LDO : Chapitre 15

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Chapitre 15     Un zombie pas comme les autres

 

 

Nous sautâmes en bas de l’arbre pour suivre la bête affolée et son poursuivant. Nous nous étions mis d’accord d’un seul regard, ce mort‐vivant était véritablement étrange et il nous fallait en avoir le cœur net.

– Il sont partis dans cette direction, vite !

Tout en courant sur un joli tapis d’herbes folles, je gardais le problème principal en tête : le zombie que nous pourchassions était différent des autres ; il avait l’air… différent. Je ne savais pas comment l’expliquer autrement. Il fallait que nous fassions attention, quelque chose me disait tout au fond de moi, et ce n’était pas le vieux dans mon dantian, qu’il était probablement un ennemi à ne pas prendre à la légère.

– Et s’il est trop fort pour nous, on fait quoi ?

D’un seul coup, le problème majeur vers lequel nous courrions me frappa en plein visage. Je rajoutai, prudemment :

– On ne va pas se faire manger, hein ?

Dai Lin me regarda d’un air bête, comme si j’aurais dû y penser avant et qu’il était désormais trop tard pour faire demi‐tour. Comme si elle ne pouvait pas y penser aussi ! D’ailleurs, il était vraiment trop tard, parce qu’au sommet d’une petite colline, nous tombâmes face à face avec ce que nous cherchions.

Une dizaine de mètres plus bas, l’animal qui ressemblait fortement au croisement entre un zèbre argenté et une licorne était couché au sol, son prédateur macchabé penché sur lui. Une flaque de sang recouvrait déjà le sol, et la pauvre bête ne bougeait presque plus, tressaillant légèrement de temps à autres.

– Ah ! Trop tard !!

Je me rendis compte un peu tard que je n’aurais pas dû pousser ce cri de surprise. Le zombie tourna rapidement la tête vers nous, la partie inférieure du visage recouverte de sang et des entrailles lui pendant entre les dents. Il avait attaqué son repas par le flanc, duquel sortait une mélasse de chair et de sang ainsi qu’un os – probablement une côte – brisé. Le pauvre animal avait été éventré alors qu’il était encore en vie et avait très probablement succombé d’une hémorragie. Ou peut‐être qu’il était simplement mort de peur. Ou de douleur. Mais il ne bougeait plus du tout.

– Merde, il nous a vu !

Si moi je réfléchissais et j’observais, Dai Lin se contenta de paniquer. Et en effet, le zombie faisait déjà mine d’abandonner son repas et se retournait vers nous. Sans doute était‐il content qu’un autre en‐cas se présente à lui sans qu’il ait besoin de le chasser. Il se leva de toute sa carrure – il devait bien faire presque deux mètres de haut, finalement – et tendit les bras en hurlant vers le ciel.

– Groooooooaaaaaaah !

S’il avait été vivant et humain, il aurait été une personne incroyablement bien proportionnée. Le corps taillé en V, les bras musculeux, même son visage n’était pas aussi décomposé et exempt de sentiments que tous les zombies que j’avais vus jusqu’alors. Il avait beau ne porter qu’un pantalon en loques, il dégageait tout sauf un air honteux ; sans doute l’effet de ces puissants pectoraux. Une autre chose était différente : tous les morts‐vivants que j’avais croisés étaient blessés, décomposés, et en quelque sorte inconscients de leur propre survie. Si on pouvait appeler ça une survie puisqu’ils étaient déjà morts.

Mais celui‐ci avait la peau nette, je ne voyais pas la moindre trace de blessure, comme s’il préservait sa santé, ou qu’il était conscient de sa sécurité. Un mort‐vivant intelligent ? Non, je ne serais quand même pas allé jusque‐là.

Toujours est‐il qu’il était immobile et attendait peut‐être que nous ne bougions les premiers. L’instinct du chasseur ?

– Il attend qu’on se sauve ?

– Je ne sais pas. Ne bouge surtout pas… On ne sait jamais… Il se passe quelque chose de bizarre. Il est très rapide, et si on se sauve, il risque de nous poursuivre sans autre forme de réflexion. Ce mort‐vivant à l’air différent des autres, moins… impulsif. Peut‐être que si on ne bouge pas, il va finir par se désintéresser de nous pour continuer son repas.

Dai Lin était aussi perplexe que moi et ne savait que dire. N’avait-elle jamais rien vu de tel, elle qui était habituée aux zombies dans son monde ? Alors il devait réellement être une espèce rare, et ce qui était rare était à prendre avec des pincettes, nous ne pouvions pas faire n’importe quoi.

Derrière lui, la licorne bougea. Elle tressaillit faiblement au départ, avant de se relever avec un peu de mal, sans doute déséquilibrée par l’absence d’une partie de ses tripes. Au fond de son regard désormais vide, je vis passer un éclair meurtrier. Elle se tourna vers nous et chargea sans se poser de questions.

– Alors c’est ça qu’il attendait ! Il n’a pas besoin de nous chasser lui‐même, la bête le fait à sa place ! Cours !!

Sans attendre son ordre, je m’étais déjà retourné pour m’élancer à ses côtés. Evidemment, il fallait que l’on se sauve. Nous avions été idiots d’attendre pour observer ! Cela dit, il semblait bien que la licorne zombie était notre seul poursuivant. Pourquoi l’autre ne nous courait‐il pas après ? Je pense que ce n’était pas le moment de nous poser la question, l’animal nous rattrapait déjà.

Dai Lin se retourna en pleine course et agita les mains dans tous les sens comme si elle tentait d’attraper l’air ambiant pour y faire un nœud. Etrange attitude mais je savais qu’il s’agissait là d’une série de sceaux d’incantation permettant d’utiliser des techniques de Qi.

Une lumière bleue et froide émana de son corps et un tapis de glace se forma face à elle pour atteindre la licorne. Immédiatement, ses pattes se figèrent et l’animal fut stoppé net en pleine course.

– De la glace ? Dai Lin, tu…

– Evidemment, je suis de l’affinité de la glace ! Et cette bête n’est que du 6ème niveau de Qi Terrestre comme la plupart de son espèce, tout comme moi, alors je peux la gérer ! En tant que mort‐vivant, son corps est froid, et la glace a un effet certain sur elle ! Cela dit, elle va s’en libérer par la force d’ici peu de temps, alors sauvons‐nous !

– …

– Osumba ?

Elle était prête à reprendre la course quand elle vit que j’étais hésitant. Je n’osais pas lui dire que la licorne me semblait être en train de fuir le zombie et non de nous poursuivre. Quelque chose me rendait absolument sûr de ça, peut‐être la façon dont elle regardait sans cesse en arrière, le regard précédemment vide désormais empli d’une frayeur insoutenable.

– Allez !! Viens ! Dépêche‐toi ! La glace ne tiendra pas longtemps, elle va bientôt libérer ses pattes !

Pour toute réponse, je m’approchais lentement d’elle, et lorsque je fus presque assez près pour sentir son souffle glacé – un zombie respirait, alors ? Etrange… — sur mon visage, elle ne montrait toujours aucune trace d’agressivité envers moi.

Oui. Elle ne nous courrait pas après, elle fuyait. L’animal n’était qu’un animal à la base, alors elle n’avait pas réellement perdu sa conscience de soi, puisqu’elle n’en possédait pas pour commencer. Elle n’avait probablement même pas réalisé ce qui lui arrivait, et en se relevant, avait simplement continué à fuir son poursuivant.

Je posai gentiment la main sur le dos de la bête pour tenter de la calmer. Nous avions une bonne expérience, mon peuple et moi, de ce genre d’interaction avec les herbivores, et les rassurer n’était pas toujours si compliqué qu’il le semblait – il fallait juste que le sentiment soit sincère, les animaux pouvaient ressentir ça avec facilité.

– Osu… mba ?

Dai Lin était choquée au possible, sa mâchoire pendait au plus bas, et elle n’était absolument plus du tout prête à reprendre la course poursuite.

– Du calme, ma belle. Toi, tu es une fifille, hein ? Oui, regarde, je suis là, tout contre toi… C’est une bien vilaine plaie béante que tu as là, hein ? Chuuuut, du calme…

Petit à petit, alors que la glace qui emprisonnait le bas de ses pattes fondait comme neige au soleil, l’animal se calmait, et si ce n’était pour l’aspect livide de ses yeux et l’énorme trou sur son flanc, elle n’avait plus l’air du tout d’être un zombie assoiffé de sang.

Un animal n’était pas un humain. Voilà la seule explication que je pouvais trouver pour expliquer son manque d’agressivité. Peut‐être y avait‐il autre chose de plus technique, mais j’ignorais totalement le fonctionnement de la zombification pour commencer, alors j’aurais eu bien du mal à expliquer pourquoi elle ne possédait pas ce côté vorace et meurtrier des zombies humains.

– Osumba, mais qu’est-ce qui t’a pris ? Tu es fou !

Je ne savais pas trop ce que je devais dire, parce que quelque part, elle avait raison. La licorne zombie était plus forte que moi et si je m’étais trompé, je serais déjà mort. Probablement bientôt un zombie parmi d’autre, en plus de ça. Le premier zombie noir de l’histoire de ce monde.

Mais ce n’était pas le cas, et j’avais eu de la chance. L’animal me regarda, et frotta son museau contre moi. Est‐ce qu’elle croyait que je l’avais sauvée ? En tout cas, je l’avais rassurée et son meurtrier ne lui courait plus après, alors je voyais où elle voulait en venir. Son système de pensée était relativement simple, après tout, ce n’était qu’une bête, un monstre.

Et je pensais être capable d’en profiter, finalement. Elle était plus rapide que nous alors que nous courions du mieux que nous pouvions, et puis marcher était fatigant. Tentant le tout pour le tout, je bondis sur son dos. L’animal surpris se cabra instinctivement, mais m’agrippant à sa crinière et serrant les jambes contre ses flancs sans faire attention à ne pas lui faire mal – la bête était déjà morte, après tout – je tins bon, et la licorne se calma au bout de quelques instants.

Elle m’avait accepté facilement, peut‐être parce que dans son esprit, j’étais celui qui l’avais sauvé de son poursuivant affamé.

Je redescendis et remontai sur son dos à plusieurs reprises afin d’être certain qu’elle avait bien compris et qu’elle m’avait bel et bien autorisé à le faire. Puis, pris de curiosité, je jetai un œil dans la plaie sur ses côtes.

Je pouvais voir l’intérieur de son corps. Enfin, l’intérieur était un peu chaotique. C’était une bouillie infâme de sang séché et de je ne savais quoi d’autre. Je pus voir, par contre, qu’elle ne possédait plus de cœur. Le zombie avait dû le dévorer en premier pour une raison quelconque.

Dans ma culture, on m’avait toujours dit que le cœur était le fondement du corps et de l’âme. D’ailleurs, n’utilise-t-on pas les expressions comme « du fond du cœur », « avoir du cœur » ou encore « mettre du cœur à l’ouvrage » ? Le courage, l’amour, la sincérité, tous les sentiments que l’on doit avoir viennent du cœur ! Sans cœur, la pauvre bête n’était sans doute plus que l’ombre d’elle-même. Une ombre décédée, en plus !

Je ressentis une profonde pitié pour elle. Je touchai le bord de la plaie sans trop y penser, réfléchissant à ce que j’allais bien pouvoir faire d’elle à partir de là, et je retirai rapidement ma main lorsque je me rendis compte que ma chair se faisait absorber par la chair qui pendait.

Absorber ? Je regardai mes doigts et constatai que j’étais brûlé. Ça ne m’avait pas fait mal, mais la brûlure sur le bout des doigts était bien là. Et la plaie venait de légèrement diminuer en taile.

– Alors sa chair a tenté de se régénérer en absorbant la mienne ?

Une idée folle venait de me traverser l’esprit. Et si je la soignais ? Mais évidemment, pas avec mon propre corps. Il faudrait que je chasse des monstres et que je les colle à sa plaie… Peut‐être que si je trouvais un cœur, j’arriverais même à lui rendre le sien ! C’était vraiment ce que je souhaitais le plus au monde concernant ce pauvre animal.

Je bondis une dernière fois sur son dos, prenant bien garde à ne pas entrer en contact avec sa blessure.

– Dai Lin, tu viens ? Allez, saute derrière moi.

– HEIN ? Tu veux que je monte sur ce monstre ?!

– Ben… Regarde‐moi. Je suis dessus, non ?

– Mais on ne chevauche pas un monstre ! Encore moins un mort‐vivant !

– Bon. Toi qui vois… Tu n’as qu’à marcher alors.

– …

Elle hésitait, mais quelque chose la poussait à ne pas venir avec moi sur le dos de ma nouvelle monture. Peut‐être un sentiment d’insécurité, mais que pouvait‐il lui arriver ?

– Tu sais, tu seras plus en sécurité sur son dos où elle ne peut t’atteindre qu’à côté d’elle.

Je crois que j’avais marqué un point à ce moment parce qu’elle bondit dans mon dos sans autre forme de réflexion. C’était donc bien pour ça qu’elle hésitait. Qu’est-ce que j’étais malin, quand même.

– Et maintenant, allez ! En avant, Zombicorne !

– … Hein ?

– Ben, on va partir à l’aventure à dos de licorne !

– Mais t’es sérieux, tu l’as baptisée Zombicorne ?

– Ben ouais. C’est un nom qui lui va à la perfection : c’est une licorne zombie, et il me semblait naturel de l’appeler ainsi. N’ai-je pas un sens artistique exceptionnel ? Tu préférais que je la nomme ‘Petite Gazelle Trouée’ ? Sa vitesse de course, et sa blessure… C’était…

Elle me coupa la parole sèchement.

– Zombicorne, ça sera parfait.

Ben quoi, il avait quoi ce nom ? Il aurait été parfait aussi. Au moins, on aurait compris de quoi on parlait. C’était mieux que de l’appeler Trotteur ou Galopeur, comme dans la plupart des livres que j’avais lus… Mon cheval à moi allait être unique ! Bon, outre le fait qu’il avait une corne et qu’il était mort.

– Allez, hue !

Claquant légèrement mes pieds contre Zombicorne, je la fis démarrer au quart de tour. C’était étrange quand on y pensait. Elle ne ressentait pas la douleur de sa blessure, ou des organes en bouillie – ou manquant – mais elle pouvait sentir que j’exerçais une pression pour la faire avancer.

Mais bon, vu tout ce que j’avais déjà découvert d’étrange dans ce monde, je ne me posai pas la question plus de quelques secondes et finis par accepter assez facilement l’étrangeté de la situation. Plusieurs fois déjà, je m’étais fait la réflexion, et plusieurs fois, je me suis simplement dit « Oh, la ferme. C’est magique. »

Zombicorne galopait désormais à travers les steppes, les plaines et les prairies. Mais vers où ? Je parvenais tant bien que mal à la diriger en tirant légèrement sur sa crinière, mais je ne savais pas où nous devions aller désormais.

– Dai Lin ? Je… Euh… On a une super monture maintenant, mais on fait quoi ? On va où ? Quelle est la suite du programme ?

– Je réfléchis à ce mort‐vivant depuis tout à l’heure. Il est réellement étrange et différent des autres. Normalement, il est supposé être attiré par la chair fraiche et vivante, et il n’aurait jamais dû nous regarder partir comme ça, en se contentant de nous observer. Il était également différent des autres, il avait un corps intact, aucune blessure… J’ai l’impression qu’il s’agissait d’un mort‐vivant avec une cultivation élevée, plus élevée que ce que nous avons l’habitude de rencontrer…

– Une cultivation plus élevée ?

– Oui. Il faut savoir que plus la cultivation est élevée chez les morts‐vivants, plus leur corps est solide et exempt de blessures. Et plus ils sont intelligents. Bon, évidemment, on ne parle pas là d’intelligence humaine, mais quand même, certains sont moins bêtes que d’autres. À partir du 7ème niveau de Qi Terrestre, ils peuvent même commencer à élaborer des stratégies simples à la place d’attaquer comme des idiots.

– Mais celui‐là avait l’air encore plus malin que ça. On aurait dit qu’il voulait juste que Zombicorne nous tue, et qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle se contente de le fuir, mettant à mal ses instincts de zombie.

– C’est ce que je pense aussi, en effet. Sans doute n’avait-il jamais vraiment rencontré cette situation, et ne savait‐il pas qu’un animal n’allait pas avoir le même instinct qu’un mort‐vivant humain.

– Tout de même, il nous a regardé partir sans rien faire. Il aurait pu nous tuer facilement, il était plus rapide que Zombicorne, qui elle‐même est plus rapide que nous.

– Oui. C’est ce qui me choque le plus : ce genre de comportement est typique d’une arrogance que les morts‐vivants ne possèdent pas. Pour être arrogants, il faut être bien plus intelligent qu’ils ne le sont ! Mais là… Clairement, il ne voulait pas s’abaisser à nous courir après, et a jugé que pour nous deux, pauvres témoins, son nouveau monstre mort‐vivant serait suffisant et qu’il n’avait pas besoin de se fatiguer.

– Ah, dans ta face, zombie ! …Pardon. Mais s’il avait su que Zombicorne allait m’adopter plutôt que de me tuer, il aurait fait une de ces grimaces !

– Heureusement qu’il ne le savait pas ! Sinon, on serait déjà morts, toi et moi, et on se serait déjà relevés, sans doute pour aller s’empaler à deux sur le village proche, qui ne nous aurait pas fait de quartier.

– Bon. Tout ça ne répond pas à la question actuelle : on fait quoi, maintenant ? On va prévenir le village qu’il y a un zombie plus dangereux que les autres qui rôde ?

– Bien sûr. Deux personnes avec une couleur de peau bizarre qui arrivent, montés sur un monstre mort‐vivant, on va être si bien accueillis. Faisons ça.

– Hum. Est‐ce que je sens de l’ironie ?

– Nooon, absolument pas. Toujours décidé à tenter le coup, monsieur je‐ne‐réfléchis‐pas‐et‐je‐change‐la‐couleur‐des‐gens‐sans‐leur‐demander ?

– Non. Oublie cette idée, c’est dangereux.

Je crois qu’à ce moment, j’avais loupé ce qu’elle insinuait et j’avais répondu un peu trop sérieusement. Après coup, je me rendis compte qu’elle me disait bel et bien qu’il ne fallait pas y aller, mais alors pourquoi est‐ce qu’elle ne le disait pas, tout simplement, au lieu de prendre des tours et des détours ?

– D’ailleurs, nous nous sommes éloignés du village de manière assez importante. Au moins, je pense qu’on ne risque plus de tomber sur le mort‐vivant étrange.

Dai Lin pensait toujours à ce zombie. Elle qui en avait vu tout au long de sa vie n’était jamais tombé sur ce genre de spécimen, alors ça pouvait se comprendre. Mais il était loin maintenant et il était devenu inutile de trop y penser. Après tout, il était seul, et il ne s’attaquerait probablement pas au village proche. S’il se contentait de chasser dans les environs pour se nourrir – ou simplement pour assouvir ses instinct – alors tout allait bien.

– Regarde, c’est quoi, ça ?

– Où ça ?

Je ne voyais pas de quoi elle parlait.

– Juste là. Une ruine. Un vieux temple, sans doute.

– Un temple ?

Elle m’aurait simplement parlé de ruine, j’aurais déjà été attiré à cause de mon esprit cherchant à vivre des aventures magiques. Mais un temple ? Depuis que j’étais arrivé là, à chaque fois qu’on me parlait d’un temple, il y avait des trésors, ou des runes, ou des choses cachées, alors juste ce mot m’avait fait tendre l’oreille d’une manière exagérée.

– Un vieux temple en ruine ?!

J’avais déjà fait faire un quart de tour à Zombicorne afin de m’y rendre. Il fallait à tout prix que je jette un œil à ces ruines.

– Eh, tu veux vraiment entrer ? Tu sais, des monstres peuvent y avoir élu domicile.

– Mais tu es là pour nous protéger, non ? Les monstres ne sont rien, face à ta glace !

– Euh… Oui, enfin, si on veut… Ce n’est pas tout à fait…

– On entre, allez. N’oublie pas que tout ce monde souterrain est lié à ma technique, alors les temples ! Peut‐être qu’ici se trouve le moyen de te rendre ta couleur naturelle, qui sait.

– Allez, on entre, tu attends quoi ?

Elle avait changé d’avis aussi vite que ça ? Ah, les filles…

L’entrée était de taille humaine, et s’engouffrait dans les profondeurs. Le tout était bancal, comme si la terre sous le temple s’était simplement affaissée longtemps avant, et tout le bâtiment était de travers, sous terre, déjà recouvert par terre, pierres et végétation, sans doute depuis des dizaines, voire des centaines d’années.

Je ne pouvais pas entrer avec Zombicorne, mais j’avais peur que si je la laisse là, elle se sauve. Et je ne voulais pas qu’elle m’abandonne, pas une super monture comme ça ! Et je n’avais rien pour l’attacher… Alors ça me posait un sacré problème. Dai Lin n’allait jamais accepter de garder Zombicorne et de me laisser entrer seul dans les ruines.

– Hm… Quel problème…

– Hein ?

Dai Lin m’entendit marmonner et me vit froncer les sourcils.

– Il se passe quelque chose, Osumba ? Tu as l’air soucieux, d’un seul coup.

Je ne pouvais décidément pas cacher mes sentiments. Elle n’avait qu’à poser les yeux sur moi pour comprendre que quelque chose n’allait pas ; et j’étais trop honnête pour ne pas lui avouer.

– Je ne veux pas perdre Zombicorne. Mais je ne peux pas l’emmener avec moi à l’intérieur…

– Oh. Je vois. Mais on ne peut rien y faire. Tu ne vas pas y entrer seul, si ?

– Je… Je crois que je n’ai pas le choix.

Mon regard était aussi déterminé qu’il pouvait l’être, en tout cas, je faisais de mon mieux pour qu’il en ait l’air. Et j’avais sans doute tellement de talent pour ça qu’elle me répondit aussitôt :

– Ah, ben alors je vais garder la bête. Elle ne se sauvera pas. Par contre, si tu rencontres quoi que ce soit de dangereux, tu fais demi‐tour et tu sors en vitesse. Ne mets pas ta vie en danger pour une ruine quelconque.

– Q… Quelconque ? Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

– Il existe des tas de ruines de ce genre, tu sais. Si celle‐ci ne t’apporte pas ce que tu désires, alors nous pouvons toujours en chercher une autre. Après tout, nous n’avons pas grand‐chose d’autre à faire, désormais. Aucun village n’acceptera Zombicorne, et si tu refuses de t’en séparer, alors tu peux oublier la vie douillette dans une maison.

– Quoi ?! Mais… Ma fidèle monture ! Non ! Hors de question ! Jamais je ne l’abandonnerai ! Je préfère dormir par terre et manger des fruits sauvages !

– …Comme je m’en doutais.

Elle soupira en levant les yeux et en haussant les épaules, résignée.

Sur ce, je bondis à terre et sans un mot de plus, m’engouffrai dans l’entrée des ruines, cette porte obscure en biais et qui ouvrait un chemin vers les profondeurs ténébreuses des entrailles de la terre.

 

*

 

Presqu’une heure plus tard, alors que je n’avais pas rencontré le moindre danger, ni monstre, ni piège, ni… rien, rien qu’un long couloir qui tournait et tournait encore, je fis une pause.

– Eh.

Il savait que je m’adressais à lui.

 Oui, mon garçon ?

– Comment va ? Depuis combien de temps on s’est pas parlé ?

Je ne sais pas, Osumba, ma notion du temps est un peu… différente de la tienne.

– Il est long, ce couloir, hein ?

En effet. Et il le sera encore longtemps si tu ne réagis pas, tu sais ?

– Oui ? Comment ça ?

Tu n’as donc pas remarqué ? Tu es déjà passé devant cette fissure quatre fois, et devant cette petite brique qui sort du mur, quatre fois. Et devant ce support à torche brisé, quatre fois également.

– Quoi ? Non, je n’ai pas remarqué. Tu veux dire quoi par là ?

Tu es sérieux, Osumba ? Tu ne te rends pas compte que tu tournes en rond ?

– En rond ? Mais comment ? C’est impossible, le couloir est rectiligne, il n’y a aucun embranchement. Je n’ai pas pu revenir sur mes pas.

Eh bien, on dirait que tu sous‐estimes encore les mystères de ce monde…

– Allez, arrête de faire ton mystérieux et explique‐toi ! Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

Tu es pris au piège dans un cycle, et ce depuis que tu as posé le pied dans ces ruines. C’est une ancienne formation toujours active… Il faut la briser si tu veux en sortir, et voir ce qui se cache derrière.

– La briser ? Mais comment ? Tu peux le faire ?

Non. Tu vas devoir le faire toi‐même. Je ne peux rien faire de tel depuis l’intérieur de ton dantian, tu sais.

– Alors explique‐moi ! Il faut que je sorte de ce truc et que je trouve les trésors cachés dans ce vieux temple ! Peut‐être même une rune ?

Il y a plusieurs moyens de passer cette formation. Mais seule l’une d’entre elle sera la bonne. Si tu te trompes, tu risques fort d’activer un mécanisme temporel qui te coincera ici, figé dans le temps, pour des jours, des semaines, peut‐être même des années… Seulement alors pourras‐tu tenter à nouveau de briser la formation.

– Je ne peux pas prendre un tel risque. Dai Lin m’attend, dehors. Et elle garde Zombicorne. Si elle cesse de m’attendre en pensant que je suis mort, elle risque d’emmener ma monture avec elle ! Il faut à tout prix éviter ça.

Alors écoute‐moi bien, il va falloir que tu définisses de quel type de formation il s’agit pour découvrir le moyen de la détruire. Pour ça, tu vas devoir t’asseoir et méditer, même si ça te prend des heures, c’est le moyen le plus rapide. Il faut que tu t’imprègnes des lieux, que tu parviennes à ne faire plus qu’un avec ton environnement. C’est bien plus compliqué que de cultiver de façon plus simple. Lorsque tu ne feras plus qu’un avec la formation autour de toi, je pourrai alors t’affirmer avec certitude la façon dont tu devras t’y prendre pour la briser.

– Méditer et ne faire qu’un… ? Mais comment ? Je ne veux pas perdre plusieurs heures.

Dans ce cas, il faudra que tu prennes un risque. Il y a trois moyens différents de détruire cette formation, et seul l’un d’eux fonctionnera. Mais si jamais il existe un mécanisme temporel et que tu te trompes, alors il ne faudra pas te plaindre.

– Hmmm…

 


Entrons dans le vif du sujet.

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Vous avez jusqu’à vendredi soir 23h pour vous connecter et voter 🙂

Concernant les votes précédents, je n’ai sincèrement pas le temps de vous faire un résumé, mais il viendra au courant de la semaine si vous voulez revenir jeter un œil plus tard 😉

Raka

Raka

Mélange satyrique de Daria et Docteur House, élevé à grands coups de Fluide Glacial pendant un peu trop longtemps, le cynisme n'est égalé que par l'excès d'humour noir et de sarcasme quotidien dont je fais preuve.
Mais on s'en fout, pas vrai ?
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7 Commentaires

  1. RakaRaka (Auteur de l'article)

    L’article est édité pour signaler que les votes viendront se greffer dans la journée, la il fallait que je parte en catastrophe, mais comme le chapitre était prêt je vous l’ai posté quand même

    Répondre
  2. floflo

    merci pour le chap 🙂
    ont voteras plus tard tant pis

    Répondre
  3. floflo

    merci pour le chap 🙂
    on voteras plus tard tant pis

    Répondre
  4. Higanbana

    Merci pour ce chapitre

    Je suis tellement partagé entre les choix, c’est dure de choisir !

    Répondre
  5. RakaRaka (Auteur de l'article)

    Voilà, les votes sont ouverts. J’avais eu un petit bug 🙂

    Répondre
  6. Shirosuu

    Je préfères pas prendre de risques. Mieux vaut qu’il prenne son temps pour élucider ce problème ( même si cela ne colle pas avec sa personnalité franche et fonceuse) . Merci pour le chapitre !

    Répondre
  7. gutsguts

    Merci pour le chapitre

    Répondre

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