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Chapitre 35 – En route vers l’autre monde (2)

 

— Une porte ? Comment ça ?

— Je te demande si tu peux détruire une porte. C’est simple, comme question. Oui, non ?

Il me regardait d’un air surpris. Il ne comprenait sincèrement pas ce que je lui voulais avec ma porte. Et moi, j’étais énervée, paniquée et en colère. Je n’arrivais pas à calmer mon cœur ni à rationnaliser la situation. Je savais que tout ce que je voulais, c’était sortir et que si je sortais, j’allais agresser les gens dehors.

— Bien sûr que je peux. Tu me prends pour qui ?

Une lueur d’espoir dans une nuit ténébreuse. Voilà ce que je venais d’apercevoir. Ou plutôt d’entendre. Enfin, on s’est compris.

— Alors détruis la porte d’entrée.

Il ne bougea pas d’un poil. Effectivement, il devait sentir mon mélange complexe d’émotions, car il se contenta de relever un simple fait.

— Tu pourrais être moins vindicative.

— Comment ça ?

— Tu as entendu la façon dont tu me parles ?

— …

— Pourrais-tu, s’il te plait, être un peu plus gentille quand tu me demandes un service, même si je ne comprends toujours pas le but de la manœuvre ?

Il se foutait de moi ?

Ou alors…

— Oh. Je vois.

Pressant mes charmes l’un contre l’autre, je fis une bouche en cœur tandis que Friderik était plus ou moins coincé entre eux et ma toge, quelque part dans les plis du tissu.

— S’il te plaaaaaaaît, est-ce que tu pourrais ouvrir la porte, même si tu dois l’exploser pour ça ?

— … !!

— Friderik ?

— …

J’étais intimement persuadée à ce moment que j’étais allée trop loin et que je l’avais perdu. Il ne bougeait plus du tout, perplexe – ou rêveur. Est-ce qu’un slime pouvait faire un AVC ? Si oui, alors il venait d’en faire un, c’était clair.

— …Agabubu ?

Il sortit de mon décolleté en glissant et en se tortillant tandis que sa couleur grise était désormais teintée d’une forte nuance rougeâtre.

Avançant fébrilement vers la porte, il entreprit de la recouvrir dans sa quasi-totalité de son corps gélatineux.

— Mais pourquoi est-ce que tu es dans cet état ? Ce n’est pourtant pas la première fois que je te presse de la sorte…

Je me parlais essentiellement à moi-même, je réfléchissais à voix haute. Mais contre toute attente, il me répondit lascivement.

— Tu… Ta peau… Je… Haaaaahh….

Je pouvais voir des petits cœurs s’envoler au-dessus de sa tête, c’était fou. À défaut d’un jeu vidéo, j’avais surtout l’impression de me trouver dans une bande dessinée. C’était une nouveauté ? Des émotions qui prenaient forme physique ?

Ce qui me sortit de ma réflexion fut cette sensation étrange sur ma poitrine. C’était comme si…

— Oh, oh…

Baissant les yeux, je pus constater que ma toge était défaite et qu’elle me tombait jusque sous les épaules. Ma poitrine était plus que décolletée, elle était quasiment à nu. Peut-être, sans le vouloir, Friderik l’avait défaite en se réveillant et en sortant un bout de sa tête de slime lorsque je l’avais appelé.

— Je viens de le frotter contre ma peau nue ?!

Une exclamation m’avait échappée, un peu malgré moi. Quand je levai les yeux vers Friderik par reflexe, je le vis en train de me regarder ; il avait arrêté de digérer la porte qu’il avait attaquée quelques secondes plus tôt.

— …Ouais… C’était… Ouaaaaais…..

Et il me le disait en face. Il pensait que je l’avais fait volontairement ?

Mais je ne pouvais plus faire machine arrière. Relevant prestement ma toge pour la replacer comme il fallait, je lui adressai une remarque, un peu de travers.

— Fais ton boulot et bouffe cette porte.

Je ne savais pas si je devais être vexée ou ne pas y prêter attention. Après tout, il m’avait vue dans des situations bien pires que celle-là. Il commençait à devenir ‘celui qui me connaissait un peu trop bien pour mon bien’. Il fallait que je fasse attention ; il fallait qu’il garde ses repères, qu’il sache où était sa place et ce qu’il pouvait et ne pouvait pas faire.

Un peu refroidi par mon ton mais toujours étreint de nuances rouges et roses, il reprit la destruction de la porte là où il l’avait laissée.

Il fallait croire que la compétence – ou le sort ? – utilisée par ces types dehors pour verrouiller magiquement la porte et les fenêtres devait avoir rendu leur structure à l’épreuve de la destruction. Sans doute pour que je ne puisse pas les enfoncer avec une chaise ou quelque chose du genre.

Mais c’était sans compter sur mon slime d’attaque. Il mettait le temps qu’il fallait mais il rongeait la porte, petit à petit…

— Bon.

Je lui en avais voulu, mais je me calmai tout aussi rapidement que la tension était montée. Il faisait des efforts pour m’être utile, après tout. Je représentais tout de même ce qui était le pire de tout lorsqu’on était explorateur, sa pire ennemie, sa nemesis ; une architecte.

Et je l’avais forcé à quitter sa nouvelle vie pour lui imposer un corps dont il n’aurait peut-être pas voulu et malgré ça, il s’était très rapidement adapté et semblait m’avoir totalement pardonné de ce que je lui avais fait.

Non, décidément, je ne pouvais pas rester fâchée contre lui. Il ne le méritait pas.

Swish, Swish.

— Hm ?

Baissant les yeux, je vis que pendant ma réflexion, il avait arrêté de travailler sur le bois de la porte et qu’il s’était approché de moi, et laissait glisser un long tentacule le long de ma toge jusqu’à ma poitrine.

— …Mais qu’est-ce que tu fais ?

J’avais bondi en arrière pour me détacher de lui.

— Je reprends des forces !

— Hein ?

— C’est exténuant, ce que tu me demandes ! Je n’ai pas la force mentale pour supporter ça ! Laisse-moi me réconforter un peu !

Je devins toute rouge. Enfin, façon de parler.

— Ouh, espèce de petit… !

J’aurais bien voulu l’étrangler, mais il n’avait pas de cou. Aussi me contentai-je de le tabasser des poings et des pieds jusqu’à ce qu’il en eut assez de se déformer et ne demande grâce.

— Continue de bouffer ma porte !

J’aurais aimé que tu finisses ta phrase par un autre mot… 

Je ne savais pas si je devais essayer de réellement le faire disparaître à tout jamais pour ce qu’il venait de dire ou si je devais faire comme si je n’avais pas compris ce à quoi il faisait référence.

Incapable de me mettre encore en colère et fatiguée par la montée et la descente des émotions, je me contentai de m’affaler sur le lit et de lâcher un grand soupir.

— Haaaa… Allez, je veux sortir… Après avoir détruit le fils, il faut encore qu’on aille dénoncer le père.

— Hah ! Pourquoi ne pas m’avoir parlé comme ça tout de suite ! Je suis tout à toi !

Il se retourna et reprit l’attaque de la porte de plus belle. À croire que la motivation lui donnait des ailes – ou plutôt, des sucs gastriques. En moins d’une demi-heure, il parvint à faire percer le jour à travers la porte.

— Et voilà le travail ! Plus qu’à…

Il termina de détruire un morceau suffisamment grand de porte pour que je puisse sortir à quatre pattes. L’air de ce début d’après-midi était agréable, quand on était enfermé pendant tout ce temps sans pouvoir respirer une seule bouffée de ce formidable air extérieur.

— Et voilà, mademoiselle ! J’ai fait du bon travail ?

— Excellent, Friderik, excellent.

— J’ai le droit… ?

— Allez, monte.

Il sautilla de joie, autant qu’un slime pouvait sautiller en tout cas, et se hissa dans l’un des plis de ma toge, toujours au même endroit.

— …♪♫

Ou comment faire siffloter un slime… J’aurais tout vu.

Etrangement, il était si heureux d’être là que des petits cœurs sortaient à nouveau du dessus de sa tête et éclataient comme des bulles de savon. Mais où avait-il appris à faire ça ?! Il allait risquer de ne pas passer inaperçu très longtemps s’il continuait comme ça.

— Hé.

— …Mmmoui ?

— Arrête ça.

— Quoi donc ?

— Ces cœurs, au-dessus de ta tête.

— Ah… Oh ! Merde ! J’avais oublié ça !

— Tu étais donc au courant ?

— …Oui. Mais je ne pensais pas ne pas pouvoir le contrôler.

J’étais quelque peu surprise.

— Depuis quand sais-tu faire ça ? C’est complètement inutile !

— …Je sais. Je ne l’ai pas demandé ! Je ne sais pas pourquoi et quand j’ai obtenu ça, ce n’est même pas listé dans mes compétences.

— Peu importe. Si tu peux, arrête.

— …

 

**

 

Ayant plus ou moins réussi à esquiver ceux qui étaient censés nous surveiller – étrangement, je pensais que ça n’allait pas être possible – , nous nous dirigeâmes directement vers ma destination.
Et arrivée face au bureau et à nouveau dans une file d’attente cette fois beaucoup plus longue – il y avait 6 personnes devant moi – je me mis à me demander comment j’allais dénoncer le père après avoir mis un terme aux agissements du fils.

Devrais-je y aller franchement et directement avouer avoir été enfermée dans sa cave ? Mais alors, s’il lisait mes souvenirs… il pourrait me voir nue. Ce n’était qu’un type de l’administration, un PNJ, mais j’éprouvais étrangement une certaine honte malgré tout. Pouvais-je éviter d’en arriver là ?

Il fallait que je puisse faire en sorte que seuls les souvenirs de Bruh le Verni soient lus, comme pour son fils. Mais allait-ce être possible ? J’avais eu de la chance la première fois, mais peut-être n’allait-ce pas être le cas la seconde.

Et si on découvrait comment je suis sortie ? Et si on me demandait de livrer Friderik parce qu’il est, après tout, un monstre à Imperos ? Est-ce que je pourrais m’en sortir ?

Si on me demandait de me séparer de lui, maintenant que je venais de trouver de quoi renforcer mon donjon et ce même en mon absence, je ne pourrais pas l’accepter. Cela dit, il fallait que ce vieux fou paye pour ce qu’il m’avait fait. Je n’avais aucunement l’intention de le laisser s’en tirer à si bon compte. J’avais certes déjà fait bannir son fils, mais ça n’avait rien à voir avec ce que je m’apprêtais à faire alors.

Et puis, rien ne me garantissait que les types qui avaient essayé de m’enfermer chez moi pour un siècle n’étaient pas en train d’agir sous ses ordres. Enfermer les jeunes filles, c’était bien son genre, après tout.

Vieux pervers.

La file avançait doucement, et il restait 4 personnes devant moi. Friderik se mit à me chuchoter.

— Je ne le sens vraiment pas. On a eu de la chance le premier coup, mais là… J’ai peur qu’on me découvre.

— Je sais. Moi aussi. Mais comment puis-je faire ? Il faut simplement que je prie pour qu’ils ne demandent pas à lire dans mes souvenirs.

La petite voix provenant d’entre mes seins me répondit rapidement.

— Non. Je suis certain qu’ils le feront. Parce que ce type n’est pas descendu, ce sont ses sous-fifres dont tu ne connais pas le nom qui l’ont fait. Lui, il ne t’a pas vu en bas, il n’a fait que donner un ordre. Je suis intimement persuadé qu’ils vont vouloir lire tes souvenirs pour confirmer ce qui t’est arrivé. Et la façon dont tu en es sortie, aussi.

Il marquait un point. La seule vraie façon de s’assurer de l’authenticité de mes paroles restait la vérification dans mes propres souvenirs ou dans ceux des types qui m’avaient jetée dans le cachot. Mais je ne savais pas qui ils étaient, je ne pouvais donc pas les dénoncer si facilement. Dans le pire des cas, ils fouilleraient ma mémoire pour les retrouver.

— Je ne sais pas. Vraiment. Mais il faut que je le dénonce…

Plus que trois personnes dans la file, devant moi. Le moment de vérité approchait. Allais-je devoir me séparer de Friderik pour de bon ? Pour, au mieux, punir un type pour une centaine d’années ? Et il était tout de même un Maître de Secte, prétendument la plus grande d’Imperos. Il était soi-disant le plus proche de l’ascension divine. Il était… Oh, et puis merde, il était tellement bien placé pour alléger une quelconque punition, même face à une toute-puissante administration. J’étais en train de m’en convaincre.

Plus que deux personnes devant moi. Elles allaient vite, ce jour-là. Le grand type ne devait pas chômer. De mon côté, je ne savais toujours pas dans quoi je m’engageais.

— Suivant, numéro 15, veuillez entrer…

— Suivant…

— Suivant…

Jetant un dernier coup d’œil à Friderik lorsque vint mon tour, j’étais en proie des plus grands doutes. Tous ceux qui étaient sortis de la salle fatidique devant moi n’avaient pas l’air bien. S’étaient-ils fait refuser leurs accusations ? Est-ce que le type dans la salle était un autre ? Peut-être était-il plus strict que le grand bonhomme qui m’avait aidé la fois d’avant…

— Aahh… C’est… mon tour… Friderik, je…

— Ce n’est pas grave, Wuying… Fais ce que tu as à faire.

Je fis demi-tour et décidai d’abandonner toute idée de représailles contre Bruh le Verni.

Et pour me changer les idées et me remettre d’aplomb, je décidai qu’il était grand temps de me rendre dans ce donjon dans lequel je n’avais pas mis les pieds depuis trop longtemps.

Raka
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9 Commentaires

  1. FenrirFenrir

    Merci pour le chapitre !

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  2. Trahain

    salut merci pour le chapitre j adore dms et j espere que tu le continuera encore longtemps ^^

    Répondre
  3. Gunts92

    Bonne réflexion petite
    Merci pour le chapitre

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  4. HinomuraHinomura

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  5. gutsguts

    Merci pour le chapitre

    Répondre
  6. Higanbana

    Merci pour ce chapitre

    Enfin on retourne au donjon.

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  7. noname.exenoname.exe

    Merci pour le chapitre
    Il nous avait manqué le donjon cheaté

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  8. Shirosuu

    Merci pour le chapitre

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  9. Aximili

    Merci pour le chapitre !

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