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Chapitre 28 – Le Mal à la Source (1)

 

[Le Mal à la Source – Quête Cachée de Classe]

[Le dernier Seigneur de Grimheim a perdu son royaume, son armée, sa famille et sa vie lorsqu’il a provoqué la fureur d’un boss de donjon, qui lui a reproché d’oser l’attaquer avec des milliers d’hommes. Vous avez rencontré son esprit meurtri au fond des bois de la Larme de Brume, qui ont poussé sur les ruines de son royaume déchu. Le monstre qui est venu à bout de sa légende n’est plus, mais il vous a demandé de rendre justice sur le premier boss suffisamment puissant pour que sa mort apaise l’âme du Seigneur. Vous devrez combattre à la loyale, et ne pas l’attaquer à plusieurs, ou les reproches passés seront toujours de mise. Lorsque sa vengeance sera accomplie, il vous transmettra le savoir qu’il a accumulé dans son esprit et son corps pendant les longues années de son règne.]

[Objectif de quête : Rendez visite au Seigneur de Grimheim. Ne mourrez pas.]

[Récompense de quête : classe cachée.]

 

Georges regardait les informations concernant sa quête, encore et encore.

Il savait déjà que les classes cachées étaient vraiment puissantes, hors du commun. Il savait aussi que pour en obtenir une, il fallait faire des choses complètement loufoques, extravagantes et insensées. Peu, très peu d’explorateurs étaient capables de mener à bien une quête de classe cachée, quelle qu’elle fut.

Et il en avait eu la preuve en direct dans le Labyrinthe de la folie.

Comment un explorateur seul pouvait-il venir à bout de ce boss ? Sans même parler de l’architecte qui avait arbitrairement pris sa place et qui dégageait une aura complètement écrasante, rien que le boss normal était une existence que les explorateurs autorisés à entrer ne pouvaient en aucun cas vaincre seuls.

Tout en marchant, Georges songeait que c’était peut-être la quête de classe cachée la plus dure qui pouvait exister. Il ne pouvait pas imaginer quelque chose de plus impossible que ces conditions.

Ha ha… Vaincre ce boss… Je ne sais pas qui fait les quêtes, mais il est fou.

Même avec tous ses préparatifs, Georges avait eu un mal fou à vaincre un simple Lézard, et n’aurait jamais passé le pont des Colosses sans l’intervention arbitraire du boss du donjon. Boss face à qui il avait accepté la mort sans aucune hésitation, incapable de remettre sa supériorité en cause.

— Je…

Georges traversait les bois de la Larme de Brume tout en se rendant à l’endroit où il avait rencontré l’esprit du dernier Seigneur de Grimheim.

— Je ne mérite pas d’obtenir une telle classe. Je suis incapable de battre un tel boss.

Georges se trouvait bien trop faible. Il avait beau être un thane et fier guerrier d’Odin, il ne pouvait pas faire autrement ; s’il avait été légèrement plus faible que ce qui était requis pour mériter cette classe, alors il aurait pu faire avec et féliciter sa chance. Mais il était clairement à des lieues de pouvoir prétendre obtenir une classe cachée, sans doute la plus puissante d’entre toutes, par-dessus le marché.

Il avançait au travers du brouillard dense, se demandant même s’il avait pris le bon chemin. Il avait trouvé les ruines du château de Grimheim totalement par hasard bien des mois auparavant et n’était pas certain de pouvoir trouver l’endroit facilement, ou même pouvoir le retrouver tout court.

— Merde… J’aurais dû prendre des repères.

Même des repères n’auraient pas été suffisants. Il aurait pu noter la forme d’un arbre, ou la silhouette d’un énorme rocher à travers la brume, mais il n’aurait pas été capable de les retrouver. Les bois de la Larme de Brume étaient victimes de la malédiction du Seigneur de Grimheim, et changeaient d’apparence toutes les nuits. Même les sentiers et les chemins tournaient et se séparaient pour ne jamais mener au même endroit. Il pouvait y en avoir un à cet endroit un jour, et puis plus rien le lendemain. Ou encore une bifurcation se changeant en impasse emplie de créatures vicieuses qui ne demandaient qu’à tuer les pauvres explorateurs perdus.

— Si seulement les monstres présents ici pouvaient rapporter des crédits… Je n’aurais même pas besoin de m’aventurer dans les donjons.

Georges était conscient des horreurs qui rôdaient dans la forêt presque aussi sombre qu’en pleine nuit. Et il savait pour l’avoir déjà tenté, que tuer ces monstres était inutile. Il pouvait faucher l’herbe haute, ça avait un résultat identique. Seuls les monstres à l’intérieur des donjons lui permettaient de gagner les précieux crédits et l’expérience essentielle.

Un grognement se fit entendre non loin, sur la droite. Georges se saisit de son arme et apprêta son bouclier. Tuer ces bêtes était inutile en soi, mais elles pouvaient très bien l’attaquer et lui ôter la vie, il fallait qu’il se défende.

— Impact foudroyant.

Georges leva son cimeterre, le poing serré sur le manche en ivoire de l’arme et invoqua la foudre qui s’abattit en direction du bruit. Dix mètres devant lui, le brouillard se dissipa sur un large rayon à l’endroit où l’éclair venait de frapper.

— Kraaaaarrrr… !

Un monstre simiesque de plus de deux mètres se tenait là, les poils hérissés et les yeux d’où sortaient de légères flammes rouges fixés sur Georges.

— Ah, un gorille de Brume…

Les Gorilles de Brume faisaient partie d’une espèce qui ne vivait que dans les endroits recouverts d’un fort brouillard et où la visibilité était très mauvaise. Leur regard enflammé leur permettait de voir à travers les nappes épaisses de purée de pois comme en plein jour et ils étaient des prédateurs implacables dans ce genre d’environnement.

Mis à nu et découvert, incapable de se servir du brouillard pour se camoufler, celui-là paniqua légèrement et recula de quelques pas, cherchant la protection de la couverture opaque dont il avait l’habitude. Mais la brume s’était dissipée sur plus de vingt mètres de diamètre, et il ne trouva pas son bonheur.

Totalement pris au dépourvu, ce monstre était faible en combat rapproché ; à partir du moment où il ne pouvait plus attaquer son ennemi – ou sa proie – par surprise, il ne montrait pas de capacité offensive très dangereuse. Autrement dit, il ne savait pas se battre.

George était rassuré de voir que la créature qu’il avait rencontrée n’était qu’un Gorille de Brume. Il était conscient du fait qu’il allait pouvoir le battre rapidement.

— Colère d’Odin !

Georges n’attendit pas et ne fit pas les choses à moitié. Il aurait été dangereux que d’autres se joignent à lui en restant dans les épaisses volutes de brouillard pour le frapper par surprise.

L’une de ses plus puissantes attaques s’abattit avec fracas. Un large rayon électrique qui semblait envoyé par Odin lui-même descendit du ciel en une seconde et le Gorille disparut dans cet éclat lumineux et chaotique. Un rayon de brouillard encore plus large fut repoussé par l’impact crépitant.

— GRAAAAAA !

Tout en disparaissant rapidement, l’éclair laissa voir un Gorille mortellement brûlé et qui n’arrivait plus à tenir debout. En plus d’être étourdi par l’attaque, évidemment.

Georges savait qu’il était fini. Même sans lui porter de coup de grâce, il allait mourir ; pas la peine de s’occuper de lui et de perdre du temps.

Tant que les environs étaient toujours dégagés, Georges se tourna et se retourna afin de reconnaître les lieux. Il pensait toujours apercevoir un point de repère connu, en vain évidemment.

Le brouillard se rapprochait peu à peu pour recouvrir à nouveau le monde tandis que Georges décida de continuer sa route en suivant son instinct. Après tout, c’était ce qu’il avait fait la première fois. Il s’était perdu dans les bois de la Larme de Brume et avait fini par trouver le Seigneur de Grimheim en avançant uniquement au feeling.

Plusieurs heures s’écoulèrent, et alors qu’il entendait de temps en temps des grognements ténus dans les ténèbres de la brume, ils étaient trop éloignés pour être menaçant et Georges se contentait d’espérer qu’ils ne l’avaient pas repéré.

— Est-ce que je vais dans la bonne direction ? Seigneur de Grimheim, où es-tu ?

— Le soir va finir par arriver et je ne l’aurai toujours pas trouvé…

— Bon sang, pourquoi ne puis-je pas tomber sur lui ?

— …Mais où est cette clairière ?

Georges se parlait seul, de temps à autre, et commençait à désespérer. Lorsque ses compétences étaient à nouveau actives, il combattait les Gorilles dans le brouillard. Lorsqu’elles ne l’étaient pas, il cherchait simplement à passer inaperçu.

Au bout d’un moment, un grognement lui fit machinalement tourner la tête à nouveau. Il était plus puissant que les autres, et n’avait pourtant pas l’air si proche.

— …Celui-là ne me dit rien qui vaille.

Georges ne pouvait pas faire appel à la Colère d’Odin, qui était en train de se recharger. Il tenta alors de se glisser derrière un arbre en espérant que le monstre à l’origine du grognement ne l’avait pas aperçu.

Mais il était trop tard.

BRAAAAM !

L’arbre craqua sous un violent choc et tomba devant lui, l’écrasant presque dans sa chute. Le tronc était déchiré en deux près de sa base et avait failli coûter la vie à Georges.

— Graaaaawwwrrrr……

Le grognement était tout proche et vraiment sourd. Georges sentit les poils se dresser sur son corps et se retourna. Il était trop tard pour faire machine arrière, il fallait affronter le monstre malgré ce que lui criait son instinct.

— Impact foudroyant !

Pour commencer, il fallait se dégager une arène de combat, dénuée de tout brouillard. Sans ça, ce n’était même pas la peine d’essayer quoi que ce soit.

L’éclair tomba pile sur le crâne d’un gigantesque Gorille de Brume. C’était une compétence de faible niveau et utilisable toutes les cinq secondes, aussi ne lui infligea-t-elle pas vraiment de dégât, comme si sa peau – ou ses poils – était isolante. Mais l’attaque eut l’avantage de faire dégager tout le brouillard des environs.

Le monstre qui se tenait à moins de dix mètres de Georges mesurait plus de quatre mètres et arborait une musculature des plus menaçantes. Il leva les poings au ciel et les abattit vers le sol ; c’était sans doute ainsi qu’il avait déjà déchiqueté l’arbre quelques secondes auparavant, et Georges esquiva instinctivement en effectuant une roulade arrière.

BRAMMMM !

Le sol vibra et une onde de choc partit dans toutes les directions, faisant rouler Georges sur quelques mètres de plus. Il se releva tandis que le monstre approchait, pas à pas et le regard brûlant d’un feu énervé.

— Toi… Je vais devoir donner tout ce que j’ai ?

Georges se dégagea une zone encore un peu plus large en faisant tomber un éclair de plus, avant de lancer d’autres sorts.

— Bénédiction d’Odin. Aura de Mjölnir. Appel des Valkyries.

Georges venait de lancer trois bénédictions ultimes. Il ne pourrait plus les utiliser pendant 24h, mais il ne pouvait pas se permettre de lésiner, la créature en face de lui était très probablement le Gorille alpha, celui qui dominait tous les autres Gorilles des bois de la Larme de Brume.

Le corps de Georges brilla d’une légère lueur bleutée et ses yeux se mirent à crépiter tandis qu’Odin le bénissait.

[Résistance aux dégâts physiques +50%]
[Bouclier de dégâts électriques déployé]
[Vivacité +30%]

Georges venait de devenir semblable à la foudre. Grâce à ça, il allait pouvoir esquiver plus facilement les attaques, résister à celles qui le toucheraient et électrifier son assaillant. L’effet ne durerait que quelques minutes mais c’était suffisant pour venir à bout de ce monstre face à lui.

Le cimeterre dans la main de Georges changea également de couleur. L’aura du grand marteau qu’Odin avait jadis donné à son fils émanait désormais de l’arme de Georges. Le métal bleu et froid était parcouru d’ondes crépitantes et elle avait obtenu une toute nouvelle puissance d’attaque.

Et au-dessus de sa tête, dans les airs se dessinèrent deux silhouettes transparentes, deux magnifiques femmes équipées d’armures et de lances. Comme des fantômes d’un champ de bataille, elles descendirent et se transformèrent en deux ailes blanches dans le dos de Georges.

[Vol des Valkyries octroyé]
[Prescience des Valkyries éveillée]
[La voix des morts résonne]

Georges décolla légèrement du sol sans même avoir besoin de battre de ses deux splendides ailes. Il était parcouru par des craquements électriques, son arme l’imitant.

Il ferma les yeux et ressentit le déplacement d’air de l’énorme poing qui arrivait sur lui, décidé à le broyer. D’un mouvement instinctif, il tournoya légèrement sur sa droite et le laissa passer à quelques millimètres de son visage, emmenant quelques étincelles dans son sillage, qui se détachèrent du visage du thane pour disparaître dans les airs.

— Grooooooaaaaa !!!

L’immense singe ramena son poing vers lui et écarta les doigts dans le but d’attraper cet insecte qui venait de s’envoler face à lui. Georges ne faisait pas confiance à la toute-puissance du bouclier de dégâts, même s’il pouvait faire mal à son ennemi, il risquait fortement de se faire écraser au passage.

Il se retourna et brandit son épée vers le poignet qui passait à côté de lui, tranchant de haut en bas ; la lame passa à travers les chairs qui n’opposèrent aucune résistance et un flot de sang jaillit. Les nerfs sectionnés surprirent le monstre, à qui ses propres doigts ne répondaient plus.

Il recula d’un pas, choqué, avant de pousser un cri tonitruant.

— BOOOGGGRRROOOOBBBOOOAAAAAARRRRRRR !!!!

Raka
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