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Chapitre 12 – Des tests, encore des tests (1)

 

Tournant et retournant la dague entre mes mains, je ne pouvais pas croire ce que mes yeux me disaient.

Cet enfoiré d’explorateur, il avait osé balancer une dague de merde dans mon donjon ! Il espérait troquer son arme pourrie, ébréchée et rouillée, contre une arme enchantée ?! S’il n’était pas mort, j’aurais eu envie de le tuer moi‐même. Et puis il avait ressuscité de toute façon, non ? Donc je pouvais ! Mais j’étais une architecte et lui un explorateur, il était un peu avantagé quand même.

Alors je décidai de me calmer et d’oublier ça. Après tout, il était mort, et pas moi. Il avait même perdu une dague, même s’il ne devait probablement plus s’en servir.

« C’est quoi ? Une arme ? »

La voix sortit de nulle part et me fit sursauter. Me retournant, je vis FeiLong me sourire.

« Bonjour, » rajouta‐t‐il. « Tout va bien ? »

Ce con m’avait fait peur, encore un peu et je me serais tuée avec la dague.

« Ouais, ça va. Qu’est-ce qui t’amène ? »

« Je t’ai aperçue au loin. Tu t’en sors comment ? »

« Je viens de modifier mon donjon. Il n’arrêtait pas de se faire rouler dessus par un seul type, » avouai‐je.

« Ah ? Qu’as-tu changé ? »

« J’ai remplacé tous les tomtes par des gobelins, et mon boss est un pyromancien de niveau 4, » répondis‐je fièrement.

FeiLong me regarda avec des yeux étonnés.

« Des gobelins ? Mais où as‐tu eu des gobelins ? Au niveau 4, je n’ai jamais vu ça. Normalement, on commence à voir apparaître ces bestioles dans les donjons aux alentours du niveau 8 ou 10. »

« Hé bien, je… »

J’allais lui dire qu’ils venaient des montagnes, bien évidemment, mais tout à coup, je me rendis compte que je ne devrais peut‐être pas raconter ce qui s’était passé. On m’avait déjà prévenu que c’était dangereux dehors, et je n’avais pas écouté. Résultat, j’étais morte. Bon, j’avais eu un gobelin et une hutte au passage, sans même parler de la Fontaine, mais tout de même… Enfin, maintenant que je lui avais dit ça, comment aurais‐je pu trouver un bobard à raconter ? Advienne que pourra, comme on dit.

« … je l’ai récupéré dans une grotte des montagnes, à l’ouest. »

Comme je pouvais m’y attendre, il resta coi. Il lui fallut quelques secondes avant d’articuler.

« … Montagnes à l’ouest ? Dis‐moi que tu y es allée de jour quand les monstres y sont rares… »

« Oui ! Enfin, en partie, » dus‐je avouer.

« Les monstres des montagnes ne sortent presque pas la journée, mais la nuit, il est impossible d’y survivre plus de quelques minutes. »

De son regard perçant, il me toisa jusqu’à ce que me semblait être le fond de mon âme.

« Tu es morte, n’est-ce pas ? »

Je soupirai d’un air qui voulait dire que je n’accepterais pas qu’on me fasse la morale.

« … Oui. Et alors ? Je vais bien. »

Je vis un soupçon de colère apparaître sur son visage. Il grimaça un peu en serrant les dents.

« Tu ne peux pas juste courir à droite ou à gauche en te disant que ce n’est pas grave de mourir. Mourir est douloureux… Epargne‐toi ça, » me sermonna‐t‐il comme un père furieux.

« Je te l’accorde… Et j’ai en quelques sortes acheté un piège aussi… »

Pourquoi avais‐je dit ça ? Mais POURQUOI est‐ce que je venais de dire ça ? Et merde.

« Acheté un piège ? Lequel ? » demanda FeiLong, plus curieux que suspicieux.

« … La Fontaine des Vœux gâchés. »

« Ah ? C’est une blague ? C’est une blague, n’est-ce pas ? Tu sais que ça ne s’achète pas, ça ? D’ailleurs, où en as‐tu enten… »

Il ne finit pas sa phrase, se contentant de me scruter. Bien entendu que je le savais. Ce n’était pas lui qui avait dû courir dans les montagnes pour aller sauver un type qui finalement avait réussi à rentrer comme une fleur sans mon aide.

« Laisse tomber, » ajouta‐t‐il. « Je ne veux même pas savoir. »

« Ah ? »

J’étais surprise, pour le coup.

« Finalement, tu as modifié ton donjon ? C’est bon, parce que c’est le premier, mais dis‐toi que tu ne pourras pas toujours faire ça, il faudra que tu en ouvres d’autres. L’endroit où tu les places à une importance capitale. Par exemple, le type de donjon caverneux que tu as édifié ici, s’il avait été placé en montagne, aurait bénéficié d’une affinité et tout ce que tu aurais placé dedans t’aurais coûté moins cher. D’autres sous‐types de monstres auraient pu apparaitre, également. »

« Attends, c’est trop d’un coup, là. Un autre donjon ? »

« Evidemment. Tu n’es pas limitée à un seul donjon, » insista‐t‐il.

« Ouah. C’est bon à savoir. »

 

***

 

Alors que j’observais le donjon et le héros solitaire qui y pénétrait à nouveau, FeiLong s’éloignait précipitamment. Sans doute avait‐il eu un problème dans son donjon, et il voulait le régler en toute hâte.

Je pensais que l’aventurier avait compris la leçon, après tout il était mort de façon relativement douloureuse. Mais non, il était à nouveau là. A bien y réfléchir, mon donjon devait se trouver près de l’endroit où ils réapparaissaient parce qu’il n’avait même pas mis dix minutes à revenir. D’ailleurs, je ne savais absolument pas comment fonctionnait leur système de résurrection.

Pour ma part, je m’étais réveillée dans mon lit, le matin suivant ma mort. Lui, il avait l’air de s’être réincarné immédiatement, capable de revenir chercher des misères à mon donjon sans attendre.

Il s’aventura jusqu’à la Fontaine et y jeta deux épées, sans résultat, avant de hausser les épaules. Evidemment, les armes sortirent du miroir et elles étaient toutes deux de basse qualité, comme sa dague. Il voulait vraiment jeter toute sa décharge de merde ? Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir en faire, moi ? Les vendre ? Personne n’allait acheter ce genre de camelote.

Abandonnant la Fontaine aussi vite qu’il y était arrivé, je le voyais pester, probablement contre sa malchance – s’il savait !

Il s’avança doucement dans le couloir reliant les deux salles, et s’arrêta à l’entrée du territoire des Gobelins. Les deux Gobelins verts montaient la garde, mais je savais qu’ils ne resteraient pas là éternellement, et il devait lui‐même s’en douter. Il resta accroupi dans l’ombre en attendant que les deux monstres importuns décident de bouger.

Au bout de quelques minutes, ils commencèrent effectivement à se déplacer, l’un à côté de l’autre, vers une autre partie de la caverne. L’aventurier s’avança prudemment et à ma grande surprise, attrapa une épée posée à même le sol.

Il l’observa et satisfait, se plaqua dans un coin d’ombre pour boire une potion d’un trait.

« Il a perdu quelque chose en mourant ? Il a laissé tomber son épée ? Merde ! Si j’avais su, je serais entrée immédiatement pour la chercher moi‐même ! Pourquoi est‐ce que les gobelins ne l’ont pas ramassée ? »

Si les aventuriers morts pouvaient perdre des objets, surtout de l’équipement, alors je pouvais rapidement entrer, ramasser les précieuses affaires et sortir. En revenant, ils auraient le malheur de ne plus rien trouver d’autre qu’une nouvelle mort, ce qui me permettrait de gagner encore plus d’objets ! Ce plan m’avait l’air parfait.

L’aventurier, quant à lui, avait tout l’air de se méfier de ceux qui avaient déjà causé sa mort un peu plus tôt. Les assassins tapis dans les ombres, et qui devenaient simplement invisibles à l’œil nu une fois camouflés dans l’obscurité. Il n’osait pas bouger, et je pouvais le comprendre. Il avait pris plusieurs dizaines de coups de couteau en mourant, ça n’avait pas dû faire du bien.

Cependant, il fallait bien qu’il finisse par se décider, et observer les mouvements des Gobelins dans la grotte depuis son coin proche de l’entrée n’était pas une finalité. Et il arriva un moment où Dugnekk, le boss du donjon, passa près de lui en arpentant les alentours, seul. L’aventurier avait déjà repéré plusieurs fois ce petit manège, et le boss faisait une ronde à intervalles réguliers, laissant les autres Gobelins plus loin.

Ce fut le moment qu’il choisit pour se lancer. D’un coup d’épaule, il se jeta sur Dugnekk pour le faire tomber à la renverse et l’empêcher de lancer le moindre sort ; immédiatement, certain de ne pas avoir été remarqué, persuadé de disposer de quelques secondes de liberté supplémentaires, il leva sa lame haut vers le plafond et l’abattit violemment vers le cou du Pyromancien, espérant le tuer en une seule attaque.

Mais ce fut sans compter sur les fameux assassins, le seul point obscur dans le plan de l’aventurier. Il ne les avait pas vus depuis son arrivée, et ils pouvaient se trouver dans n’importe quel coin épargné par la lumière vacillante des torches murales.

Et il s’avéra que l’un d’eux était justement près de lui au moment où il avait décidé de se lancer. La lame levée n’atteignit jamais sa cible, une dague plantée dans la nuque de l’aventurier lui fit perdre force et dextérité, et le métal heurta le sol en pierre dans une gerbe d’étincelles, au‐dessus de la tête de Dugnekk.

Dugnekk, d’ailleurs, je le sentais, n’était pas content, mais alors pas du tout. Il s’en voulait de ne pas avoir su repérer l’intrus, et était toujours frustré de ne pas avoir pu le tuer lors de leur rencontre précédente. Il se leva, et regarda le corps de l’importun disparaître dans une volute de fumée.

La dernière chose que vit cet aventurier téméraire fut sans doute le regard du boss, plein de haine et de ressentiment. Après deux morts, peut‐être qu’il ne reviendrait pas de sitôt.

 

***

 

Suite à ces évènements jubilatoires – pour moi, par pour ce malheureux – le donjon ne vit pas entrer d’autre explorateur, même après avoir attendu un long moment. Je vérifiai une énième fois ce qui était gravé à la surface du miroir, et les caractères ne changeaient toujours pas.

[Niveau 2 / 645 crédits.]

L’aventurier m’avait rapporté 150 crédits à chacune de ses morts. Il avait trépassé deux fois, et j’étais maintenant riche de 645 crédits. Ce n’était sans doute pas grand‐chose cela dit.

Je baissai les yeux vers les deux épées qu’il m’avait offertes, et à l’image de la dague rouillée, il s’agissait d’armes pires que médiocre : la lame grignotée et la garde ébréchée, des armes qui semblaient être complètement inutilisables en l’état. Cet aventurier était vraiment de la plus cupide espèce ! Il voulait me refiler toutes ses merdes et recevoir des objets de meilleure qualité en échange ! Mais ça n’arriverait jamais, pas dans cette fontaine en tout cas.

Désormais de niveau 2, je me rendis à la boutique dans laquelle FeiLong m’avait emmenée pour m’acheter le Starter Pack. Peut‐être aurais‐je accès à de nouveaux articles, même si du haut de mon niveau 2 et de mes 645 crédits, je n’allais certainement pas pouvoir prétendre me procurer des merveilles.

Après tout, mon donjon fonctionnait bien tel qu’il était actuellement, si même cet aventurier qui avait massacré Thomred à plusieurs reprises ne parvenait même pas à affronter le boss. Je pouvais m’en éloigner un peu et passer à autre chose.

« Bienvenue, mademoiselle ! Alors, comment s’est passé la construction de votre premier donjon ? »

Le marchand était toujours aussi enjoué. On aurait dit que la vie était belle, et que rester derrière son comptoir à longueur de temps était une illumination qu’il était heureux d’avoir atteinte.

« Pas mal. Les tomtes étaient faibles, je préfère les gobelins. »

« Les gobelins ? »

Il leva un sourcil, sans doute étonné que je sois déjà en possession de telles créatures à mon niveau. Après tout, à bien y réfléchir, c’était logique. Qui, au niveau 2, s’amusait à aller affronter le monde extérieur ? Peut‐être étais‐je la première dans toute l’Histoire des donjons ?

Balayant ces idées stupides et inutiles, je lui demandai :

« Il y a quoi à vendre au niveau 2 ? »

« Vous êtes déjà de niveau 2 ? Formidable ! D’habitude, les donjons de tomtes sont si mal construits, et les tomtes eux‐mêmes si faibles, que les novices mettent des semaines à parvenir à tuer suffisamment d’explorateurs pour gagner un niveau. Mes félicitations. En effet, à partir du niveau 2, vous avez la possibilité d’investir vos crédits dans l’achats de nouvelles options ! »

En prononçant cette dernière phrase, il balaya l’air de la main, derrière lui. Les objets qui y étaient exposés changèrent de forme, comme si je regardais dans un kaléidoscope, et d’autres prirent leur place.

« Voici les articles disponibles au niveau 2, mademoiselle ! »

Il y avait là trois créatures immobiles, empaillées. À moins qu’elles ne fussent des statues, répliques parfaites des originaux vivants.

Et à côté, deux perles de couleurs rouge et bleu clair.

« Bon. Alors c’est comme ça que ça fonctionne. D’accord. »

J’observais les créatures disponibles, en insistant bien sur chacune d’elles et sur leurs descriptions sommaires, affichées sur de petites cartes.

[Varan – Créature : Reptile] [800 crédits]
[Chauve‐Souris – Créature : Mammifère] [850 crédits]
[Cafard – Créature : Insecte] [1100 crédits]

Je m’arrêtais là. C’était tout ce que le niveau 2 avait à offrir en terme de créatures. Trois créatures différentes, de trois types différents, et qui étaient toutes trop chères pour ma bourse.

« C’est cher. »

« Désolée, mademoiselle, » répondit le vendeur sans avoir l’air d’éprouver le moindre remord.

« Et je pourrai toutes les acheter avant le niveau 3 ? »

C’était une bonne question. Je me demandais combien de crédits m’amèneraient au niveau 3. D’ailleurs, étais‐je obligée de les économiser, ou bien existait‐il quelque chose comme la valeur totale de tout ce que j’avais gagné jusqu’à présent ?

Lorsque je lui posai la question par curiosité, n’espérant pas de réponse complète, il me sourit en m’annonçant la couleur de façon simple et claire.

« Vous n’avez pas besoin d’économiser. Lorsque vous gagnez des crédits, ils sont automatiquement et immédiatement ajoutés à votre expérience. Puis, vous êtes libre d’en faire ce que vous voulez. Votre expérience n’en pâtira jamais. Que vous les dépensiez ou non ne modifiera pas la façon dont vous allez gagner des niveaux. »

C’était plutôt pas mal. Je pouvais donc acheter des choses sans avoir besoin de craindre de ne jamais passer au niveau 3. Par curiosité et même si tout semblait trop cher pour moi, je voulais voir ce que le reste de la liste me proposait.

[Donjon : Volcan] [8.000 crédits]
[Donjon : Caverne de Glace][8.000 crédits]

Des types de donjons différents… Je ne possédais que la caverne, mais le prix exorbitant de ces potentielles acquisitions ne me permettait que d’en rêver. J’étais à mille lieues de pouvoir me les offrir.

Laissant tomber la boutique qui n’avait rien d’autre à me proposer à mon niveau, je me rendis à nouveau vers mon donjon, afin de tenter d’en modifier quelques caractéristiques. Après tout, je venais d’avoir une idée de génie.

Raka

Raka

Mélange satyrique de Daria et Docteur House, élevé à grands coups de Fluide Glacial pendant un peu trop longtemps, le cynisme n'est égalé que par l'excès d'humour noir et de sarcasme quotidien dont je fais preuve.
Mais on s'en fout, pas vrai ?
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12 Commentaires

  1. HinomuraHinomura

    Merci pour le chapitre !

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  2. mlop12

    Thx pour le chapitre

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  3. T€|!®

    Marchi por lé chat‐pître

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  4. Shirosuu

    Merci pour le chapitre

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  5. Oursmili

    Super, on en veut encore !!!

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  6. gutsguts

    Merci pour le chapitre

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  7. noname.exenoname.exe

    Merci pour le chapitre et

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  8. Higanbana

    Merci pour ce chapitre

    Ce novel est super ! Si seulement il pouvait y avoir des bonus tout les jours ce serait parfait.

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  9. essitamessitam

    merci pour le chapitre

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  10. TesaYuuTesaYuu

    Merci pour le chapitre

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  11. Bab

    Merci

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  12. Mehlroth

    Merci pour les chapitres, c’est un début super prometteur. Bon courage pour la suite 🙂

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