je ne pouvais que lui laisser cette récompense ; aurais-je dû rester avec eux, le système les aurait mis en péril tôt ou tard.

Je n’avais pas vraiment réussi à me détacher d’eux malgré le fait que je savais que je les mettais en danger. Désormais, on m’y avait forcée.

C’était pour le mieux.

 

**

 

De retour chez Friderik, le soir tombait déjà. Avais-je donc perdu tant de temps ? Il allait être l’heure de se rendre à notre rendez-vous avec le Seigneur Ombre. La tête toujours pleine de ce que Lyrne m’avait dit, je fis signe à Friderik.

— Eh. Me voilà.

Il m’attendait devant le donjon, parfaitement immobile. Dormait-il ? Il répondit à cette question en levant la tête, finalement lucide.

— Ah, Wuying, te voil… Hm ? Tu as un problème ? fit-il en affichant une mine légèrement troublée.

— Ce n’est rien, ne t’en fais pas. Tout ça… va passer.

— Tu sais que si quelque chose ne va pas, tu peux m’en parler, n’est-ce pas ? insista-t-il.

— Tu ne peux rien y faire, lui répondis-je en secouant la tête, et moi non plus. C’est comme ça, c’est passé et voilà tout.

Il m’observa pendant encore quelques instants et finit par céder. Après tout, si je ne voulais pas lui en parler, il ne pouvait pas me forcer la main.

— Bien, m’accorda-t-il finalement, nous devrions nous rendre sur mon futur lieu de festin.

Évidemment, il n’attendait que ça depuis deux jours. Je lui fis un signe de la tête et il grimpa sur mon épaule. Nous allions nous mettre en route lorsque j’entendis un bruit venant du chemin. Mais je n’avais là rien à me reprocher : quiconque arrivait pourrait alors voir une exploratrice devant un donjon.

Deux hommes apparurent à la lisière de la forêt et approchèrent rapidement. Je reconnus l’un d’eux : il s’agissait de l’Élémentaliste. L’autre était un type que je n’avais jamais vu. Ils me firent signe et m’adressèrent tous deux un sourire, bien que je pouvais voir que celui de l’Élémentaliste habillé d’une armure totalement dépareillée était quelque peu amer.

— Bien le bonjour, exploratrice ! Tu es venue pour tenter le donjon, toi aussi ? commença l’autre.

Comme je le pensais. Il fallait que je fasse ce qu’il fallait pour ne pas paraître suspecte.

— Ha… Oui. Le donjon, nous sommes là pour le donjon, mon familier et moi.

— Oh ? fit-il en remarquant finalement le slime sur mon épaule, alors vous alliez vous lancer à la conquête du donjon, hein ? Eh bien, allez-y, les dames d’abord, haha. Nous attendrons notre tour.

— Hein ? Non, je…

Je venais de me faire avoir à mon propre jeu. Bien sûr, si je me trouvais devant le donjon, cela ne pouvait signifier que deux choses : je ne l’avais pas encore tenté, ou je l’avais terminé avec succès.

— Je… J’ai changé d’avis, je… je ne peux pas respirer sous l’eau, finis-je par bégayer.

L’excuse était parfaite. Ils se regardèrent et se mirent à rire tout bas. Comment une exploratrice ayant réussi à atteindre le niveau de cette zone pouvait-elle être aussi niaise ?

— Tu n’as même pas acheté la moindre potion de respiration mineure ? demanda alors l’Élémentaliste.

— De potion… ? Ha, non. J’avoue que j’ai eu l’esprit occupé, ces derniers temps.

L’heure du rendez-vous approchait à grands pas et je devais partir au plus vite. Finalement, je fis ce que je pouvais faire de plus intelligent.

— Allez-y les premiers, je retourne chercher les potions que j’ai oubliées.

Le deuxième explorateur acquiesça et tous deux entrèrent dans le donjon sans un mot de plus. Pour ma part, je me mis à courir en direction de Camelot.

 

**

 

Dans le donjon, je pouvais clairement entendre ce qu’ils disaient. Pourquoi m’en serais-je privée ?

– Tu crois que ton équipement est toujours entre les mains de cette sirène ?

– Sans aucun doute. J’avais d’abord songé à l’abandonner, mais tu te rends compte ? Il s’agit du butin de plus de vingt ans de raids en donjons. Je ne peux pas baisser les bras si facilement.

Tandis qu’ils avançaient vers le bout du tunnel d’air de l’entrée, l’Élémentaliste reprit.

– Tu penses vraiment que ces amulettes nous protègeront contre la malédiction de l’eau ? J’y ai tout de même mis mes dernières économies. Après ça, je n’aurai plus rien.

– Ne t’en fais donc pas, lui répondit l’autre en lui tapotant l’épaule, elles possèdent une résistance de 100% aux malédictions. Peu importe la puissance et l’effet, elles les annuleront toutes.

– …J’espère que tu dis vrai. J’ai un mauvais présentiment.

Je me mis à rire tout bas. Mon eau n’était pas maudite, elle était une extension de cette de la fontaine, qui n’était rien de plus qu’un objet architectural du donjon. J’étais à peu près certaine à 100% que son effet n’était pas une malédiction.

Mais le temps qu’ils se décident à se jeter dans la gueule du loup, j’étais arrivée à Camelot et j’avais déjà demandé à un garde de faire venir le fameux capitaine ripoux qui devait me guider jusqu’à destination.

Et il était justement tout proche. À croire qu’on lui avait dit que j’allais arriver par ici et qu’il m’attendait à proximité.

— Mademoiselle Wuying ! Suivez-moi, je vous prie.

Il savait pourquoi j’étais là. Après tout, le Seigneur son maître avait eu deux jours pour le lui dire. C’était sans doute pour cette raison qu’il traînait aux abords de l’entrée de la ville.

Sans dire un mot, je lui emboîtai le pas. J’avais hâte de pouvoir libérer toute cette tension accumulée par les évènements de la journée et regarder Friderik s’en donner à cœur joie allait être une très bonne occasion pour ça.

Et puis… Il fallait dire que j’avais naturellement prévu autre chose de très intéressant.

Nous arrivâmes rapidement devant cette lourde et vieille porte en bois derrière laquelle filtraient quelques bruits désormais familiers. Des gens en train de boire, un combat entre monstres, des rires et des chants. Je pouvais presque entendre le tintement de l’or qui allait bientôt être le mien.

J’entrai et mon guide resta dehors. Sans doute allait-il rentrer au château faire mine de remplir son véritable rôle de capitaine de la garde royale. Décidément, ce type était un peu trop libre pour son propre bien, il allait finir par lui arriver des choses.

Et bien évidemment m’attendait à l’intérieur le Seigneur Ombre, silhouette indéchiffrable sous le capuchon de sa robe qui descendait un peu trop bas sur son visage. Dans la pénombre, je distinguais à peine cette barbe grisonnante et le coin de son sourire.

— Te voilà donc, Qian Wuying, me salua-t-il en écartant les bras comme pour se rendre compte d’un fait évident.

— Comme tu vois, vieil homme. Que faisons-nous, maintenant ? lui demandai-je aussitôt, les combats commencent-ils bientôt ?

Il éclata de rire. Oui, il était de bonne humeur. Peut-être avait-il eu peur que je ne vienne pas.

— Nous commencerons très, très bientôt ! Suis-moi !

Il m’emmena par un escalier légèrement dérobé jusqu’au cœur de la salle principale, en bas. De là, je pouvais voir les hautes grilles de l’arène octogonale qui devaient faire au moins deux étages jusqu’au plafond. Cette pièce était une espèce de duplex, ou peut-être de ce qui allait être le précurseur des grands théâtres, avec des loges en hauteur et des sièges au sol. Des gens attablés buvaient, riaient, faisaient claquer leurs choppes sur les tables, provoquant moults éclaboussures et nouveaux éclats de rire.

En vérité, personne ne fit attention à moi. Tous étaient en train de regarder avec passion un troll mettre à mort une espèce de cochon a cornes. Lorsque la pauvre victime eut le crâne fracassé, le troll commença à la dévorer, chaude et crue.

— Quel spectacle.

J’étais un peu écœurée, à vrai dire. Mais alors me revinrent en mémoire mes morts, déchiquetée par les serpents, transpercée par un javelot de gobelin, désintégrée par la foudre… et ce genre de souvenir me calma aussitôt. J’avais déjà eu mon lot de morts, et j’avais fait face à mon propre corps éviscéré. Celui d’une créature ne devait pas me faire beaucoup d’effet.

Non. Ce qui est en moi reste en moi. Et ce qui n’y est pas peut éventuellement y entrer, eh eh… Oh, mais à quoi est-ce que je pense encore ? Ça faisait longtemps. En même temps, ça fait longtemps que je n’ai… !

Le Seigneur Ombre me coupa dans le fil de mes pensées et se mit à me chuchoter à l’oreille, de façon presque perverse, me provoquant des frissons.

— Fais comme nous l’avons convenu. Ton slime doit se battre sous sa forme la plus faible et ne rendre que quelques coups de façon parsemée. Il faut qu’il se défende mais qu’il perde l’initiative. Les paris peuvent être placés jusqu’à cinq minutes après le début du combat, je te garantis qu’à ce moment, tous vont parier sur sa défaite. Lorsque les cinq minutes seront écoulées, il peut faire ce qu’il faut pour gagner. Il en est capable, n’est-ce pas ?

J’acquiesçai, le regard et l’esprit toujours un peu vides. Bien sûr qu’il en était capable. Il l’était déjà avant de bouffer ce loup, ces équipements et Excalibur. La seule chose dont j’avais peur, c’était sa puissance même à l’état brut de slime. Et s’il n’était pas capable de contrôler ses désirs et qu’il se mettait à bouffer ses adversaires dès le début du combat ?

Et avec le Seigneur Ombre collé à nous, je ne pouvais pas me permettre de rappeler à Friderik ce qu’il devait faire. Il l’avait entendu, lui aussi, et je ne pouvais qu’espérer qu’il avait saisi l’importance de ne pas faillir à la tâche. Il était mon familier, j’étais censée le contrôler, pas discuter avec lui.

Deux explorateurs – vu leur puissance, ce ne pouvaient être que des explorateurs – arrivèrent et se servirent de compétences magiques pour restreindre les mouvements du troll et l’emmener quelque part à l’arrière de ces sous-sols. Sans doute avait-il une cage bien à lui quelque part.

Le Troll se débattit légèrement mais ils étaient deux à utiliser la même compétence et même s’ils serraient les dents et transpiraient un peu, le Troll n’eût d’autre choix que de se laisser emmener.

Le Seigneur Ombre me tapota l’épaule. Visiblement, c’était le signal. Une porte s’ouvrit dans la cage et Friderik sauta de mon épaule sans plus attendre, bien décidé à en découdre. Il avait attendu, il s’était entraîné et il avait rongé son frein pendant deux longues journées maintenant, et le temps était venu. Il entra dans la cage, petit slime grisâtre et chevelu sous les regards sidérés d’une foule de gens bien – ou pas.

Il provoqua immédiatement des éclats de rire de toutes parts. On se moquait de lui, on le dénigrait, ce n’était qu’un slime, mais qu’est-ce qu’une bestiole pareille fait ici, comment le Seigneur a-t-il pu accepter ça, ce doit être un cadeau pour le monstre d’en face, etc. Je pus entendre tout ce qui se disait, ce qui se criait même.

Certains types avaient même les larmes aux yeux.

D’autres payèrent une tournée générale pour l’amusement provoqué.

Friderik ne fit pas attention à eux, alors je fis de mon mieux pour l’imiter. Aussitôt dans l’arène, la porte se referma et de l’autre côté, je pus voir apparaître un autre slime, un petit slime bleu, aussi gros que Friderik.

Je me tournai immédiatement vers le Seigneur Ombre, le regard étonné. Je ne comprenais plus rien à ce qu’il se passait. N’avait-il pas dit qu’il voulait le faire affronter un monstre puissant afin de gagner de l’or facilement ? À ma grande surprise cependant, il n’était plus là. Le Seigneur avait disparu.

— Merde. Quelque chose ne va pas, grognai-je.

La foule en délire se calma elle aussi en voyant l’adversaire de Friderik. Eux non plus ne comprenaient pas ce qu’il se passait. Un combat entre slimes ? Allaient-ils seulement s’affronter ? Après tout, les monstres pouvaient très bien ne pas entretenir de relations hostiles les uns envers les autres et deux slimes étaient-ils vraiment voués à se battre ?

De plus, ce combat allait vraiment être ennuyant au possible. Que pouvaient bien faire deux slimes pour s’affronter ? Des bouh et des hue pouvaient déjà être entendus à divers endroits dans la foule de spectateurs.

— Il faut que je retrouve le Seigneur Ombre, grognai-je encore.

Décidément, tant que je ne comprendrais pas ce qu’il se passait, je n’avais pas fini de grogner tout bas.

Je m’aventurai dans la foule en posant des question à droite et à gauche à la recherche du Seigneur Ombre. Rapidement, je finis par me retrouver en face de ce même bureau dans lequel nous avions discuté la première fois.

Mais cette fois-ci, quelqu’un d’autre se trouvait visiblement avec lui.

Raka

Mélange satyrique de Daria et Docteur House, élevé à grands coups de Fluide Glacial pendant un peu trop longtemps, le cynisme n'est égalé que par l'excès d'humour noir et de sarcasme quotidien dont je fais preuve.
Mais on s'en fout, pas vrai ?
Raka

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12 Commentaires

  1. alaundo

    Bravo pour la centième ! Sa avance sa avance et merci à Adrien ! Bon dimanche à tous et pour Lola peine je paye les croissants !

    Répondre
  2. noname.exenoname.exe

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  3. Sai1905

    Ronger le frein ?
    Je connaissait pas cette exprrssion
    Mais sinon super chap merci raka, mais pas merci pour ce cliff 😉

    Répondre
  4. DarkramDarkram

    Félicitation pour le 100 ème chapitre et merci pour ce chapitre.

    Répondre
    1. RakaRaka (Auteur de l'article)

      HAHA merci.
      Dis donc tu m’avais habitué à plus de tchatche que ça :p

      Répondre
      1. DarkramDarkram

        Disons qu’en ce moment, je ne me sens pas trop inspiré pour parler autant qu’avant. Ça reviendra peut-être dans le future :p.

        Répondre
        1. RakaRaka (Auteur de l'article)

          J’espère.
          Je prends plaisir à lire tes analyses :p

          Répondre
          1. DarkramDarkram

            Et bien, quel plaisir de savoir que ce que j’écris est utile :p. C’est plutôt motivant pour la suite ^^. Enfin, je ne peux pas prévoir le moment où j’ai de l’inspiration sinon, ça serait trop facile :p. Et puis comme actuellement, j’ai une petite baisse niveau lecture vu que je joue à Hand of Fate 2 qui me prend pas mal de temps vu la qualité de ce jeu, ça n’aide pas beaucoup ^^”…

  5. gutsguts

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  6. Aximili

    Merci pour le chapitre !

    Répondre
  7. Coco

    N°100 !!!
    BRAVO RAKA !!!
    ET VIVE LES SLIMES !!!!

    Répondre
  8. HinomuraHinomura

    Merci pour le chapitre

    Répondre

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