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Chapitre 121 – Combiner nos forces ! 5/8

 

Contrairement au vieil homme délirant, Kang Mirae était très agréable comme partenaire de discussion.

Yu Ilhan aborda brièvement ce qui lui était arrivé depuis un moment, elle parla également de ce qui s’était produit durant les trois mois de son absence, et il n’y avait pas vraiment grand-chose à raconter.

Ils se trouvaient naturellement au quatorzième étage de l’Avant-Garde, dans lequel on ne pouvait entrer à sa guise, et duquel on pouvait encore moins sortir. Heureusement, elle était venue seule ce jour-là, sans l’ennuyeuse Na Yuna. Aussi, personne ne lançait de commentaires indésirables, et comme tous deux étaient à la ramasse niveau relations sociales, ils passèrent les salutations de rigueur pour en venir directement au fait.

— L’Armée du Démon de la Destruction, dis-tu.

— Tu devrais déjà avoir entendu parler des factions de Transcendants, de l’Ange gardien de Na Yuna, n’est-ce pas ?

— Dans une certaine mesure, oui… Donc, le nombre de choses qui doivent m’inquiéter augmente. Bien qu’il soit une bonne chose que nous n’ayons jamais besoin d’affronter une existence supérieure directement… Fiou, soupira Kang Mirae, ce qui fit rire Yu Ilhan.

Alors comme ça, elle était devenue assez à l’aise pour soupirer ainsi devant lui. Elle le réalisa également et raffermit son expression aussitôt.

— Désolée, dit-elle.

— Je ne vois pas de quoi, la rassura Yu Ilhan. N’importe qui soupirerait en entendant ça.

— Pah… Fuuu… fit mine de soupirer Yumir, dans les bras de son père.

— Toi, Mir, fais attention, le rabroua alors légèrement ce dernier. Ton soupir à toi pourrait fort bien se changer en tempête si tu ne fais pas attention.

Kang Mirae observa le jeune Yumir pendant quelques secondes, comparant les similarités qu’il avait avec son père, avant de secouer la tête. Il fallait changer de sujet.

— Bien que je ne puisse dire que rien ne s’est produit sur Terre… dit-elle alors, il n’y a rien qui pourrait te surprendre. Quelques petits pays se sont effondrés, des terres sont devenues des mers, rien de trop sérieux au final. Si tu veux les matériaux, je –

— Donne !

— Donne !

Alors, ça, c’était surprenant ! Et Yumir, qui sentit la joie de son père, l’imita aussitôt.

— Nous n’avons pas pu nous concentrer sur chaque problème à cause du trop grand nombre d’apparitions de monstres. Bien qu’il soit heureux qu’aucun d’eux ne fût plus puissant que celui apparut dans l’incident du Japon, la quantité d’invasions n’a pas diminué, au contraire.

— Je comprends que c’est grâce à ça que les gens sont devenus si forts, nota Yu Ilhan. Toi y compris.

— Jolie sœurette est très forte ! Forte et gentille ! s’exclama Yumir.

Kang Mirae se sentit fière d’elle pendant un moment en entendant les compliments, mais son humeur finir par retomber bien vite. Seul Yu Ilhan était capable de lui faire ressentir ça, sur Terre. Ne sachant trop comment réfléchir à ça, elle changea de sujet une fois de plus – digne fille de son père.

— Ensuite, c’est à propos des terres dont mon père a parlé, continua-t-elle. Les statistiques estimées sont déjà disponibles, mais je ne pense pas pouvoir faire ça aussi rapidement que pour ce bâtiment. Il y a trop de civils concernés, cette fois.

— Prends ton temps, la rassura Yu Ilhan. Ce n’est pas urgent.

— Bien. Merci pour ta compréhension. D’abord, je vais te donner les documents relatifs aussitôt que je les aurai compilés. Puis…

Elle ferma la bouche. Elle avait désormais fini de lui dire tout ce qu’elle voulait. Et comme Yu Ilhan lui avait déjà parlé de l’Avant-Garde, la conversation pouvait mourir là. Vraiment efficace. Yu Ilhan savait construire une discussion efficace et rapide.

Cependant, pourquoi le sentait-il si distant de tout, alors qu’il était si jeune ?

Elle trouva alors quelque chose à dire, et s’humecta les lèvres.

— Ce dont mon père a parlé… hésita-t-elle, tu… n’y prête pas attention. On dirait qu’il s’est montré un peu cupide en voyant à quel point tu étais exceptionnel.

— Je vais bien. Je crains au contraire que tu puisses déprimer un peu à cause de ça.

— Je…

Elle fut sur le point de répondre honnêtement, mais décida de taire ces mots. À revoir le visage irritant de son père, elle eut peur que tout ce qu’elle pût dire contînt désormais un sens caché étrange.

Elle organisa ses pensées, et tout alla déjà mieux.

— Tout va bien également de mon côté, finit-elle par dire. Que ce soient les blagues de mon père… ou ses provocations, j’y suis habituée.

— …Tu dois avoir une vie difficile, murmura Yu Ilhan.

— Sœurette, es-tu blessée quelque part ? Dois-je te soigner ? demanda Yumir, les yeux brillants et s’avançant légèrement d’une manière des plus adorables, ce qui lui valut une caresse sur la tête de Kang Mirae alors même que Yu Ilhan observait.

— Je ne suis pas blessée, lui dit-elle. Merci de t’inquiéter pour moi.

— Gentille sœurette. J’ai faim.

C’était vraiment un privilège d’enfant d’être si mignon tout en pouvant décréter deux choses si fondamentalement opposées. Yu Ilhan se mit à rire et le souleva.

— Oui, la conversation de papa est terminée, alors allons manger. Mon fils a faim, alors je vais m’en aller maintenant.

— A… Attends ! l’arrêta Kang Mirae dans un cri.

Yu Ilhan et Yumir écarquillèrent les yeux et se retournèrent. Enfin, Yu Ilhan se retourna, son fils dans les bras obligé de suivre le mouvement. Cependant, la personne la plus surprise de ce comportement fut Kang Mirae elle-même. Elle ne comprenait même pas pourquoi elle l’avait arrêté.

Mais maintenant que c’était fait, elle devait bien dire quelque chose. Elle était en train d’y réfléchir lorsque le visage de Na Yuna apparut d’un seul coup dans son esprit, et sa bouche s’ouvrit automatiquement.

— Je… pense que nous avons de bonnes relations en tant que collègues. Je veux dire, des collègues qui combattent les monstres ensemble, côte à côte. Depuis le début du Grand Cataclysme, ça fait plus d’un an et demi.

— Eh bien… oui. C’est ce que je pense aussi.

Yu Ilhan ne pouvait pas discerner où elle voulait en venir, mais les mots en eux-mêmes étaient raisonnables.

Ils s’étaient rencontrés dans des tas de situations, et il avait participé à la première fête de sa vie en sa compagnie, avait échangé avec son clan. À ce point, ce n’était pas très différent d’une alliance formelle.

Elle n’avait pas besoin de le confirmer. Ils étaient bien des collègues, aussi loin qu’il pût le voir.

N’est-ce pas ? Je peux penser ainsi, puisqu’elle l’a dit elle-même ? songea Yu Ilhan, qui détestait laisser derrière lui un quelconque malaise entre lui et les autres en tentant sans arrêt de mesurer la distance entre eux et lui pour ne pas trop en faire, ni trop peu.

Cela dit, Kang Mirae n’en était qu’au début, maintenant qu’elle était lancée.

— Mais… si… Je ne sais pas, il existe encore quelque chose entre nous, une formalité peut-être nécessaire mais malvenue. Je pense que ça ne peut que nous mettre mal à l’aise à l’avenir.

Par formalité nécessaire, tu veux dire… ?

Comme si elle avait attendu qu’il se pose cette question dans sa tête, elle s’exprima naturellement.

— Je sens que nous sommes encore distants, car nous nous adressons l’un à l’autre par nos noms complets, expliqua-t-elle. Je t’appelle Yu Ilhan, c’est ainsi. Et il va y avoir beaucoup de situations à l’avenir dans lesquelles nous allons combattre côte à côte, dos à dos, main dans la main. Aussi, nous pourrions devenir moins… formels. Pas pour s’exhiber aux autres, mais en tant que collègues. Ne serait-ce pas acceptable ? Il serait également plus facile de communiquer durant les combats.

Yu Ilhan comprit finalement. Alors, elle voulait dire qu’ils devaient s’adresser l’un à l’autre sans leurs noms de famille ? Alors que ça ne faisait même pas encore un and qu’ils s’étaient rencontrés ! Les jeunes filles férues de sociabilité avaient vraiment des méthodes de communications téméraires !

Cependant, honnêtement, il se sentait plutôt… Non, vraiment heureux. Il n’y avait personne, mis à part ses parents et Liera, qui l’appelaient ainsi.

Collègue. C’est aussi un mot que je n’avais jamais employé auparavant.

Y avait-il une seule personne au monde qui devenait un solitaire par choix ? Bien sûr, il y avait toujours des moments où quiconque avait besoin de se retrouver isolé, mais personne ne voulait de ça comme principe de vie.

Yu Ilhan était un cas un peu particulier, parce qu’il avait vécu seul pour toute sa vie. Il était sans doute un cas unique.

Et ce n’était plus tout à fait vrai, désormais. Il avait face à lui une personne qui le considérait comme son collègue.

Faire l’expérience d’une âme à qui il laissait une bonne impression au-delà de toute apparence était vraiment quelque chose de rafraîchissant à ses yeux.

Bien sûr, il n’était pas un solitaire pour rien, et il détesterait littéralement si une personne qu’il n’appréciait pas l’appelait sans s’adresser à lui par son nom et son prénom. De ce côté, Kang Mirae passait haut la main.

— Ça me va, dit-il alors. Cela me semble légèrement rapide, mais ça me va… Dois-je t’appeler demoiselle Mirae ?

Il ricana légèrement.

— Oui, monsieur Ilhan, lui répondit-elle en lui rendant son petit rire. Prends soin de moi à l’avenir.

L’expression de Kang Mirae s’illumina. Et dire qu’il s’était inquiété que tout pût n’être que salutations jusqu’à la fin de la conversation. Mais ça, c’était juste lui et sa paranoïa sociale.

Yu Ilhan attrapa la main tendue et sourit encore, gentiment, du fond du cœur.

— Demoiselle Mirae, tu m’offres de nouvelles surprises à chaque fois, lui avoua-t-il. Je te remercie.

En entendant ça, elle sentit son cœur manquer un battement, pour une raison obscure.

Quelle était donc cette embuscade tendue par Yu Ilhan ?! Comme on pouvait s’y attendre de la part d’un Dieu de la Mort, même hors camouflage. Le problème, c’était que la personne en question n’en était pas consciente.

— C’est vrai pour moi aussi, répondit-elle. Alors, euh… Ouais. J’ai également appris de nombreuses choses grâce à toi. Si… euh… Excuse-moi.

Paniquant suite à la remarquer inattendue de Yu Ilhan, elle bégaya légèrement et entra dans l’ascenseur sans se retourner. Yu Ilhan se sentait néanmoins satisfait par cette nouvelle alliée, qu’il pouvait appeler librement par son prénom, et il n’en demanda pas plus.

— Eh bien, allons manger maintenant, déclara-t-il une fois qu’elle fût partie.

— Cette sœurette est mignonne ! s’exclama Yumir.

— Comparée à Liera, est-elle plus jolie ?

— Non !

Discutant à voix haute, père et fils quittèrent la pièce, eux aussi. Pendant ce temps, Kang Mirae, à l’intérieur de l’ascenseur menant au rez-de-chaussée, marmonnait d’une petite voix, pour elle-même.

— Je l’ai eu la première. C’est bien.

Et puis ne put s’empêcher de rougir en repensant aux mots précédents qu’il lui avait accordés, avant de secouer la tête une fois de plus.

— Un échange, c’est un échange de bons procédés, dit-elle bien fort, comme pour s’en convaincre. On échange ce que nous pouvons faire de nos vies… Les émotions ne sont que des malentendus. L’émotion que j’ai pour lui, c’est de l’admiration, et l’amour est un malentendu… Les mauvais battements de cœur ne sont que dus à de l’arythmie…

Son monologue aurait été assez bon pour en faire une chanson, mais elle était sérieuse. Cependant, personne n’était là pour la corriger. Et puis, même s’il y avait eu qui que ce fût, elle ne l’aurait sans doute pas écouté.

Quatre jours passèrent. Yumir monta au niveau 65, et les Elfes passèrent leurs compétences de dépeçage au même niveau. De plus, Phiria était meilleure que les autres, avec un niveau 76 dans le découpage de monstres, et elle se sentait prête à attaquer une carcasse de quatrième classe.

— C’est finalement terminé…

— C’est vraiment fini ?

— Aaah, Votre Majesté est vraiment incroyable ! Maintenant que j’ai reçu l’illumination en dépeçage, je ne crains plus rien !

— Jirl, tu n’es pas illuminé.

L’atelier souterrain grouillait d’activité. Yu Ilhan confirma qu’il n’y avait plus de cadavre de monstre dans son inventaire, après l’avoir fouillé de fond en comble.

Bien sûr, il avait déjà dépecé les loups de quatrième classe depuis longtemps. Il avait acquis six corps, mais seul un d’entre eux avait produit une pierre magique. Bon, c’était toujours plus élevé que pour les Dragons.

Il restait un seul corps dans son inventaire, mais il s’agissait de la mère de Yumir, Lecidna. Yu Ilhan prévoyait de l’incinérer une fois que leur fils aurait grandi un peu.

— Vous avez vraiment travaillé dur, les gars.

— Pas du tout, Votre Majesté. Si vous nous donnez plus de travail, nous serons heureux de —

— C’est bon, le coupa-t-il. Reposez-vous un peu. Je vais activer la barrière aussitôt que je serai prêt.

— Oui !

Yu Ilhan plaça de la viande de Dragon et de Loup dans le seau, rempli avec du sang de Dragon de troisième classe. Comme il était sur le point d’en avoir assez de ne dévorer que du Dragon, il tentait autre chose.

Il n’était pas confiant en son succès, mais il avait largement le temps. Yu Ilhan était sûr que ses recettes s’amélioreraient s’il tentait de changer le sang, la viande, ou une combinaison des deux.

— Ça a l’air délicieux, commenta Yumir dans les bras de Liera.

Il ne lui avait pas dit qu’il s’agissait de viande de Dragon ; Aussi, Yu Ilhan prévoyait de ne pas sortir de viande durant ces deux mois.

— Si la recette se solidifie, je te donnerai de la viande jusqu’à ce que tu n’en puisses plus, lui promit-il.

— Ouais !

— C’est vraiment un atelier chaotique, commenta Spiera. Ne peux-tu pas au moins évacuer ce seau ?

— Non, corrigea Yu Ilhan. Ce seau est une des parties les plus importantes.

Il rejeta donc la requête de Spiera, et repoussa le seau sur le côté après l’avoir à nouveau rempli de sang et de viande. Puis, il attrapa un énorme morceau de métal de l’autre côté.

Il s’agissait de l’outil utilisé pour s’entraîner à la Grande Lance Trancheuse de Cosmos. Spiera ne savait pas où placer cette énorme masse métallique et avait même interrompu les préparatifs.

— Il faut que tu t’entraînes à la lance au moins vingt-quatre heures, lui rappela-t-elle.

— J’ai déjà saisi ce point.

Puis, il se mit à polir ses outils lui servant à travailler le métal, y compris marteau et enclume, et utilisa quelques pierres magiques de deuxième classe qui traînaient dans son inventaire pour leur donner plus de puissance. Il confirma ce qu’il savait sur les équipements qu’il allait devoir créer au sein de la barrière en parcourant la page de garde du site de l’Avant-Garde, et les préparatifs furent terminés.

— C’est bon, alors ? Ai-je omis quoi que ce soit ?

— Attends, Yu Ilhan, l’interrompit Herta. Quelqu’un essaye d’entrer dans l’atelier.

Mais qui pouvait bien entrer dans l’atelier souterrain protégé ? Yu Ilhan fut sur le point de le lui demander avec ironie, mais finit par se contenter du plus simple.

— Chasse-les simplement.

— Mais… Ne sont-ils pas reconnus comme des alliés ? s’interrogea Herta.

Tandis qu’humain et Anges ne comprenaient pas vraiment, la porte s’ouvrit et quelqu’un entra. Un quelqu’un qui arborait de longs cheveux noirs ondulés et des oreilles de loups qui frétillaient joyeusement ; un corps glamour qui contrastait avec son visage presque enfantin. Ce n’était autre qu’Ericia.

— Maître, je suis revenu après avoir tout terminé de mon côté, dit-elle. Je suis prête à vous servir à partir de maintenant.

Son arrivée était réellement parfaite, comme si elle avait prévu qu’ils étaient sur le point d’activer la barrière à cet instant ! Possédait-elle une compétence en prophétie, également ?

Yu Ilhan plissa les yeux en se posant ce genre de questions absurdes, mais finit par en rire.

— Ok, ce n’est vraiment pas mal.

— Quoi ?

Ericia ne comprit pas ce qu’il voulait dire, et ses yeux exprimèrent une confusion notable. Yu Ilhan n’y prêta pas attention et activa le sablier.

Pendant deux mois, elle allait en faire l’expérience elle-même.

Raka
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