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Chapitre 131 – Le Destin du Fou (7)

 

L’Architecte venait de quitter son donjon. Elle avait posé le pied sur la dalle de sortie et avait aussitôt disparu, un slime gris et légèrement transparent sur l’épaule. Un slime que tous avaient entendu parler. Un monstre que chaque explorateur avait pu voir balayer ce qui semblait pouvoir devenir une déclaration enflammée de la part de celle qui était supposée représenter leur pire ennemie. Un slime que personne n’avait manqué lorsque le roi, leur roi, s’était transformé.

Lorsque tout redevint calme dans la taverne, pas même le bruits des gobelets de terre cuite et de métal ne résonna. Plus personne n’entrechoqua joyeusement et avec entrain deux bocks de bière, cette somptueuse bière servie par un Orc aux allures de bourreau.

Le vent souffla. D’où venait-il ? Nul ne le savais et personne ne s’en préoccupa. Les têtes se tournèrent, les regards se croisèrent et se fuirent mais pas un seul d’entre eux n’osa lever la voix pour exprimer ce que tous pensaient.

Le tavernier grogna, un son guttural et enfoui dans sa gorge et dans cette immobilité silencieuse, ce simple raclement sourd sembla aussi violent qu’une éruption volcanique.

Les têtes tournèrent une fois de plus et nombre d’explorateurs n’osaient ouvrir la bouche, se contentant de lire les uns sur le visage des autres choc, confusion et incertitude.

Finalement, quelqu’un passa la porte du donjon d’un pas lourd et assuré et les regards se jetèrent avidement sur lui, dans un silence toujours aussi total. On put même entendre quelques-uns déglutir avec force faut à une salive trop sèche.

Où est le roi ? Lança une puissante voix, imposante, écrasante mais à la fois alarmée et impatiente.

Celui qui venait d’entrer portait une armure blanche scintillante et une longue cape bleue. Les deux épées pendues à sa hanche imposaient le respect et la crainte ; il ne faisait nul doute qu’il savait les utiliser pour mettre quiconque lui résistait à mort.

Répondez-moi ! Où est-il ?! Cria-t-il alors.

Le nouvel arrivant s’approcha de l’explorateur à sa droite, à trois pas à peine. Il l’attrapa par le col et le souleva comme un fétu de paille pour le coller au mur à bout de bras avant de serrer les dents pour marmonner avec une retenue exemplaire, la fureur suintant littéralement entre ses lèvres. La colère que ses yeux laissaient échapper n’en devenait que trop palpable.

Toi, murmura Lancelot. Dis-moi tout et tout de suite. Le roi Arthur est venu dans ce donjon, je le sais. Où est-il ?

S… Sir Lancelot, je… bafouilla la pauvre victime du premier chevalier de la Table Ronde, je… Je… Comment dire, je… Il… Le roi…

Le pauvre bougre ne savait pas s’il devait à annoncer à Lancelot, le bras droit, meilleur ami et plus fidèle serviteur du roi que ce dernier s’était transformé en monstre pour s’en aller avec une Architecte. Comment diable pouvait-il annoncer ça et non seulement ne pas passer pour un fou mais garder sa vie par-dessus le marché ? Il s’apprêtait à blasphémer, à souiller le nom du roi Arthur devant son premier chevalier.

Trois secondes, lâcha Lancelot en faisant glisser une de ses lames hors de son fourreau dans un crissement métallique lent et mesuré.

L’explorateur tourna légèrement les yeux mais constata que personne n’allait l’aider. En réalité, personne n’allait oser. Lancelot avait le regard d’un fou furieux et il ne faisait nul doute qu’il pouvait exécuter la salle entière à la moindre incartade.

Finalement, le pauvre hère ferma les yeux et soupira, désespéré.

Le… Le roi Arthur est arrivé ici, c’est vrai. Il…

La lame froide que maniait Lancelot se plaqua contre la gorge de l’explorateur, qui savait qu’il n’avait aucune chance s’il lui prenait l’idée de lutter.

Où ?

Il n’est plus là ! Il n’est plus… Il… Il s’est changé en slime ! En slime et il est parti avec l’Architecte, cette femme à qui appartient ce donjon ! On ne peut même pas la toucher, le tavernier, il…

Elle ?! Le coupa Lancelot d’un hurlement bestial. ELLE ?! Elle a emmené Arthur ?! OU !?!

Sans s’en rendre compte, celui qu’il plaquait contre un mur à plus d’un mètre du sol venait de passer à travers la pierre. Il s’agissait d’un donjon et sa structure était des plus solides mais les aménagements intérieurs pouvaient malgré tout être abîmés et détruits.

La boule de démolition humaine qui venait de se faire pousser à travers un mur perdit connaissance, quelques os broyés et l’était critique. Lancelot se contenta de le lâcher pour se tourner immédiatement vers un de ses collègues.

OU !!

EST !!

ARTHUR ?!!!

Une explosion de folie balaya la salle toute entière et souffla même tables, chaises et clients. Tout se retourna, tomba à la renverse et alla s’éclater contre les murs restant. Telle était la puissance de Lancelot, le premier chevalier et premier explorateur d’Albion, de loin le plus puissant de tous.

Sa simple fureur avait donné naissance à une tempête.

Orc’Geist se leva au moment où sa chaise partit d’un coup sec et se jeta en avant.

Toi ! Tu es un serviteur des hérétiques qui ont pris Orcsalem ! Je te reconnais !

L’Orc hurlait au moins autant que pouvait le faire Lancelot. Derrière les fentes de son casque brûlaient deux flammes rouges et intenses, celles de la dévotion et de la haine, celles de la puissance et de l’obsession.

Il porta la main a son dos et en dégaina un immense espadon rouillé et cranté de dizaines de dents acérées.

Mon fidèle ! Libérons Orcsalem du joug de ces hérétiques !!

Tout en gueulant à qui voulait bien l’écouter qu’il allait enfin faire payer à ceux qui avaient possession de sa sainte ville, Orc’Geist se rua l’arme à la main et envoya voler cette dernière dans un arc de cercle dévastateur en direction de son nouvel ennemi.

La lame était si puissante et son potentiel si ravageur qu’elle laissait des marques dans l’espace même qu’elle traversait, l’espace de quelques centièmes de seconde. Des craquelures qui se refermaient aussitôt mais qui attestaient néanmoins de l’immense pression que devait ressentir Lancelot à ce moment précis.

Tch ! Lancelot cracha son dédain et fronça les sourcils, se calmant si légèrement que personne n’en prit conscience.

Dans la salle, il n’y avait plus qu’explorateurs brisés contre les murs, inconscients ou mal en point, baignant dans leur sang suite à une explosion de colère de Lancelot. Personne ne restait assez lucide pour être témoin de ce bouclier qui se matérialisé à son avant-bras, forteresse immaculée, dorée et ornée d’une croix brillante et magique, aussi grande que pouvait l’être un immense pavois.

Lancelot en posa la base au sol et le bouclier était si grand qu’il n’eut même pas besoin de s’agenouiller pour ça. Un pied en arrière, il ancra fermement son corps dans une posture défensive et hurla en relâchant une compétence inconnue. La croix sur le pavois brilla d’une lumière étincelante au moment même où la gigantesque épée de l’Orc le percuta comme mille taureaux au galop.

KLAAAAAAAAABANNNNG !!!

Le bruit fut assourdissant et en deux temps. L’impact provoqua une explosion métallique grinçante qui se changea immédiatement en une cacophonie insupportable alors qu’attaquant et défenseur luttaient pour ne pas perdre le moindre centimètre.

Mais c’était sans compter sur la puissance de celui qui les dépassait tous.

Orc’Geist bavait et crachait en donnant tout ce qu’il avait ; Lancelot esquissa un sourire. Il vit basculer le bouclier sur le côté et son adversaire fut déstabilisé et perdit l’équilibre, tombant à la renverse vers l’avant. Le chevalier en profita immédiatement pour le trancher en deux au niveau de la taille grâce à une lame qu’il avait sortie nul ne savait d’où.

Orc’Geist tomba au sol en deux morceaux, déjà inerte et mort. Lancelot attrapa un morceau de tissu qui pendait au mur et qui servait de décoration pour essuyer sa lame du sang qui la tachait avant de se tourner vers le seul qui restait encore debout dans le donjon.

Tu casses, tu payes, se contenta d’aboyer le tavernier tout bas. Tu TUES, TU MEURS !

La casse était une chose et nécessitait un paiement immédiat mais n’était pas un crime passable de la colère sans borne d’un Orc au niveau incroyable. Le fait d’avoir mis un de ses clients en mort était par contre la limite qu’il ne fallait pas dépasser et Lancelot avait sauté à pieds joints de l’autre côté de ce qu’il n’aurait jamais dû franchir.

Le tavernier respirait bruyamment et aussi haut qu’il était, il parvint encore à grandir et ses muscles à gonfler, allant jusqu’à déchirer son tablier comme s’il n’était fait que de papier. Son corps pulsait de veines rouges et épaisses et ses yeux n’étaient plus que deux gouffres noirs. La fumée qui s’échappait des deux côtés de sa bouche semblait quant à elle pouvoir corroder le monde entier.

Il s’avança et passa à travers son comptoir, le brisant et le fracturant aussi facilement qu’il aurait traversé une flaque d’eau. Chacun de ses pas creusait un trou dans la fabrique même du donjon et révélait le sol de la grotte qui se situait au-delà.

Telle était la puissance d’un monstre de niveau 199 ★★★, proche de la limite extrême de ce qui était permis par le système. Il était à peine plus faible que les géants de feu et pourtant il exsudait une aura à même de mettre le monde à feu et à sang.

Lancelot ne perdit pas le nord et en tant qu’explorateur, il pouvait bien sûr voir le niveau du boss du donjon. Il savait que malgré son propre niveau, il n’était pas en mesure de l’affronter et le vaincre et encore moins alors que ce boss était furieux et semblait être entré dans une rage qui étrangement n’avait pas l’air de faire partie de sa programmation de base.

Le chevalier secoua la tête et comprit rapidement qu’il n’avait aucune chance. Aussi arme et bouclier disparurent aussitôt, évaporées dans le néant dans un scintillement divin. Lancelot, Paladin de son état, maître du monde en bonus, ne pouvait rien faire de plus que ce que lui permettait sa puissance personnelle lorsqu’il se trouvait dans un donjon.

Et le moment était mal choisi pour s’y remettre face à un adversaire aussi épique, après tout ce temps sans combattre.

Lancelot fit demi-tour et se jeta quelques pas derrière lui, dans la porte qui menait hors de la taverne. Il sortit du donjon sans même passer par la dalle de sortie alors que celui-ci n’était même pas terminé comme s’il savait qu’il ne répondait plus aux mêmes lois que tous ceux qu’il avait connus auparavant.

REVIENS ICI ! Hurla le tavernier de sa voix d’Orc rocailleuse. Il se hâta vers l’avant mais arriva trop tard. Ses énormes doigts se refermèrent violemment sur l’endroit où venait de disparaître Lancelot.

Tu crois pouvoir fuir ?! Tu crois pouvoir fuir ?! Tu penses être capable de fuir après avoir tué dans mon bar !!

Totalement hors de lui, Orc’Grogar se mit à frapper la porte par laquelle il ne pouvait passer, encore, encore et encore. Le regard vide, l’esprit braqué sur celui qu’il devait désormais punir, il observa ces petites fissures commencer à se créer sur la porte qui faisait partie de la structure même qui supportait le donjon.

Tu !

Vas !

Payer !

Raka
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8 thoughts on “DMS : Chapitre 131

  1. Merci pour le chapitre !! On sent qu’il va passer au travers. Une autre calamité dans le château ? Un futur allié de notre héroïne ? Si il peut sortir du donjon pourquoi ne pas le ramener lui aussi sur le plan des architectes 🙂

    1. Oui. Peut-être. Sans doute. On ne sait plus rien quand on parle de ses donjons et peut-être l’a-t-il senti ? On saura peut-être un jour, peut-être pas 🙂

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